‹ Recueil des travaux scientifiques de Léon FoucaultChapitre 160 sur 162 · NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE

SUK LA VIB BT LIS TKATAVX

PAR M. LISSAJOnS

Messieurs,

Notre Société a le pieux usage de payer dans sa séance annuelle un tribut légitime de regrets aux hommes éminents qu'elle a perdus. Pouvaitelle, cette année, oublier Léon Foucault, dont la fin cruelle et prématurée a laissé un si grand vide dans nos rangs?

11 eût fallu une main plus illustre et plus exercée pour retracer avec autorité devant vous le portrait de cet homme de génie dont la carrière fut si brillante et si courte.

 défaut d'un plus digne, Fun des plus obscurs, mais des plus dévoués parmi les amis de Foucault, a dû accepter ce périlleux honneur, autant par déférence pour une Société dont il est un des fondateurs, que par dévouement pour une mémoire qui lui est bien chère.

Puissent donc les sentimenls qui raniment remonter de son cœur à ses lèvres; puisse-t-il, à défaut d'éloquence, trouver quelques accents vrais

4. Cette notice a été lue en 4869 à la séance annuelle de la Société des Amis des sciences, par M. Lissajous, alors professeur de physique au Lycée Saint-Louis, aujourd'hui recteur de l'Académie de Besançon.

dans tes inspirations d'une admiration profonde, et les souvenirs d'une vieille amitié!

Jean-Bernard-Lëon Foucault naquit à Paris, li; 19 septembre 1819. Rien dans son enfance n'annonçait (ju'il dûl être illustre un jour; il était d'une santé délicate, d'un caractère doux, timide et peu expansif. La faiblesse de sa constitution, la lenteur qu'il mettait dans son travail, rendirent impossible pour lui la fréquentation du collège : ses éludes, poursuivies dans diverses pensions, furent terminées tardivement, grice aux soins de maîtres dévoués, sous les yeux de sa mère.

Ce fut d'abord par les côtés pratiques qu'il révéla des aptitudes exceptionnelles. Dès l'ftge de treize ans, il commençait à construire de ses mains, et presque sans outils, divers jouets scientifiques, œuvre de patience où se manifestaient à la fois des goûts sérieux, l'observation exacte des formes, l'étude approfondie des mécanismes. Ce fut d'abord un bateau, puis un télégraphe imité de ceux de Saint-Sulpice, dont il apercevait de sa fenêtre les gestes répétés, puis une machine à vapeur. Celle machine existe encore, précieuse relique, où, sous les traces de l'inexpérience juvénile, se révèlent dans une exécution consciencieuse cette ténacité au travail et cette habileté de main dont Foucault devait tirer un si grand parti jilus tard, lorsqu'il aborderait dans le silence du cabinet, avec des appareils entièrement construits par lui, les recherches les plus délicates.

Après avoir conquis ses diplômes de bachelier, il commença l'étude de la médecine : son intention était de se livrer de préférence ù l'art chirurgical. Il remplit quelque temps les fonctions d'externe dans les hôpitaux. Sa dextérité naturelle, la sûreté de son coup d'œil, cet instinct du vrai qu'il possédait à un haut degré, faisaient espérer qu'il réussirai! dans cette carrière; il y renonça cependant tout d'un coup, arrêté par la vue du sang et le spectacle douloureux des souffrances qu'il devait soulager au prix de souffrances plus grandes cncort-.

Pcniiant ses éludes médicales, il lit la connaissance du docteur Donné, dont il suivait le cours (le uiicroscopie ,^ la cliiiitjue de l'École de Médecine. M. Donné eut en lui d'abord un élève ;i»siilu, puis un préparateur sans

égal, et enfin un collaborateur précieux. Foucault lui succéda en 18/i5 au Journal des Débats comme rédacteur du compte rendu scientifique, et Fétroite amitié qui les lia Tun à Faulre dura jusqu^au dernier jour.

Dès que la découverte de Daguerre fut connue, Foucault, un des premiers, se mit à Foeuvre avec un appareil construit de ses mains. 11 arriva bientôt à une habileté exceptionnelle qui lui permit plus tard de reproduire avec une fidélité remarquable les objets microscopiques les plus délicats.

