‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 111 sur 181 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

FARCK

D'alcr tout droict en mariage :

Voyela ou gist tout mon soulcy.

La .II«. Pèlerine.

Nous l'avons entreprins aussy Et du chemin nous enquerons, ii5

Et au pèlerin requérons, Qui en vient, qu'i nous dict que c'est; Mais je voys bien qu'i ne luy plaist D'y avoir jamais prins chemin.

' Le jeune Pèlerin.

C'est un brouilleur de parchemin, 120

Un rasoté qui n'en peult plus.

Aies prier Dieu ; au surplus V Nous passerons doresnavant.

Le viel Pèlerin, Hardy! mectés la plume avant; Jamais jouée ne cessera. i25

Et! mon Dieu qu'i se lassera Premier qu'y soyt troys ans passés I

Le jeune Pèlerin.

Ces vieulx sont rompus et cassés ; On leur veoyt le cerveau saillir.

Non, non, s'on me vient asaillir, i3o

J'ey bon baston pour moy deffendre Ferme et fort, pour piquer et fendre.

A! Je ne crains nul assaillant.

Le viel Pèlerin.

Il est vaillant comme RouUant.

Saincte dame, qu'il est hardy ! i35

Y sera tant acouardy Mais que son bourdon soyt lassé.

118 jamais est suppléé. — i25 iouee {c'est-à-dire joye) ne vous cessera — 129 on leur veoyt presque — 134II est rouUant comme vaillant

Le mien est rompu et cassé, Tout vermoulu depuys longtemps.

Le jeune Pèlerin.

Sy ces vieulx en sont mal contens 140

Fault il les jeunes desgouster?

Non non, y les fault debouster D'un coup.

Le viel Pèlerin.

Regardés que ferés, Gentil Hercules désirés.

Atendés jusques a demain. 145

Le jeune Pèlerin.

J'ey bon pié, bon œuil, bonne main Pour bien sçavoir descroter cotes.

Le viel Pèlerin.

Olivier ', baille luy ses botes ; Y tara Karesme prenant '.

La .III«. Pèlerine.

A! dea, nous avons maintenant i5o

Qui nous asseure.

Fol. go Le jeune Pèlerin.

Se viellart Nous veult user de son viel art ; Mais y luy fault monsirer les dens.

i3g T. verd moulu — 143 que vous feres

1. Il s'agit évidemment du compagnon de Roland (cf. v. i54) qui doit servir ce foudre de guerre qu'est le jeune pèlerin.

2. On trouve la même locution dans un coq-à-Tâne composé vers 1537 (il y est fait allusion à la querelle de Marot et de Sagon) :

Quand l'espee au costé j'ay ceincte, Je turoy Caresme prenant

(Bibl. nat., ms. franc. 22363, II, fol. ioi.>

'iSb XXIX. — FARCE

()uc ne inc fourmassc dedens, J'aymeroys myeulx avoir....

Le viel Pèlerin.

La taignc ! i 55 O gentil Anus de Bretaigne, Gentil Hector, miséricorde!

Gardés la noix de vostre corde ; Vous pouriés bien chcrmer le trect.

S'y veult cheminer sy estroict, i6o

Y se lassera pour complaire.

Le jeune Pèlerin.

Mariage a chascun doyt plaire, Car je dis que, s'il eust despieu A Dieu, y ne luy eust pas pieu D'en faire le commencement. i65

Ausy fist il se sacrement Au lieu de paradis terestre ; Par quoy je dis qu'il ne doibt estre En cest estât vesperissé.

Le viel Pèlerin.

Et s'il a esté sy prisse 170

De Dieu, ce que je ne crus onques, Que ne se maria t'il donques ?

Ma foy, y n'estoit pas sy nise.

Le jeune Pèlerin.

Tes toy, que Dieu ne te punisse ; C'est trop babillé et trop dict. 175

Que je soye de Dieu...

Le viel Pèlerin.

Mauldict ! Car c'est asés de vostre femme.

172 Marie t ii.

Le jeune Pèlerin.

Garde toy de sumer diffame Et n'en dis rien que bien a poinct.

La PREMIERE Pèlerine Un cœur qui d'amour est espoinct 180

Et peult mariage choissir, Je croy que de douleur n'a poinct V^ Y chantent :

Puys qu'il est beau a mon plaisir.

Le viel Pèlerin, Plaisir! Quant on a le loisir, Mariage est mygnon et gent ; i85

On ne seroyt meilleur choisir

Y chantent :

Quant la nuict est venue.

Le jeune Pèlerin.

D'argent ne fault estre sergent.

