FARCE
A SIX PERSONNAGES
C'est a savoir :
La Reformeresse, Le Badin et .IIL Gallans Et Un Clercq.
F0I.81 V^ La Reformeresse commence.
Par un art que Dieu m'a donné Nommée suys Reformeresse; Je mais chascun estât en presse Ainsy qu'il m'est preordonné.
L'homme de savoir guerdonnc Me fera révérence expresse Ou, comme une vieille compresse, Yl est de moy habandonné.
Par un art que Dieu m'a donné Nommée suys Reformeresse; Je mais chascun estât en presse Ainsy qu'il m'est preordonné.
Le Badin.
Un serviteur bien ordonné Vous plaist de prendre, ma mestresse ?
La Reformeresse.
Par un art que Dieu m'a donné Nommée suys Reformeresse.
14 plaist poinct ma mestresse
l56 XXV. — FARCK A SIX PFRSOXNACnS
Fol. 1^2 Le Badin.
Croycs que tantost belle presse
Vous avrés, Puvs qu'ainsy vous rcformcrés Hommes et femmes par vos ars. 20
Diront y : Domimts, que pars, Comme a ceulx qu'on donne couronne?
La Reformerf.ssk.
Qu'cssc que cestuy fol blasonne, Qui me rompt la teste en ce poinct?
Le Badin.
Je demande s'y vous fault poinct 25
De serviteur, Que je fuse reformateur Après que vous m'erés aprins.
La Reformeresse.
Quels savoirs sont en toy comprins?
Dy le moy, je te le commande. 3o
Et davantage je demande Pourquoy tel instrument tu porte '.
Le Badin.
Pourquoy, sainct Jehan? Y me suporte, Et sy par luy j'ay du suport.
Pasé dis ans je fusse mort 35
N'ust esté cesty instrument.
Souvent melencolieusement Vivoys; mais g'y prens mes esbas. Quant je voys contens ou debas Je prens l'instrument et m'en joue; 40
24 qui me rend — 3o Dy moy — 3i ie te demande
I. On voit à la fin du couplet suivant que le badin porte un fifre.
DE LA REFORMERESSE 1 D7
Pourtant, se voulés que me loue, Vous vouerés que faire seré.
Le Badin sonne d'un fifre et chante.
Dens Paris la bonne ville
L'empereur est arrivé;
Il y a eu mainte fille 45
Qui a eu le cul rivé.
Je l'ay dict et le diray;
C'est une chosse arivé,
Je l'ay dict et le diray '.
p** La Reformeresse.
Et! vrayment, je vous retiendray. 5o
Savés vous bien? telle chanson
Y fault publier a plain son.
Les estas qu'i nous viennent vouer '.
En ce poinct on poura prévoir
Que ma presse soyt assouvye. 55
Le Badin joue et chante. Vous ferés follye, Metresse m'amye;
54 par en ce point
1. Nous n'avons pas retrouvé le texte de cette chanson. Nous ne connaissons aussi que par une mention une autre pièce composée sur le voyage de Charles-Quint en France :
Quand l'empereur de Rome Arriva dans Paris..
Cette dernière pièce servait de timbre à une complainte commençant ainsi :
Voulez ouyr la complaincte De paovres prisonniers. . .
{Plusieurs belles chansons nouvelles ; Paris, Alain Lotrian^ 1542, in-8 goth., n" g).
2. 11 doit être question ici, ou des députés aux Etats de Normandie, ou des délégués aux Grands Jours de Bayeux (1540). Cf. p. 107.
l68 XXV. — FARCK A SIX l'IiKSONNAGliS
Vous lerez follye ; Ne le faictes pas.
La Ki::KORMr:Rr;ssK.
Pûurquoy ne ni'aparticnt y pas? 60
.le veulx qu'i soucnt reformés, Au moins cculx qui sont renommes De ne pas bien leur gouverner.
Le Badin.
Sainct Jehan, crés beau sermonner Sy en font rien qui soyt pour vous. 65
Les prédicateurs tous les jours Braient et crient : apetisés les!
Les chamberieres et valés Le cresent; par bieu, je le dis, S'y dévoyant perdre paradis, 70
Y n'en ferouent rien; c'est simplesse.