Lorsque la pile de Grove, modifiée par Bunsen, eut rendu facile la reproduction de la lumière électrique, Foucault voulut substituer au microscope à gaz, dont Femploi n'était pas alors sans danger, un appareil éclairé par cette lumière si brillante et si blanche. Dans la production de ce soleil artificiel, il eut Fheureuse idée de substituer au charbon de bois des baguettes de graphite des cornues à gaz. Puis, par un ensemble de dispositions heureuses, il arriva à maîtriser cette lumière capricieuse et variable, et, après de nombreux essais, réalisa en iShk le microscope photoélectrique. Ceux d'entre nous qui étudiaient les sciences à cette époque n'ont pas oublié les séances publiques où M. Donné faisait la démonstration de cet ingénieux instrument, et se souviennent aussi de Fhabileté et du sang-froid avec lequel Foucault le faisait fonctionner.

Ce fut la première révélation publique de son talent d'expérimentateur. En 1849, il perfectionna son appareil, forçant la lumière à se régler elleniême à l'aide d'un mécanisme automoteur. Cet instrument fut appliqué à l'art théâtral dans le Prophète^ où il servait à l'imitation du soleil. Foucault Futiiisa également à l'exécution d'une série nombreuse d'expériences de démonstration.

Malheureusement le retard qu'il mit dans la publication de son travail lui enleva l'avantage d'annoncer, avant tout autre, au monde savant la solution de cet important problème. Mais 11 avait été le premier à le résoudre de la façon la plus heureuse et la plus sûre, comme le démontrèrent les preuves palpables qu'il put, grâce au concours empressé de M. Dumas, mettre en temps utile sous les yeux de l'Académie des sciences. Son appareil, d'ailleurs, a servi de point de départ à tout ce qui s'est fait de

sérieux et de pratique dans cet ordre d'idées, et quand plus lard, se sentant dépassé, il se remit à l'œuvre, ce fut pour donner à la science et à l'industrie un régulateur de lumièro électrique satisfaisant de la façon la plus complète aux prévisions de la théorie et aux exigences de la pratique, véritable chef-d'œuvre qui jusqu'à présent n'a pas été surpassé.

C'est ainsi que, suivant l'expression heureuse de M. Dumas, il a été donné à Foucault d'avoir dans cette quesiion le premier et le dernier mot.

Aussi, messieurs, quand nous voyons aujourd'hui la science se populariser dans les amphithéâtres en France et à l'étranger, grice à l'emploi si répandu de la lumière électrique; quand nous voyons cette brillante lumière ajouter à l'éclat de nos fêtes publiques, de nos représentations théâtrales, et permettre d'utiliser les nuits elles-mêmes à l'exécution de ces travaux gigantesques, monuments de l'activité fiévreuse de notre époque; quand l'électricité entrelient au sein de nos phares un flambeau plus puissant; quand les navires munis de ce flambeau protecteur peuvent sillonner les mers sans craindre de funestes rencontres, n'est-il pas légitime que la reconnaissance publique réserve un souvenir à l'homme qui a fait le premier et le dernier pas dans celte voie si féconde?

Vers i'é|)oque où M. Foucault révélait son génie inventif à côté de M. Donné, il entreprenait quelques recherches en collaboration avec M. Fizeau. L'union de deux esprits aussi originaux ne pouvait produire que des œuvres remarquables; et, en eD'et. ils tirent en commun, sur les interférences des rayons lumineux et calorifiques, des expériences de la plus haute importance. Les unes établissaient l'identité des radiations calorifique et lumineuse, les autres révélaient dans les mouvements vibratoires de i'éther lumineux une régularité persistante qui s'étendait à plusieurs milliers d'oscillations.

Mais leur collaboration eut peu de durée. En dehors du fonds commun, chacun d'eux avait une série d'idées personnelles qu'il désirait exploiter seul. Ils se séparèrent donc, non sans déchirement de part et d'autre, et si leur amitié eut à en souffrir, la science u'y perdit pas. Elle a fait avec équité la part de chacun, et nous no pouvons qu'applaudir à la détermi-

nation qui porta ces deux intelligences d'élite à affirmer de bonne heure leur originalité propre dans des recherches complètement indépendantes.

Le premier travail que Foucault exécuta sans le secours d'aucun collaborateur fut son expérience si remarquable sur la comparaison de la vitesse de la lumière dans l'air et les milieux transparents. Cette comparaison avait aux yeux des savants la plus haute importance, car elle résolvait une question théorique sur laquelle la science ne s'était pas encore prononcée ; elle permettait de décider si la lumière est une émanation matérielle des corps lumineux ou un mouvement ondulatoire transmis au sein d'un fluide répandu dans tout l'univers.

Arago avait donné l'idée première de la méthode et tenait à attacher son nom à une expérience qui permettait de prononcer sans appel Newton et Huyghens. Ce travail était commencé, mais l'exécution Tut retardée par des difficultés expérimentales jusqu'au moment où la vue affaiblie d' Arago ne lui permit plus d'en espérer la réalisation.

