PROCÉDÉ D^ARGENTURE A UN OBJECTIF
DE O'-jîS DE DIAMÈTRE*
(Académie des Sciences, 1" octobre 1866.)
Dans la séance du 3 septembre dernier, TAcadémie a eu communica* tion d'un procédé proposé par M. L. Foucault pour affaiblir les rayons du > soleil au foyer des lunettes. Il était intéressant de constater si l'expérience, répétée sur un grand instrument, donnerait les résultats que semblait promettre un premier essai. L'Observatoire possède un équatorial dont la lunette admet un objectif de 0'",25. D'un autre côté, M. Secretan fait construire en ce moment, dans ses ateliers, un objectif de cette grandeur qui, sans être complètement terminé, est déjà arrivé à un certain degré de perfection.
C'était une excellente occasion pour faire un second essai sans entraver Je courant des observations ordinaires. M. Secretan a bien voulu prêter cet objectif. La surface extérieure du crown a donc été argentée soùs l'épais-
4. Voir Comptes rendus de l'Acad, des Sc.j t. XLIII, p. 547. — Cette note a été lue à l'Académie par W. Le Verrier; mais d'après la minute qui a été retrouvée, elle a élé rédigée, très-probabi»' ment, par L. Foucault.
seur voulue, et l'objectif étant mis en place, on a pu proGter des éclaircies de ces derniers jours pour examiner le soleil et pour apprécier sommairement le nouveau moyen d'observation.
Par cette nouvelle épreuve il est bien établi que l'image du soleil est ainsi débarrassée de presque toute chaleur et de l'excès de lumière qui en rendait l'opération diflScile ou dangereuse. La présence de la couche d'argent ne parait aucunement altérer les propriétés optiques de l'objectif, elle diminue seulement l'intensité de la lumière transmise sans troubler la marche des rayons et sans produire de diffusion sensible. La netteté des images reste évidemment subordonnée comme d'ordinaire à l'état de l'atmosphère, et en choisissant les instants favorables, on arrive à appliquer utilement des grossissements de 300. On distingue alors dans les taches solaires ces nombreux détails qui ont été décrits et figurés par les observateurs les plus expérimentés. La surface entière de l'astre se montre parsemée d'un pointillé îrrégulier dont les éléments peuvent se classer en différentes grandeurs, et se groupent en constellations diversement configurées. A mesure que l'on gagne en netteté, on échappe à l'illusion d'une structure régulière comme celle qui résulterait de l'agglomération d'éléments identiques juxtaposés ou enchevêtrés les uns avec les autres. Il y a de ces instants de netteté fugitive qui amènent la résolution des parties ombrées et qui font souhaiter de recourir à l'emploi d'instruments de plus en plus puissants.
La seule altération consiste donc dans une légère teinte bleuâtre, à laquelle on s'habitue promptement, mais dont il importait de connaître la composition.
. Par l'application du spectroscope déjà employé à l'étude des étoiles, M. Wolf a constaté que la teinte résultante contient presque tous les rayons du spectre, à l'exception du rouge extrême, dont l'élimination semble coïncider avec celles des rayons calorifiques obscurs. En même temps l'orange, le jaune et le vert subissent une extinction partielle; le bleu et le violet conservent, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, une prédominance marquée.
Cette obse,rvation n'est pas sans importance, car si Targent ne laîs-
sait passer qu'une lumière monochromatique, il serait impossible de saisir les particularités susceptibles de se manifester par des effets de couleurs, mais comme en réalité tous les éléments du spectre visible figurent, à peu de chose près, dans la lumière transmise^ on peut compter qu'aucun détail de coloration ne passera Inaperçu.