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LE MICROSCOPE PHOTO-ÉLECTRIQUE

(Académie des Scientcs, 15 avril, 1844)*.

Aujourd'hui, personne n'ignore qu'il existe un instrument pour peindre en grand, sur un écran, les objets très-petits au moyen de la lumière du soleil : c'est le microscope solaire inventé par Lieberkûhn, en 1738, et qui fit, à cette époque, une grande sensation. Avec cet instrument, une réunion nombreuse peut contempler à loisir des détails minutieux qui, au microscope ordinaire, ne sont vus que par un seul individu.

A son début, comme tout ce qui parait, le microscope solaire était fort imparfait; depuis, il a reçu de grandes améliorations; mais à mesure qu'il se perfectionnait, il semblait se reléguer au nombre des objets de pure curiosité. Toutefois, dans ces dernières années, la microscopie ayant pris un grand développement, on a compris qu'il y aurait de l'intérêt à tirer de son abandon le microscope solaire, non pour en faire un instrument de recherches, mais pour mettre sous les yeux du public les résultats de la science.

Malheureusement, dans notre climat, le soleil est bien rare; pendant

4. Cet appareil, inventé par MM. Donné et Léon FouoauU, a été présenté à la Société d*encoura- ^inent en 484» : des expériences ont été faites avec ce microscope dans la séance extraordinaire du 42 mars 4845.

2. Voir : C. R. de VAc, des Se, . XVIII, p. 696. Bull, de la Soc. d' encouragement , 4846, A 3 S 9.

une grande partie de Tannée il se montre à peine, et même pendant la belle saison il n'est pas possible de décider à l'avance le jour où l'on devra se réunir pour observer les effets du microscope solaire.

Ces considérations devaient amener des tentatives qui auraient pour but de remplacer la lumière du soleil par quelque foyer artificiel, dont on pourrait disposer à son gré. C'est en Angleterre qu'on a construit le premier microscope à gaz, et pour cela on a mis à profit la lumière de M. Drummond; mais véritablement l'eff'et est resté trop au-dessous de ce que l'on voulait obtenir.

Bien avant M. Drummond, Davy avait su produire, au moyen d'une forte pile, une lumière que l'on disait comparable à celle du soleil; mais il fallait des appareils si puissants, qu'on ne pouvait répéter l'expérience dans toute sa splendeur qu'à l'Institut royal de Londres, Ce que l'on faisait dans nos cours n'en était qu'une pâle représentation, quand M. Bunsen inventa la pile à charbon et mit entre les mains des physiciens une source énergique d'électricité dynamique ; alors l'expérience de Davy fut répétée de tous côtés, et dans nos amphithéâtres on fut ébloui des torrents de lumière versés par les cônes de charbon.

Il n'y avait plus à hésiter, et ce qu'on avait fait avec la lumière de Drummond, il fallait le tenter avec celle de Davy, bien plus brillante, mais bien moins facile à gouverner. Ainsi le problème que nous nous proposions était celui-ci :

1° Régulariser une source lumineuse;

2** Modifier l'appareil optique d'une façon appropriée à la nature de cette lumière.

Et c'est en exposant les moyens par lesquels on a satisfait à ces deux conditions que nous croyons donner la meilleure description du nouvel instrument que nous avons présenté sous le nom de microscope photo-électriqiœ.

Dans les expériences que l'on fait ordinairement avec la pile et les pointes de charbon, la lumière produite est tout à fait impropre aux expérience d'optique : l'' parce qu'elle varie continuellement en couleur et en intensité; 2° parce que les parois du ballon où elle se produit se ternissent

irès-foDcés qui laissent à l^xpérimenuiear la surveilUnce de celle lamière qu'il peot, du reste, éteindre oa rallumer à son gré.

Poor préTenir raocomalation de rénorme cbalenr dégagée par 1 incandescence des charbons, on a formé le dessus et le dessous de la Ixrfte de deux séries de lames métalliques^ obliques et placées dans le sens le plus couTcnable pour laisser circuler Tair et empêcher que la lumière ne se réfiande au dehors.

Le courant qui alimente Tappareil est fourni, comme nous Tavons dit, par une pile à charbons de Bunsen. 11 faut au moins 60 couples* Comme cette pile n'est pas i effet constant et qu'elle fournirait, dans les premiers instants, une trop grande quantité d'électricité pour ensuite ne plus donner seulement le nécessaire, il a fallu mettre sur le chemin du courant un régulateur situé sous la main de l'opérateur. Ce régulateur est formé de deux lames de platine triangulaires, maintenues à une petite distance Tune de l'autre par un corps non métallique, et qui plongent plus ou moins, la pointe en bas, dans une eau légèrement acidulée; par ce moyen, on peut régler la quantité d'électricité, qui doit être proportionnée à la grosseur des charbons.

Après avoir spécialement destiné cet appareil aux démonstrations microscopiques, nous nous sommes livrés à quelques expériences d'optique, et les résultats que nous avons obtenus nous font penser qu'il ne faudrait pas de grandes modifications pour le rendre apte à répéter les expériences qui réclamaient jusqu'à présent la lumière solaire.

Tout l'appareil, sauf la pile, a été construit par M. Charles Chex^Iior, et la coopération de cet habile artiste a singulièrement facilité la tAche que nous nous étions imposée.

En résumé, l'application de la lumière voltaïque aux démonstrations microscopiques s'est réalisée, entre nos mains, à l'aide des artilicos suivants :

1® Substituer aux cônes de charbon employés jusqu'ici des prismes du même corps, afin qu'ils présentent une égale section dans toute la longueur où ils doivent subir l'incandescence ;

2'' Opérer à l'air libre et non dans le vide, ni même en vase clos ;

â** Employer, pour développer la lumière, le charbon dit charbon de gaz, qui est à la fois le plus conducteur et le moins combustible ;

ft* Réparer incessamment l'usure irrégulière des charbons et les maintenir presque en contact au moyen d'un mécanisme à portée de l'opérateur;

5** Rassembler la lumière ainsi produite en un cône convergent sur l'objet à observer, au moyen d'un miroir étamé concave;

6*" Modérer l'intensité de la chaleur concentrée aux mêmes points que la lumière, par l'interposition d'une boîte à faces parallèles en glace, et remplie d'une solution saturée d'alun;

7^ Enfermer dans une boîte très-perméable à l'air les charbons incandescents, afin qu'aucun autre rayon que ceux qui concourent à l'eflFet optique ne se répande au dehors;

8* Engendrer le courant au moyen d'une pile de Bunsen de 60 couples au moins ;

9^ Enrayer le courant par un régulateur consistant en deux lames de platine triangulaire plongeant dans une eau faiblement acidulée.

C'est avec un appareil construit sur ces principes que nous avons répété devant la Société d'encouragement toutes les expériences du microscope solaire.

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