Foucault avait été frappé des difficultés presque insurmontables que présentait l'expérience d' Arago. Il s'agissait, en effet, de saisir au passage une image instantanée de position indéterminée qu'un hasard heureux pouvait seul amener dans l'œil de l'observateur. Par une disposition aussi ingénieuse qu'inattendue, véritable trait de génie, Foucault rendait l'expérience facile, en substituant à cette image fugitive et mobile une image permanente et fixe, qui en était la reproduction fidèle.

L'expérience fut faite pour la première fois le samedi 17 mai 1850. Foucault avait porté le dernier coup à la théorie de l'émission. Qu'il nous soit permis de rappeler qu'au moment de faire fonctionner son appareil, fruit de longues études, Foucault eut l'extrême délicatesse d'aller demander à Arago une autorisation que celui-ci ne pouvait guère lui refuser. Néanmoins elle lui fut accordée avec tant de bonne grâce, qu'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer de la déférence modeste du jeune savant ou de la noble condescendance du vieillard.

Plus tard Foucault compléta son travail. L'addition d'un rouage chronométrique, construit, sur ses indications, par Froment, lui permit de mesurer dans l'intérieur d'une chambre la vitesse absolue de la lumière, et

(l'apporter un élêmrnt DouT^an et ceruin dans b détermiBatioa de fUslaQi.~v iitii s^|virv la t^rre «lu soleil.

Ca' fui eu ISôO t|ue FMiirault fxikniia rnpèrîeikce à jamais célèfave |teudaVe. Installr d'abcinl itans une cave de sa maiâoo. rue d'Assa», Tappa dit tnmSfOKlit ii rObe»erTakiine dans la stUe de b XéndîeBBe. Pmïfi., coM l'tîcmail Foacaolt : ■ Le préâdeai Je la BépBblî<|*e. daas sa hamÊt aa cil»Je pour h science, Toahit qoe cette e^p^rieace Al rêpèléie ■■(■ (jueHK-at an Patoli^oift. « W pefkdule avait 3T Mètiei. et OBtilbtioMft Mnjwtaeiriw. dwaieM cfacmae 6aec8*dcs. Bepelil» 4> saU» *- — --*•' iasttOiês sar lue i>U«u> riifiiiiri Miav de T WwnJMt & AitfBf osdlhlwM le cfcac d'osé poiue ftife â la haafe Ai paaJate-, ft h hn'^rhi njani foriFr l'unadJifinii ^ r fcayr Im ér ^i^Mw milKoailKs ^vfs ta ^ncfce ds refeenamr. ftr cet artftc» aasB siffle f "JH^iAii u l'habile I ipfi^iKiihiM ■lÉiii Tliiair à IMS It ans ftimaittt soivani l«Htiie{ se ptorfiâwHl b déiiiKia» da p^ d'aadfalîa».

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Ceux qui ont répété consciencieasement son expérience ont pu seuls se rendre compte des difficultés pratiques que présentait sa réalisation. Foucault a avoué qu 'il ne les avait surmontées qu'après plusieurs années d'essais. C'est à sa persévérance^ à sa ténacité, à la fermeté de ses convietiens quHl a dû d'atteindre le but, dans une voie que d'autres avaient peut-être tenté de parcourir avant lui, mais certainement sans succès.

Néanmoins, il eut à cœur de prouver qu'il pouvait plus encore: i'expérience du pendule pouvait passer pour une heureuse inspiration; l'invention du gyroscope fut une œuvre savante longuement méditée, et par laquelle Foucault révélait un esprit d'analyse exceptionnel, et un sentiment profond des vérités mécaniques. C'était dans les considérations les plus délicates de la dynamique qu'il lui fallait puiser ses arguments pour expliquer les évolutions singulières de cet appareil capricieux qui offre dans certaines directions des résistances inattendues au déplacement, se comporte parfois comme s'il était soustrait à l'action de la pesanteur, et enfin, sert à démontrer sans aucune observation astronomique l'existence de la rotation terrestre et jusqu'à la direction de l'axe autour duquel cette rotation s'effectue.

Les expériences de Foucault ont fourni une confirmation brillante des principes formulés par Poinsot dans son élégante théorie des rotations, et n'ont pas été sans inQuence sur les études pratiques faites depuis cette époque, pour élucider la théorie des projectiles à rotation rapide.

