LA TENDANCE DES ROTATIONS AU PARALLÉLISME
(AcAdémie dos Sciences, 26 octobre 1852.)
On peut énoncer ainsi le principe qui m*a servi de guide dans mes recherches sur Vorientation et sur Vinclinaison des corps tournants :
Quand un coi^ps tourne autour d'un axe principal et qu'une force ou un système de forces tend à produire une rotation nouvelle non parallèle à la première^ l'effet résultant est un déplacement de l'axe de rotation primitive qui se dinge vers Vaxe de rotation nouvelle par le chemin favorable au parallélisme des deux rotations.
Dans les phénomènes d'orientation et d'inclinaison, la rotation nouvelle et communiquée est une composante variable du couple terrestre. Mais en combinant artificiellement deux rotations ensemble, on peut varier à l'infini les expériences propres à démontrer le principe précédent; je n'en citerai que deux.
Que l'on prenne un corps animé d'un mouvement de rotation très-
4. Un extrait do cette note a été publié dans les Comptes rendus de VAcad, des Se, t. XXXV, p. 60i.
rapide tel que le tore que j'ai choisi comme présonlant an grand moment! d'inertie sous une petite surface, et qu'on le fasse reposer sur an point fixe par un autre point quelconque pris sur le prolongement de son axe liorizonlalement sîtuii, on aura ii considérer h chaque instant : 1* le couple qui anime le corps et dont l'axe passe au point d'appui; 2„ un couple dû à In pesanteur et dont l'axe horizontal, que j'appellerai axe de chute, est perpendiculaire A l'axe de rotation primitive. Puisque ces deux axes sont dans lo ! plan horizontal, le déplacement aura Heu dans ce plan; mais comme l'axe de chute est essentiellement perpendiculaire sur l'autre, il en résulte que celui-ci ne saurait l'atteindre. En conséquence, le corps circule sans tomber autour du point d'appui etd'auLinl plus icnlement que sa rotation est plus rapide.
Cette expérience n'est en nullité que l'exagération du phi^noméne de précession! mais elle est tellement saillante, elle contredit si directement les prévisions habituelles de nos sens, que j'ai cm devoir la produire à l'appui de la tendance des rotations au parallélisme.
La seconde expérience dont je vais parler, quoique moins l'rappante que la première, me semble aussi démonstrative.
Elle consiste à suspendre le corps tournant par les extrémités diî son axe à deux fds iuexlensihles réunis ù une suspension formée par un fil sans torsion. Si le centre de gravité de l'appareil est abandonné sans vitesse dans la direction de la verticale, le corps s'oriente sous l'influence du changement de direction de cotte verticale dans l'espace; mais si on le lance !t la manière d'un pendule conique, l'action de la terre disparaît et le corps circule en maintenant son axe propre constamment dirigé sur la verticale abaissée du point de suspension. Quand ou intervertit le sens de l'oscillation conique, l'axe du corps se retourne bout pour bout et continue à manœuvrer de la môme manière. Dans tous les cas les deux fils sont inégalement tendus, et le fil intérieur ou le plus voisin de la verticale supporte toujours la plus forte charge.
Cette expérience est encore assez curieuse, et l'explication en est simple : à chaque instant le corps oscillant comme pendule conique tourne, indépendamment de sa rotation propre autour d'un axe extérieur, per-