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QUELQUES EXPÉRIENCES SUR LE ROLE QUE JOUENT LES

CrAZ DE l’urine.

La nature a réservé une destinée particulière à chacun des gaz de l’urine, qui sont comme on le sait : l’acide carbonique, l’oxygène et l’azote, dans les proportions suivantes, exprimées en centimètres cubes par litre :

Acide carbonique 19,620

Oxygène 0,824

Azote 9,589 (1)

11 semble que ces corps se trouvant renfermés dans le sang ne sont que des produits excrémen-

(1) Hardy-Principes de Chimie biologique, 1871.— Pag. 489.

titiels, comme l’eau et les substances solides éliminées avec elle ; et que dès lors, il n’est pas étonnant qu’ils passent dans T urine, pendant la filtration rénale. Mais, nous devons considérer que l’urine, sortant des canalicules urinifères et des bassinets n’est pas tout de suite cliassée de l’organisme. D’abord, elle traverse les urétères et stationne, pendant un temps plus ou moins long, dans la vessie. Dans des cas pathologiques, (dans les retentions urinaires, par exemple), on sait que ce liquide peut rester plusieurs jours dans ce dernier réservoir, sans s’altérer. Nous pensons que, d’une manière générale, les gaz de l’urine sont déstinés à sa conservation, en empêchant la fermentation ammoniacale, qui est la cause du dédoublement de l’urée, et la fermentation putride, qui apparaît plus tard.

De l’exposition de la série d'expériences, qui va suivre, nous verrons quelle est la part qui semble échoir à chacun de ces gaz.

l.° On a privé V urine du gaz carbonique et on Vu ensuite saturé d'oxygène. — Pour rétirer le gaz carbonique, on a employé la potasse caustique. Vingt-quatre heures après, cette urine a bleui dans quelques points le papier rouge de tournesol, suspendu au dessus d’elle.

Au troisième jour, la même urine a provoqué dans le papier rouge une coloration bleu plus accentuée. Il faut remarquer que, lorsque cette urine a été traitée par la potasse, elle a dégagé de l’ammoniaque ; mais nous l’avons tout-à-fait privée de ce gaz en la chauffant. On ne peut, donc alléguer que cette alcalinité n’a été dùe qu’à l'action de la potasse sur les sels ammoniacaux de l’urine. Cette expérience indique que l’oxygène en excès, loin d’empêcher la décomposition de l’urée en carbonate d’ammoniaque, semble, au contraire, la favoriser.

2. ° L' urine a été saturée de gaz carbonique. Vingt quatre heures après, j’ai trouvé cette urine inaltérée.

Trois jours après, je l’ai trouvée dans le même état; l’urine était franchement acide. Au neuvième jour, il n’y avait aucun signe d’alcalinité. Seulement, la surface du liquide présentait quelques moisissures.

Cette expérience démontre que l’acide carbonique en excès empêche la décomposition de l’urée, et qu'il est par conséquence un gaz anti-fermentescible par rapport à l’urine.

3. ° L'urine a été exposée dans une athmosphére d'oxygène et d'azote. — J’ai procédé ainsi qu’il suit : j’ai

fait bouillir l’urine pour la priver des gaz et je l’ai ensuite placée dans une petite ampoule en communication avec un tube contenant du papier de tournesol bleu et rouge; ce tube communiquait, à son tour, avec un autre tube en U , plus large, renfermant de la potasse, de sorte que l’acide carbonique de l’air ne pouvait pas arriver jusqu’à l’ampoule renfermant burine, laquelle avait été préalablement privée du même gaz. L’oxygène et l’azote de l’air étaient donc les deux seuls gaz qui agissaient sur l’urine, et cette action n’était que d’exposition ; elle n’a nécessité le contact direct d’aucun réactif.

Le lendemain, le papier rouge de tournesol s’est présenté bleui. Au troisième jour, et les jours suivants jusqu’au huitième, même état. Ce résultat est d’accord avec celui du § l.° (Voir ci-dessus).