Le mouvement du gyroscope durait quelques minutes, celui du pendule durait plus longtemps, mais en s'affaiblissant avec rapidité; Foucault, à l'aide d'un mécanisme électro-magnétique, dont les fonctions étaient merveilleusement étudiées, parvint à entretenir pendant plusieurs heures le mouvement du pendule, et cet appareil ingénieux fut installé à l'Exposition de 1855.

Foucault ne restait étranger à aucun des progrès de la science. Dès qu'une idée nouvelle se faisait jour, il en saisissait la portée avec un admirable instinct. C'est ainsi qu'il fut un des premiers en France h comprendre toute l'importance de la théorie mécanique de la chaleur, et il imagina pour en démontrer le principe fondamental une expérience devenue aujourd'hui classique.

Parmi les excursions qu'il fît dans le domaine de l'électricité, une des plus heureuses fut 1» suite de ses études sur l'appareil qui a popularisé le nom de M. Rulimkoriï.

Masson et M. Bréyuet avaient les premiers obtenu d'une bobine à double fil des étincelles à distance, la lumière dans le vide, et la charge d'un condensateur. M. Ruhrakorff, en donnant de meilleures proportions au fil inducteur et au fil induit, en remplaçant le noyau de fer doux par un faisceau de fils de fer, la roue dentée de Masson par l'interrupteur automatique de Necf, avait constitué un instrument nouveau, inférieur par les dimensions à l'appareil de Masson, plus commodeet plus puissant. M. Fizeau, par l'adjonction d'un condensateur annexé au circuit inducteur, en augmenta la puissance. Foucault eut l'idée de grouper méthodiquement plusieurs bobines d'induction, de les mettre en jeu au moyen d'un interrupteur à mercure de son invention, et obtint ainsi le premier ce (lot d'étincelles que donnent ces instruments merveilleux. Sans l'interrupteur de Foucault, il eût été bien difficile et peut-être môme impossible de porter ces appareils au degré de puissance que M. RuhmkorfT atteint aujourd'hui.

Lorsqu'il exécutait ces brillantes expériences, il circulait avec calme au milieu de ces générateurs d'électricité d'où jaillissait la foudre, une main systématiquement fixée dans sa poche, l'autre armée d'une pince eo bois, exécutant toutes les manœuvres nécessaires avec une aisance et un sang-froid admirable, et jamais aucun faux mouvement ne l'exposa à une de ces décharges terribles qui pour lui surtout n'eussent pas été sans danger.

La réorganisation de l'Observatoire impérial donna à Foucault une position officielle, il fut attaché à cet établissement sous le titre de physicien. Ces fonctions offraient un champ nouveau à son activité. Il s'était tracé et avait tracé à l'administration un brillant programme qu'il aurait certainement rempli. C'est pendant cette période de sa vie scientifique qu'il fit faire iiu pas consitiérable à la fabrication des grands instruments d'optique.

L'Observatoire avait fait en 1855 l'acquisition de deux disques de flint et de rrown fondus par !\1M. Ciiance de liîrniiiighani. Ces disques devaient servir à la conslruclion dune lunette dé|tassanl en puissance tous les

instruments connus ; Foucault fut chargé d'en diriger l'exécution. C'est surtout dans ce long travail que l'on peut saisir les caractères de cette méthode lente, progressive, mais sûre, qu'il appliquait à toutes ses recherches. Son intuition merveilleuse lui fit comprendre dus le début qu'il aurait bien plus à compter avec la pratique qu'avec la théorie; il commença donc par étudier, dans les ateliers de la maison Sécretan, les moyens de travail utilisés chez tous les opticiens. Il apporta dans cette étude toutes les ressources de son esprit d'analyse, et pour compléter son instruction il se fit ouvrier lui-même.

Les objectifs travaillés sous ses yeux furent soumis par lui aux essais habituels, c'est-à-dire à l'examen des objets terrestres et des astres. Méthode défectueuse et incertaine que les opticiens employaient faute de mieux, et qui rendait toutes les appréciations essentiellement dépendantes de la pureté si variable de l'atmosphère.

De pareils moyens ne pouvai^t satisfaire un expérimentateur aussi consciencieux; il les pratiqua pour en constater Timperfeclion, et leur substitua immédiatement un procédé plus sûr et plus correct. 11 réalisait au foyer d'un miroir un point brillant, sorte d'astre artificiel dont les rayons réfléchis par la surface du miroir rejaillissaient sous forme de faisceau parallèle, comme s'ils émanaient d'une étoile virtuelle située à une distance infinie : c'était sur cette étoile qu'il visait à l'aide des lunettes dont il voulait apprécier le degré de perfection.

