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AVERTISSEMENT

En acceptant la pieuse mission de présenter au inonde savant le recueil des Mémoires de Léon Foucault, j'avais songé d'abord à tracer le rapide résumé des ingénieuses inventions qui lui sont dues. Un tel travail serait sans utilité; la simplicité et la neltelé sont les qualités dominantes des pages qui vont suivre, et il suffit de dire au lecteur curieux : Lisez et jugez. Le temps n'est plus où il fallait, pour défendre le génie inventif de Léon Foucault, en montrer le principe et le guide dans une science exacte et profonde; au moment où une mort prématurée nous l'a enlevé, il avait depuis bien des années déjà, conquis le rang élevé que la postérité doit lui conserver.

L'histoire de ses études est celle de ses découvertes. Il apprenait en inventant et consultait la science suivant ses besoins et dans la mesure nécessaire seulement; bien souvent au début d'une recherche nouvelle, il avait recours à l'érudition de ses amis, et en se faisant enseigner, sans aucun embarras, les premiers éléments d'une théorie classique» il prenait l'indication des ouvrages à consulter. Quelques mois après, ceux qu'il avait surpris par l'absence des notions élémentaires dans nos écoles, le retrouvaient riche d'une invention ingénieuse et brillante, prêt à en discuter les conséquences et les principes, aussi bien préparé à tenir tête aux savants qu'à éclairer les ignorants.

Léon Foucault ne fut élève d'aucune école; les études classiques semblaient dans son enfance trop fatigantes pour son esprit rêveur ; il fut un écolier médiocre, et jugea nécessaire, à la fin de ses études, de se faire aider par un répétiteur pour préparer l'examen du baccalauréat.

Il commença ses études en médecine, mais un cours de microscopie dont il devint l'auditeur assidu, et bientôt après Thabile préparateur, lui révéla ses facultés d'expérimentateur. Le professeur était le docteur Donné, qui, sachant apercevoir dans ce jeune homme si habile à monter un appareil, un esprit aussi droit que pénétrant, le présenta, dès Tannée 1845, comme son successeur, à la rédaction scientifique du Journal des Débats. Foucault avait alors vingt-six ans.

La tâche, périlleuse à plus d'un titre, exigeait beaucoup de science, et Foucault se proposait d'en acquérir; beaucoup de prudence en même temps et de sens critique; il y mêla beaucoup de hardiesse. Toujours attentifà ne pas se compromettre par des jugements erronés ou douteux, ses appréciations n'avaient rien de banal. Entre tant de travaux, non moins différents par le but que par la méthode, il marquait nettement ses préférences, non sans quelque dédain pour la science, si élevée qu'elle fût, quand elle se déployait sans résultat immédiat et précis.

Malgré l'importance croissante de ses propres travaux, il n'abandonna jamais complètement cette tâche qu'il aimait et dans laquelle la franchise de ses jugements, toujours pleins cependant de convenance et de courtoisie, a éveillé plus d'une rancune et par là peut-être retardé ses succès.

Léon Foucault, associé bientôt à un collaborateur digne de lui, tourna ses premières recherches vers la photographie, puis vers les questions les plus.élevées de la théorie de la lumière, en faisant faire à l'expérience fondamentale des interférences un progrès aussi considérable qu'inattendu. Cette admirable expérience, si justement célèbre dans l'histoire de la science, fait paraître, on le sait, des raies complètement obscures à la rencontre de deux rayons dont chacun, s'il était seul, donnerait une lumière brillante et pure. L'explication depuis longtemps n'est plus douteuse; l'éther, dont les vibrations propagent la lumière, est excité en sens opposé au point de rencontre des deux rayons qui se contrarient et se détruisent; il suffit pour cela que la différence des chemins parcourus depuis la source commune corresponde à une différence de phase. Dans les expériences antérieures de Fresnel et de Thomas Young, cette différence de marche correspondait à un petit nombre de longueurs d'onde; MM. Fizeau et

Foucault, par une disposition ingénieuse et simple, l'ont portée jusqu'à huit mille longueurs d'onde, en ajoutant une preuve nouvelle et brillante à la parfaite précision de la théorie. Arago, si bon juge de ces matières, et glorieusement mêlé lui-même à l'histoire de ces mémorables découvertes, fit à cet élégant travail le plus chaleureux accueil et commença à espérer que Fresnel aurait des successeurs.

MM. Flzeau et Foucault étaient trop ingénieux l'un et l'autre à inventer de belles expériences, trop habiles en même temps à. les réaliser, pour avoir besoin d'aide et d'appui. Leur collaboration, quoique très-fructueuse pour leur commune renommée, dut cesser cependant le jour où chacun d'eux, en pressentant des découvertes de premier ordre et se sentant la force de les réaliser seul, voulut s'en réserver la gloire tout entière. Leur séparation, en effet, fut suivie, pour tous deux, d'expériences aussi brillantes que neuves dont le retentissement fut immense. Je n'ai pas à faire connaître ici les admirables travaux de M. Fizeau; il est moins nécessaire encore d'analyser, en tête de ce volume où elles sont si bien exposées, les découvertes presque simultanées de Foucault, dirigées bientôt vers des régions entièrement différentes ; on me pardonnera cependant de reproduire ici une notice écrite en 186A dans le but très-hautement proclamé d'aider Léon Foucault dans une candidature académique. Le jugement que j'y porte, relu après quatorze ans, me semble strictement équitable; mon amitié n'a rien exagéré; il sera ratifié, j'en ai le ferme espoir, par le suffrage, aujourd'hui impartial, de tous les juges compétents. Je ne veux rien changer à ces pages qui ont procuré à Foucault, je suis heureux de citer ses propres expressions, une des joies de sa vie.