Quant telle jouée est avenue, On prent un plaisir refulgent, 190

Y chantent :

Mais que on ne baillast poinct d'argent.

Le viel Pèlerin.

La nuyct bien souvent par la rue Tout mary on sent la froidure; Femme mule, regibe et rue

y chantent :

Tant comme la nuyct dure. igS

La .III®. Pèlerine.

La nuyct nul mal on n'y endure, C'est de plaisir une montjoyee; On n'y seroyt trouver laidure

Y chantent :

Quant on y prent soûlas et joyee.

184 Vostre plaisir

rôS XXIX. — iARCK

Lk viki, Pi:i,i;iun.

Soulas Cl joycc! Mais rabat joyee, 200

Menase le plaisir affoUe.

Pensés vous que croicrc on vous doyec?

y chantent :

Nenin, je ne suys pas sy folle.

La PREMIERE Pèlerine

Sy folle ? C'est simple parollc.

Ja a vostre dict n'entendray; 2o5

C'est vérité ou parabolle.

Y chantent :

Ne me chault, mon plaisir prendray.

Le viel Pèlerin.

Vostre plaisir ? Je respondray

Que noyse n'y vault sans débat;

Autant vauldroict estre enfondrc 210

Y chantent :

Sy j'estoys aie a l'esbat.

La .111'^. Pklerine.

A l'esbat? On va sans sabat;

Mais un tas de mal gratieux

Veulent tous servir au rabat.

Y chantent :

Dont y n'en seroyent valoir myeulx. 21 5

Fol. gi Le viel Pèlerin.

Valloir myeulx? Et! compaignon vieulx, L'ordre de ménage est souldaine; Je tiens pour fol et glorieulx

y chantent :

Celuy qui la tient pour certainne.

La ,II«. Pèlerine.

Pour certaine? Dans ce demainne 220

209 que noyse ny vault rien sans débat — 212 on y va — 220 Pour certaine et au demainne

Et au Jardin a bonne chosse, Florist ermerye, marjolainne,

y chantent :

Et aussy faict la passeroze.

Le viel Pèlerin.

La passeroze ? Et ! je propoze Qu'i soyt vray. Le dirai gel Ita. 225

Tant d'espines dont chanter n'ose

y chantent :

Consommo l'année victa.

Le jeune Pèlerin.

One bon cœur ne s'en despita, Au moins sy bien se faict valloir; Qui y entre son delict a 23o

y chantent :

Comme un amoureulx doibt avoir.

Le viel Pèlerin.

Avoir mariage est beau, veoir ; Mais menaige n'a poinct d'envye Tousjours donner sans recepvoir.

y chantent :

Je croys que j'en perdray la vye. 235

La PREMIERE Pèlerine.

La vie en vient, on s'en desvye; Mon cœur en a joyeusseté, Car, quant l'ordre y est bien servye,

y chantent :

Raverdist franc joyeusseté.

Le VIEL Pèlerin.

Joyeusseté? Tant est frété, 240

Chagrin y est. Je vous promays.

226 dont chanter nosses — 229 sy se veult faire valloir — 232 mariag faict — 233 mais du menaig — 238 y est suppléé. — 239 y rauerdist

290 XXIX. — FARClî

Si j'en sors, yvcr ou esté,

y chantent :

Jamais ne m'aviendra, jamais!

Le jeune i^ELKRIN.

Jamais? C'est un graciculx mes.

Que de ris a! N'en doublés mye, 245

Car g'y clianteray désormais;

y chantent :

Mais oublier ne la puys mye.

Le viel Pelrein.

Mye? Et sy femme te maistrye, v» Va t'en ; ja n'yra après toy,

Et n'ay pas peur qu'elle te dye : 25o

y chantent :

Mon bel amy, atendés moy.

La .II''. Pèlerine.

N'esse pas plaisir, par ta foy, Que mariage? On ne peult myeulx.

Telle leesse au monde je ne voy

y chantent :

Pour en avoir son petit cœur joyeulx. 255

Le viel Pèlerin.

Joyeux, joyeux? Voyere jusques aulx cieulx. Hel}'^ helyl lassama bethany'l Pauvre grand bien et thesor gracieulx, Et mon las cœur de tout plaisir bany.

Et ! je vous pry, ne m'en parlés plus huy, 260

Vous, ne vous, ny elle, ne luy.

On n'y tient pas ce qu'on promect,

Car de grand folye s'entremect

Qui se chastye par aultruy.

245 doubte — 248 et sy ta femme — 25o et nés — 260 et ie vous prye nen parles plus huy — 261 vous ny elle ne luy

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