Il se servit dans ses premiers essais d'un miroir concave en verre; mais la lumière réfléchie faisait défaut. Ce fut alors qu'il eut l'idée heureuse de recouvrir la surface du verre d'un dépôt infiniment mince d'argent, afin de décupler le pouvoir réflecteur sans altérer aucunement la courbure.

Le procédé d'argenture sur verre dû à M. Drayton, dont il avait pu apprécier l'efficacité dans ses recherches sur la vitesse de la lumière, lui permit de réaliser son idée. C'est ainsi qu'il imagina, chemin faisant, le télescope à miroir de verre argenté.

Foucault ignorait que peu de temps auparavant M. Steinheil, avec le concours de M. Liebig, avait réalisé la même idée de l'autre côté du Rhin.

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neiireiisomcnt la réclamalion de priorité faite à ce sujel n'arrêta l'élan de Foucault; il fit construire |tlusieiirs télescopes, et reconnui surprise que les miroirs travaillés par des mains également lialiiles ou par la même main préseniaii-iit au point de vue optique une valeur trèsdifférente.

Ce futalors qu'il iniagiu;i des moyens enliiTemenl nouveaux d'explorer les surfaces optiques. L'un de ces moyens avait ponr ciïct de centupler en quelque sorte le relief des plus faibles irrégularités de la surface et de les faire apparaître sons forme de saillies et de dépressions saisissables pour l'œil le moins exercé. Immédiatement Foucault eut l'idée de niveler on quelque sorte ces saillies imperceptibles en les usant par un polissage méthodique. Il y réussit.

L'ouvrier lui donnait une surface au poli éclatant, œuvre terminée eix appari'nce. médiocre en réalité; Foucault l'amenait en quelques heures aa dernier degré de perfection : il aimail it se comparer au sculpteur qui. par quelques retouches habiles, complète le travail du praticien, et donne aa modelé d'un médaillon toute sa pureté artistique.

Avant lui le meillenr auxiliaire de l'opticien était un heureux hasard. Pouvail-il en être autrement? Quand un verre est uséjusqu'A ce dépoli presque transparent que les opticiens appellent le dernier douci, les aspérités de la surface sont tellement faibles qu'elles sont invisibles même au microscope, le poli n'a d'autre effet que de régulariser la surface en abaissant le niveau de ces éminences imperceptibles dont l'épaisseur esl à peine de quelques dix-milliémes de millimi-lre. Or, c'est préciséraeut dans cette épaisseur infiniment mince que peuvent trouver place une hifim'lé de surfaces dont l'effet optique peul varier de la médiocrité à l'extrême perfection. Ces considérations nous donnent la mesure de la hardiesse de la méthode, et de l'importance du service rendu par Foucault.

H est donc légitime, malgré les essais antérieurs, de laisser son nom ù ces télescoiies en vei-i'e argenU' dont son svsléinc de relouche locale assure la perfection. Sans lui rasli'unnmic possédcraîl-i-lle aujourd'hui ces iiislrumeuts légi'rs et peu roùli^iix'' Snusun faible volume ils présentent un pouvoir optique coiisiilérablc. ou |K'ut les moiivoii' aist'uient, les abriter à peu de

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frais; leur emploi est certainement appelé à populariser l'étude de l'astronomie pliysique si délaissée en France, en dehors des établissements de l'État. Si la détermination des constantes de l'astronomie exige des instruments d'une haute précision, d'une installation coûteuse, et reste par cela même le privilège des grands observatoires, l'observation pure et simple des faits astronomiques est à la portée des volontaires de la science, et, pour les esprits indépendants qui ont la noble ambition de se rendre utiles sans aliéner leur liberté, la création du télescope Foucault est un véritable bienfait.

Si Foucault s'était arrêté quelque temps à perfectionner les télescopes, c'est qu'il comprenait que cette première étude avait l'avantage de le mettre en possession complète du travail des surfaces optiques, mais il ne perdait pas de vue les lunettes, et lorsqu'il jugea le moment venu, il aborda résolument cette seconde partie de ses études sur les instruments d'optique. Mais cette fois les difficultés étaient bien plus grandes; en effet, dans un objectif de lunette il y a deux verres et quatre surfaces. 11 faut combiner les courbures de ces surfaces de façon h obtenir des images parfaitement achromatiques, il faut de plus donner à ces surfaces la forme particulière qui assure à la vision son maximum de netteté. Si le résultat est imparfait, il faut pouvoir en déterminer la cause ; imperfection de la matière vitreuse, mauvais choix des courbures, ou défaut dans le travail des surfaces.