CiCttejoie, hélas! fut une des dernières. Lorsque tout semblait lui sourire et que, compté parmi les maîtres de la science, il éprouvait et retrempait ses forces dans une lutte, toujours heureuse, avec les difficultés pratiques des problèmes industriels, quelques jours après le succès d'une expérience décisive, il tombait terrassé par un mal sans espoir. Un voile chaque jour plus épais enveloppait sa pensée intacte jusqu'au dernier jour, en l'obscurcissant sans l'éteindre, et l'isolant sans l'affaiblir; quand elle perçait le nuage qui l'entourait, la mémoire des mots lui manquait; tout en lui était

frappé à la fois : sa vue rapidement affaiblie lui permettait à peine de reconnaître les amis qu il invitait encore à venir causer devant lui. « Je comprends tout », disait-il avec effort; et, par un geste désespéré, il marquait à la fois la fermeté de sa pensée, F impossibilité de Texprimer et la triste certitude d'une fin prochaine. Il n'avait pas achevé sa tâche : de nouvelles et précieuses inventions étaient entrevues et ébauchées ; malheureusement il écrivait peu, et sa famille, en publiant leis courtes notes inédiles qu'il a laissées, aura seulement la triste consolation de montrer que la science, en même temps qu'elle, a fait une perte irréparable et profonde *.

J. Bertrand.

4. Jean-Bernard-LéoQ Foucault naquit à Paris le 49 septembre 4819; il était fils d'ua libraire que d'intéressantes publications sur l'histoire de France ont fait connaître. Sa vie ne présente d'autres événements à rapporter que les découvertes qu'il a faites; quelques dates suffiront pour compléter tous les renseignements qui peuvent être intéressants pour la postérité et qui n'ont pas été consignés dans la notice précédente.

Après avoir passé sa thèse de docteur es sciences physiques sur la détermination de la vitesse de la lumière en 4853, L. Foucault fut nommé physicien à l'Observatoire en 4834 rcet>e place fut créée pour lai d'après les idées de l'empereur Napoléon U[. En 4862, il devint membre du Bureau des longitudes.

Il avait reçu la croix de la Légion d'honneur après l'expérience du pendule (4854) et il était nommé officier en 4862.

En 4 857 il se présentait à TAcadémie des sciences et il obtenait assez de voix pour qu'il y eût ballottage : il échouait cependant. 11 l'emportait, en revanche, après une lutte qui se traduisit par trois scrutins successifs, lorsqu'il posa sa candidature une seconde fois en 4865 : il succédait àClapeyron.

U était membre correspondant de la Société royale de Londres qui lui décerna en 4855 une des plus hautes récompenses qu'un savant puisse ambitionner: la grande médaille d'or de Copley; les académies de Berlin, de Saint-Péteràbourg et la plupart des corps savants de l'étranger l'appelèrent successivement dans leur sein.

En 4867, l'installation de son dernier modèle de régulateur à l'Exposition universelle Pavait vivement préoccupé par suite des difficultés exceptionnelles qu'il avait rencontrées dans la nature des machines dont il s'agissait de régler la marche : une machine à tisser et une machine à travailler le bois; les opérations du Jury des récompenses dont il faisait partie avaient également contribué à le fatiguer. Une cruelle maladie vint le frapper dans le courant du mois de juillet : la paralysie se manifesta d'abord par un léger engourdissement de la main. Il ne se fit pas illusion sur son état et, dès les premiers symptômes, comprit qu'il était perdu. Peu à peu la parole s'embarrassa, la vue fut atteinte, et après sept mois d'un long martyre il mourut le 44 février 4868.

Après sa mort, une Commission composée de MM. Rolland, directeur général des manufactures de l'État; J. Regnault, directeur de la Pharmacie centrale, professeur à la faculté de médecine; Wolf, astronome à l'Observatoire impérial; Ad. Martin, docteur es sciences; Lissajous, professeur au lycée Saint-Louis, fut chargée de préparer la publication des œuvres de L. Foucault, par les ordres de l'empereur. Les événements malheureux de 4870 ont mis fin à ces projets.

La mère de L. Foucault, qui conserve pour la mémoire de son fils un pieux et tendre souvenir, a repris l'idée abandonnée par suite de ces désastreuses circonstances : par son ordre, et à ses frais, tes travaux scientifiques de L. Foucault ont été réunis et elle a assuré leur publication, souhaitant seulement, et ce souhait a été rempli, de vivre assez pour voir la réalisation complète de cette pensée qui sauvegardera l'héritage scientifique d'un homme dont les découvertes ont enrichi la science.

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