4.° L'urine a été exposée dans une athmosphére d’azote.— On parvient aisément, à ce résultat de la manière suivante: un tube à deux boules renferme, d’un côté de l’urine préalablement privée d’oxygène, et de l’autre, une solution de pyrogallol. Cette dernière boule communique avec un tube Liebig* contenant aussi du pyrogallol dissous, et également avec un autre tube en U , renfermant une solution de

potasse. Cette solution et celle du pyrogallol sont destinées à empêcher l'accès de l'oxygéne et de l'acide carbonique jusqu’ à l'urine, privée elle-même de ces gaz, au moyen des mêmes agents ou mieux encore par l’ébullition. De sorte qu’en définitive l’urine ne se trouve qu'en présence de l’azote de l'air.

Après vingt-quatre heures, cette urine s’est présentée inaltérée. Elle n’a ni bleui, ni presque rougi le papier de tournesol. Dans ce cas, l'azote a fourni une preuve de plus de son indifférence. Mas, les choses ne sont pas toujours restées dans cet état. Au deuxième jour, le papier bleu tendait à rougir. Au troisième jour, on observait la même chose. Au quatrième, la coloration rouge était manifeste, et elle se conservait pendant les jours suivants. L’action du gaz azote, tout en étant nulle d’abord, s’est montrée à la longue analogue à celle de l’acide carbonique, c’est-à-dire, que ce gaz a empêché le dédoublement de l'urée, la fermentation dite ammoniacale, et déterminé au contraire, l’acidité du liquide.

5° U urine a été exposée dans une atmosphère d'azote et oxygène. — J’ai employé, pour parvenir à ce résultat, le moyen suivant: j’ai privé de ses gaz, par une ébullition préalable, une petite quantité d’urine, et je Y ai placée dans le vide pendant quelques minutes.

Je l’ai introduite immédiatement après dans l’appareil dont le dessin est figmré ci-contre.

A. —Am poule renfermant de l’urine.

B. — Tube Liebig, renfermant une solution de potasse.

G.— Papier rouge de tournesol.

L’air existant dans l’ampoule A, est privé de l’acide carbonique par la potasse du tube Liebig*, c’est-àdire, que l’urine se trouve seulement en présence de l’oxygène et de l’azote de l’air.

Dans ce cas, ou ne peut pas attribuer le dégagement de l’ammoniaque à l’action de la potasse sur les sels ammoniacaux. L’urine, après qu’elle a été soumise à l’ébullition a été exposée quelque temps à l’air, de manière à lui faire perdre toute l'ammoniaque; du reste sa réaction, avant l’expérience, n’avait rien d’alcalin. Cependant le lendemain, le papier rouge de tournesol était entièrement bleu. J’ai alors introduit dans l’appareil un autre papier rouge. Ce papier, peu d’heures après, a bleui d’une façon perceptible et le deuxième jour, le même papier se trouvait être tout-à-fait bleui.

Or, nous avons vu, par les expériences précédentes, que l’azote et l’oxvgène ont des actions antago-

niâtes. Le premier gaz développe l’acidité de l'urine, tandisque le dernier y provoque de l’alcalinité. Il résulte de ceci, que les deux gaz étant en présence, l’action de l’oxygène est plus énergique, et prédomine à la fin sur celle de l’azote, dont l’action conservatrice est abolie. L’oxygène est donc, un gaz corrupteur par excellence. L’azote est conservateur, en dehors de la presence de l’oxygène.

6.° Afin de confirmer toutes ces expériences, je les ai répétées, avec des variantes. Ainsi, j’ai privé l’urine de l’acide carbonique par la potasse et par l’eau de chaux. Dans tous les deux cas, le papier rouge a bleui. En outre l’urine, qui a subi l’action de la potasse s’est décolorée. Par une légère élévation de température, elle s’est troublée et il s’est formé un dépôt. Si l’on éléve encore la température, ce dépôt se redissout et l’urine prend une belle nuance jaune d’or.