Toutes ces difficultés, Foucault les avait résolues. 11 avait une méthode sûre pour reconnaître, avant tout, le degré de pureté des verres, un système rapide pour arriver expérimentalement à l'achromatisme, un moyen certain de reconnaître et de corriger l'imperfection de l'une quelconque des surfaces.

11 donna la mesure de son habileté dans la construction de deux objectifs : le premier qu'il voulait améliorer encore était excellent, il appartient à l'Observatoire de Paris. Le deuxième, supérieur à tout ce qui a été fait de meilleur dans les mêmes dimensions, est destiné à l'Observatoire de Lima. Il était donc à la veille d'aborder la construction du grand télescope de r",20 de diamètre et de la lunette de 74 centimètres destinés à l'Observatoire impérial de Paris. Si ce travail avait subi en

apparence quelque relard, c'est que Foucault n"niniai( pas 4 s'engager A la légère et n'entrainK-finitiveraenteii lice quarmé de toutes pièces cl assuré de la victdire.

Les moyens si ingénieux imaginés par Foucault pour le travail des objectifs sont connus dans tous leurs déUiils du confiaient discret qu"il avait associé depuis cinq ans à ses travaux d'optique. Ils ne seront pas perdus pour la science et pour le pays.

Par une des dernières manifestations de sa volonté, Foncaull a mis A la disposition de M. Adolphe Martin les instruments mêmes qui lui avaient permis de réaliser son chef-d'œuvre. 11 ne pouvait pas manifester d'une façon plus éclatante qu'il lui léguait le soin de continuer son œuvre et qu'il le considérait comme son seul collaborateur.

Puissions-nous donc voir terminer sans entraves ces travaux si imporlantsà l'exécution desquelsFoucaults'était longuement préparé! Puissionsnous ne pas avoir la douleur de voir l'étranger prendre l'avance, et enlever à notre pays la gloire d'appliquer pour la première fois à des iuslruracnls de premier ordre les procédés si remarquables dont Foucault est l'auteur!

Le dernier travail de ce savant si regretté, celui dans lequel malheureusement il usa ses forces, fut également coii(,'u pour aider au progrés de l'astronomie : nous voulons parler de ses recherches si étendues sur les régulateurs de vitesse.

La réalisation d'un mouvement rigoureusement uniforme dans les machines est un problème difficile et du plus grand intérêt. Sa solution rend possible la mesure des fractions les plus petites du temps. Elle permet de communiquer aux lunettes et aux télescopes ce mouvement régulier qui maintient l'astre observé dans le champ de rinstrument. malgré la rotation de la terre, et assure à la fois la commodité des observations et la précision des mesures.

Ce problème, Foucault le résolut par une modification ingénieuse du modérateur de Watt. Séduit par le succès complet de l'application de son appareil aux inslruaients astiononii()ue.s et aux chronographes, il conçut la pensée de faire entrer sou régulaleur dans le domaine de l'industrie. En ell'cl, la réalisalion <lu niouveaienl unil^nne ne présente pas moins d'iiilé-

à-dire deux types èxU-6mes dans les machines-outils, l'un exigeant larégiitarilé la plus absolue dans le mouvement, et l'autre apportant dans cette ri'gularilti le plus puissant f^lément de trouble. Tel Tut le problème qu'il parvint à résoudre, mais au prix de (|uclle assiduité, de quelles angoisses ! Cbaque matin, dès l'ouverture des portos, il était à la section américaine surveillant la marche de son ri?gulaleur, et quand il s'éloignait pour prendre pari aux opéiaLions du Jury, il ètaitencore en espritauprès de sa machine, prêt à parer ;i tout événement, tremblant de voir quelque circonstance im|irévne donner prise i^ ses rivaux. Tant de persévérance fut récompensée par nn triomphe complet, triomphe bien cruel, hélas! puisqu'il hâta sa

nu.

Depuis plusieurs mois, en elTet. Foucault se sentait fatigué, les travaux mullipliés qu'il poursuivait nsaieut à la fois ses forces physiques et inlellecluelles. II Intiait contre cette fatigue avec une sorte d'activité fébrile, accumulant invention sur inveniion, car il avait liAte de terminer cette campagne des régulateurs qu'il avait, entreprise un peu pour justifier l'empressement avec lequel la section mécanique de l'Institut l'avait accueilli. Il voulait revenir aux travaux de pure physique qui avaient été sa gloire, .'■'ou programme était tracé, h J'ai devant moi. disait-il, pour vingl ans <lc recherches, n Dansfe charmant pavillon de la rued'Assas qui devait lut appartenir un jour, tout se pré])arajt pour lui rendre le travail facile, un large balcon avait été construit pour recevoir le sidéroslat qui devait lui permcUre de faire de l'astronomie physique au coin de son feu. Son cabinet de travail avait été tendu d'une étoITe moelleuse aux tons doux, destinée à amoriir les sons cl '.i reposer la vue. Des doubles fenêtres garnies de glaces épaisses arrêtaient les bruits du dehors, et il se préparait à recommencer, dans une douce retraite troublée de temps en temps par la causerie d'amis dévoués, ces méditations fécondes, qui avaient déjà tant donnéà )a science. Malheureusement, nous le comprenons trop aujourd'hui, cette recherche du ('onforlable élail cerlainenieul inspirée par le désir instinctif de consei-vei" à rinteliigeuce tonte sa |)uissance créatrice en épargnant la fatigue à un organisme aifaibli.

Mais il était trop lai'd ; le 10 juillet 1867 les symptômes décisifs de la

paralysie s'annonçaient chez lui par un engourdissement de la main qui Tempêchait de signer son nom. Dès la première heure il se sentit perdu, ses études médicales avaient été trop complètes pour qu'il pût se faire illusion. Bientôt la langue s'embarrassa, puis la vue fut atteinte : tout ce qui pouvait aider à la manifestation extérieure de la pensée lui faisait défaut, alors que son intelligence restait presque intacte. Cette intelligence merveilleuse, il L'employait à suivre les progrès de son mal, à en analyser les symptômes, et quand il s'efforçait de peindre ses souffrances à l'aide de ces mots incohérents qui s'échappaient de sa bouche par un violent effort, c'était en termes d'une précision saisissante qui accusaient la netteté persistante de ses idées. Cette justesse d'expression qui était une de ses préoccupations constantes, il aimait à la retrouver chez les autres, et^ quand un de ses amis venait à traduire fidèlement sa pensée, sa figure s'illuminait un instant. <( C'est ça, disait-il, c'est ça », puis il retombait dans ses sombres préoccupations, le désespoir l'envahissait de nouveau, et alors ses yeux privés de lumière se remplissaient de larmes, ses mains tremblantes s'étendaient dans l'obscurité comme pour implorer. « Mon Dieu ! Dieu! Dieu! s'écriait-il, qu'ai-je fait? » Affreux supplice pour lui et aussi pour sa mère, ses parents et ses amis qui eurent six mois durant ce douloureux spectacle! Enfin il succomba, le 11 février 1868 ; Dieu mettait un terme à ce long martyre.

Quoique prévue, la mort de Léon Foucault causa en France et à l'étranger une douloureuse émotion. On sentait que notre pays perdait une de ses illustrations, la science une de ses gloires. La foule de ses admirateurs et de ses amis accompagna sa dépouille mortelle jusqu'au champ du repos. Le général Morin au nom de l'inslilut, et M. Villarceau au nom du Bureau des longitudes, prirent la parole sur sa tombe. Enfin M. Bertrand parla le dernier au nom des amis que Foucault comptait dans les rangs de l'Institut et en dehors, et se rendit rinlerprôte de leur douleur dans des adieux d'une touchante simplicité.

11 semblait que la nature eût pris à tâche d établir un contraste saisissant entre l'organisation physique de L. Foucault et sa puissance intellectuelle. Qui aurait pu deviner l'homme de génie sous cette frêle apparence?

Sa taille (Hait peu élevée, sa léte petite, le iront peu ilévelop[i6. les yem inégaux, l'un francliement myope, l'aulre presbyte. Aussi ne regardait-i! que de l'wil droit, tandis que l'œil gauche semblait abandonné dans le vague» A cette disposition s'ajoutait une légère nuance de strabisme divergent qui donnait à son regai-d quelque cbose d'étrange et de irés-caractérisé. L'expression de sa physionomie était ordinairement froide, son attitude modeste, son langage réservé; néanmoins l'ensemble de. sa personne était distingué, il avait même dans la conversation un charme tout particulier qu'augmentaient encore la finesse de son sourire, le limlire agréable de s;» voix, l'expression douce el parlbis caressante de son regard. II s'étudiait à racheter par l'exquise urbamtc des formes ce qu'il y avait d'absolu dans ses idées et d'invariable dans ses convictions.