Il est digne de remarque que la quantité d’ammoniaque qui se dégage sous l’influence de la potasse, est très-considérable et paraît due à une sorte de fermentation presque instantanée. Cette opinion est confirmée par le fait suivant : j’ai traité l’urine par la potasse et j’ai reçu l’ammoniaque dégagée pendant 48 heures dans de l’acide chlorhydrique, préalablement pesé. Après ce délai, j’ai pesé

le chlorhydrate d’ammoniaque formé ; il y a eu une différence de poids remarquable, indiquant l’absorption d’une grande quantité d’ammoniaque, plus forte que celle que l’on pouvait rapporter aux sels ammonicaux, vu qu’en 100 parties il existait à-peuprès 4gr-, 308 d’ammoniaque, quantité supérieure à celle que donnent les analyses faites dans les cas ordinaires. Cet excès de gaz est fourni évidemment par la décomposition de l’urée.

Le lendemain, le papier rouge que j’avais mis en présence de l'urine privée d’acide carbonique, était de nouveau bleu. J’ai mis en présence du liquide un autre papier : quelques instants après il tendait à bleuir. Ce résultat vient confirmer pleinement les expériences précédentes et met hors de doute que l’absence d’acide carbonique dans l’urine est une des causes éfficientes de son altérabilité.

7.° Pendant que je réalisais cette dernière expérience, j'ai exposé 'V urine à l'air athmosphérique , sans V intervention d'aucun réactif : le lendemain on n’a trouvé aucune altération. Il en a été de meme pour l’urine, qui n’a perdu que l’oxygène; mais, au deuxième jour, le papier exposé au dessus de cette urine, a offert un léguer bleuissement. Le même jour, le papier rouge exposé au dessus de l’urine privée d’acide carbonique a bleui de nouveau.

8 . 0 Dans des tubes contenant du papier rouge et bleu de tournesol, collé aux parois, on a mis:

a. .. de l’urine exposée à l’air ;

b. .. de l'urine privée d’oxygène par le pyrogallol ;

c. .. de l’urine privée de gaz carbonique par la potasse ;

d. .. de l’urine privée d’oxygène et d’acide carbonique par du pyrogallol et de la potasse.

Modifications de V urine exposée à Vair. — Le lendemain, on trouvait le papier bleu légèrement rosé en quelques points. (?) Le deuxième jour, le papier rouge tendait à bleuir. Depuis le troisième jour jusqu’au sixième, même état. Le sixième jour, se dég’age une odeur de choux pourris. Le septième on note des signes de vouloir rougir le papier bleu. Le huitième, des tendances plus manifestes à accentuer cette coloration ; le neuvième et les jours suivants jusqu’au douzième, on note la même tendance. (2)

Modifications de V urine privée d’oxygène. Cette urine se trouvait donc sous l’influence des autres gaz dissous, l’azote et l’acide carbonique. Jusqu’au

(2) Ces phénomènes indiquent qu’â la suite de la fermentation ammoniacale de l’urine vient la fermentation acide laquelle se manifeste la première.

sixième jour, le liquide n'a présenté aucun changement sensible. Mais, vers le septième jour, on a remarqué des tendances à rougir le papier bleu. De. même, depuis le huitième jour, jusqu’au douzième L’azote et le gaz carbonique ont sans doute garanti l’urine, contre toute alcalinité.

Modifications de Vurine privée de gaz carbonique. — Cette urine se trouvait, ainsi, influencée par les autres deux gaz, (oxygène et azote). Le lendemain, bleuissement du papier rouge. Mais, vers le deuxième jour, le papier bleu tend à devenir rougeâtre. Peut-être l’azote dissous, dans l’urine en est la cause. Jusqu’au cinquième jour les choses march°nt L‘ la même manière. Vers le sixième, le • >u i 1 'le nouvea i à ls lir ; on observe le ... ni étu ies jours suivants, jusqu’au neuvième, où le papier bleu commence à rougir, et cet état se conserve jusqu’au douzième jour.

Modifications de Vurine privée d’acide carbonique et d’oxygène. — Cette urine 11e renfermait que de l’azote en dissolution.

Vingt quatre heures après, bleuissement du papier rouge, odeur ammoniacale. Mais vers le troisième jour, on observe, au contraire, un rougissement du papier bleu ; même état jusqu’au douzième jour. Cette expérience confirme la propriété conservatrice de l’azote, ou son action anti-alcaline.

Ces cxp6rione.es montrent une espèce (le lutte d’action entre les gaz qui restent dissous dans l’urine, lorsqu’on prive ce liquide d’un seul d’entre eux.

Nous allons présenter un dernier groupe d’expériences comprobantes.

Dans trois tubes à réaction, bien bouchés, on a abandonné :

a... de l’urine privée d’acide carbonique ;

b de l’urine privée d’acide carbonique et d’oxy-

gène ;

c... de l’urine privée d’oxygène. Voici ce que nous avons observé :

Pour l’urine sans acide carbonique. — Après un certain temps écoulé, le papier rouge a bleui. J’ai changé un autre papier, qui était devenu bleu le lendemain. J’ai débouché le tube, et j’ai noté une odeur ammoniacale ; une baguette tre.npée dans de l’acide chlorhy lr. que a donné d’épaisses é . né • uo chlorhydrate d’ammoniaque. Le deuxième jour, le papier rouge, changé la veille, avait bleui de nouveau. Cet état s’est maintenu pendant huit jours.

Pour V urine sans acide carbonique et oxygène. — Le lendemain, coloration en rouge du papier bleu. C’est l’azote qui accomplit son œuvre conservatrice. Le

deuxième jour, même chose ; jusqu'à l’huitième, on note le même état.

Pour V urine sans oxygène renfermant par conséquent de l'azote et du gaz carbonique. Le lendemain, le papier bleu était tout-à-fait rouge ; le papier bleu trempé dans burine a fortement rougi. Vers le deuxième jour, le papier bleu que j’avais mis en présence de l’urine a rougi de nouveau complètement. Ce résultat se rapporte à l’action éminemment conservatrice des deux gaz, azote et acide carbonique.

Pendant huit jours, on observe le même état. (Voir plus haut, modifications de l’urine privée de gaz oxygène) .

Les résultats constants d’un aussi grand nombre d’expériences nous autorisent à insister sur les conclusions suivantes:

1. ° Que l’azote et le gaz carbonique sont les deux corps qui contribuent à conserver l’acidité de l’urine.

Cette préservation s'accomplit sans entraves si l'oxygène ne coéxistepas avec l’un d’entre eux, cas où l’on observe des alternatives d’acidité et d’alcalinité.

2. ° L’oxygène, au contraire, est le gaz corrupteur par excellence de l’urine ; il en provoque l’alcalinité, soit qu’il agisse tout seul, soit qu’il agisse

en même temps que les deux autres gaz ; dans ce dernier cas, son énergie est considérablement diminuée par une influence antagoniste des deux gaz cités, surtout par celle de l’acide carbonique, dont la proportion dans l’ urine est beaucoup plus grande que celle de l’azote.

3.° Le rôle physiologique des gaz de l’urine est d’empêcher l’altération de ce liquide organique, tandis qu’il séjourne dans l’intérieur des urétères et de la vessie.

Quant ii l'oxygène, son travail commence hors de l’organisme ; l’air le fournit, s’y dissout en abondance dans Y urine et est destiné à l’alcaliniser, ii décomposer l’urée et à provoquer la putréfaction. Dans des cas pathologiques où l’urine demeure longtemps dans la vessie, l’oxygène y produit ses effets corrupteurs, de la même façon qu’extérieurement.

Il convient de signaler, en terminant, la décoloration de l’urine, non seulement sous l’action du pyrogallol, mais encore sous celle de la potasse. Peutêtre les matières colorantes de l’urine sont elles altérées par ces réactifs, ou alors faut-il supposer que l’acide carbonique et l’oxygène contribuent à conserver la nuance propre aux matières colorantes de l’urine.

D'ailleurs, mentionnons le fait suivant: Le cuivre métallique bouilli avec l’urine la rend nmmoniocale et très-trouble.

Maintenant, nous allons faire une courte description des appareils, employés pour mettre l’urine seulement en presencede l’azote, et de l’oxvgène et azote à la fois.

l.° Appareil pour mettre l'urine en présence de l’oxygène et de l'azote de l’air atlimosphérique.

A. — Petite ampoule renfermant de l'urine,

préalablement soumise A l’ébullition.

B. — Tube étroit, réuni â l’ampoule au mo\en

d’un bouchon à caoutchouc, et contenant du papier bleu et rouge de tournesol.

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