C'est qu'en effet il n'avançait jamais une opinion sans s'y être mûrement arrêté, el tout ce qu'il affirmait était le fruit de longues éludes el de médilJitions sérieuses. Aussi étuil-on étonné île la profondeur el de l'originalité de ses vues lorsqu'il se livrait un peu dans ces causeries indmes du jeudi qui réunissaient chez lui de nombreux savants. C'est ainsi que sans effort, et par la sûreté de son jugement, il avait conquis sur tous ceux qui l'entouraient une véritable autorité.

Malgré les lacunes de ses premières ('tudes, il eut la hardiesse, dès le début de sa carrière scientifique, d'aborder les questions les plus ardues et les plus délicates. Chemin faisant, il complétait son instruction mathématique, apportant dans ce travail réparateur sa ténacité et son indépendance de caractère. Aussi se fit-il une science à lui, à laquelle il imprima le cachet indélébile de son originalité. lieu résumait les principes dans un langage syn[d)olique dont ses amis les plus intimes avaient seuls l'iiabilude.

Comme expérimentateur, Foucault était d'une adresse sans égale. Tous les appareils destinés à ses premiers essais furent construits de ses malus avec une simplicité qui n'excluait pas l'élégance, et un soin qui en assurait la précision. S'il fut secondé [larfois par les plus habiles construcleurs, il reconnut toujours loyalement ce qu'il devait à leur coopération; mais, s'il ti'ouva chez quelques-uns un concours utile et précieux, il ne fut à la merci d'aucun.

Il ne réservait d'ailleurs qu'à lui-même le soin de mettre la dernière main à ses appareils, et d'en opérer le réglage définitif. Il les faisait fonctionner avec une rare habileté et une sorte de coquetterie. Dès qu'il avait réalisé une de ses merveilleuses expériences, il l'installait à demeure dans sa modeste chambre qui devenait le rendez-vous des savants du monde entier*.

C'est là qu'il recevait tour à tour les Magnus, les Jacobi, les Wheatstone, les Tyndall et tant d'au très, et Faraday, dont le cœur égalait le génie, et cet excellent M. de La Rive non moins aimé des savants, et toutes les illustrations de l'Institut de France que je ne puis nommer, car je craindrais que la présence de plusieurs d'entre eux ne gênât l'expression de ma respectueuse admiration*

C'est là que Foucault a vu venir à lui les hommes les plus éminents de la France et de l'étranger. C'est là quMl a contracté d'illustres amitiés dont il avait le droit d'être fier, car elles n'avaient d'autre origine que l'attrait de son talent. Mais, hâtons-nous de le dire, elles ne l'ont jamais rendu moins accessible à des amitiés plus obscures, mais aussi dévouées, auxquelles il a tenu à honneur de rester fidèle dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.

Foucault écrivait dans un style simple et correct, et dédaignait les artifices de langage sous lesquels se dissimule le vide de la pensée; il avait horreur du charlatanisme et de Ta peu près.

Tout travail, quelle que fût son origine, trouvait en lui un critique impartial et indépendant. Sans indulgence pour les œuvres médiocres, il avait des élans d'enthousiasme pour toute idée neuve, pour toute conception vraiment originale.

Incapable de dissimulation, il disait la vérité à tous sous une forme parfois incisive, jamais malveillante, mais avec tant de netteté et de finesse que le trait portait toujours au défaut de la cuirasse. Plût à Dieu que tous ceux qu'il blessa ainsi eussent eu la générosité de lui pardonner !

Jamais dans la presse scientifique aucune plume ne fut tenue avec

4. Foucaulr, par son testament, a légué au Collège do France le gyroscope; au Conservatoire des arts et métiers, le pendule du Panthéon et celui de TËxposiiion de 4855; à TObservatoire, l'appareil qui a servi à la mesure de la vitesse de la lumière, et laissé tous les autres appareils et instruments de travail à M. Jules Regnault, le plus ancien de ses amis.

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C^.iaii la sanction nopri^me rjonn^ It ^'^ émaf-ntA iravaax. H l'aTait all«wlne U(nf^itm\A et laboriAnv^aient conquise. Il n'en jooit, béUs! que hflen peu. Mais dn moins les amis des ^iences sont beareox de penser qne mrtrc premU-r cor^tn «irani, rjai a lonjonrs lenti k honneur d'appeler dans gon <^'in lf■^ illiiHtr»(ion<» scientjn''|nes de la France, n'a pas eo le regret de dire fif lAm Coiiraiilt re que l'Aradf'jmte française écrivit tanlivement sons

FAIIS* — Impr. J. CLATB. — A. Quavtiv ft C*, nu aont-Bnolt.

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