La Rkformeresse.
Comment? Je suis reformeresse ; Ne viendront y poinct en ce lieu?
Li; Badin.
Nenin. Foy que je doy a Dieu, Vous avrés beau reformater; jS
Mais penseryés vous bien master Les estas et les mectre en presse?
Vous sériés plus grande metresse Que n'est pas la femme d'un roy.
Mais, escoutés un peu, je croy, 80
Un tas de petis populaires, Fol. 83 Pour en presser un couple d'aires, Cela ce peult bien avenir.
60 Pourquoy mapartient y pas — 61 ie veulx qui souent tous reformes — 64 vous ères — 67 braisl et crlcni — 77 et mcctrc
DE LA REFORMERESSE iSq
La Reformeresse.
Toute foys je veulx soutenir.
Y fault bien que ma presse serve, 85
Souet a presser servant ou serve, Ou aultres gens en gênerai.
Icy entrent trois galans qui chantent :
Nous sommes une bendc
Galande, friande, normande;
Nous sommes une bende 90
D'un joly cœur loyal.
Le Premyer Galant.
Par le sang bien, j'ay le sommai De la teste persécuté.
J'ay veu moy, s'y nous eust esté Chanté ainsy comme l'on chante, g5
Vous eusiés eu plus de cinquante Personnes pour offrir a boyre; Maintenant n'en est plus memoyre; C'est pityé que gens sont recuictz.
Le .11^. Galant.
Quant est de moy, ma foy, j'en suys 100
Fâché, aussy bien comme toy; Car pour lors le monde je voy Sy avaricieux et siche ; Il a pour nean beau estre riche.
Les gallans ne s'amendent plus. io5
Le .III. Galant.
J'ay veu que nous estions repeus, Chez les bourgoys, le temps passé; Maintenant tout y est cassé, Le tout sans avoir pie bouté.
S'un homme ne faict le conté,
88 Icy entre — 93 enstete — 94 chanter — g5 comme on — io5 ne mamendent — log sans le pie boute
lOO XXV. — FARCE A SIX l'ERSONNAGES
On rapcllc fol ci prodigue.
On ne gaigne plus une Hguc; v" Pour néant sommes nous ramciiius.
Le Clerq.
J'ay vcu qu'on estions rcvcsius Entre nos chantres serviteurs ; 1 1 5
Mais pour cest heure les tiateurs Gardent que on ne me donne rien; Eux mesmes emportent le bien Qui apartient aux bons galans.
Or ça, n'en alons plus parlans, 120
Mais disson deulx mots de chanson Pour passer nostre marisson.
Ils chantent ensemble :
Jacobin, la chose tant doulcete.
Le Badin.
Dormez vous? Qu'esse que vous faictes?
Vouecy de Peuvre qui nous vient. i25
Je croy vrayment qu'i nous convyent
Bien reformer ces gallans sy.
La Rf.formeresse.
Que sont il?
Le Badin.
Enfans sans soucy.
Qui cherchent besongnes mal faicies.
C'est dommage qu'i n'ont receptes i3o
A requeillir quelz aplicans.
Jamais les rasseurs de Gingans '
N'alist a la sorte qu'i vont.
1 17 onne donne — i3o dommages — i33 On pourrait corriger : N'allèrent la sorte.
1. Les rasoirs de Guingamp jouissaient jadis d'une grande célébrité. On lit dans le Dict des pays :
Bons rasouers sont a Guingan.
Montaiglon, Recueil de Poésies françoises, t. V, p. ii3). Entre
DE LA REFORMERESSE l6l
La Reformeresse.
Va dire que l'on les semont Et somme de venir vers moy, i35
Et que je les reformeray Et mectray en leur vraye essence.
Le Badin.
Par sainct Jehan, g'y vois; mais je pense Qu'i parleront bien a vous tous.
Dieu gard, messieurs!
Fol. 84 Tous ensemble.
Que dictes vous? 140
Le Badin.
Venu je suys par devers vous; C'est ma metresse qui vous mande Par moy et aussi vous commande Que vous venez parler a elle.
Le Premier Galant.
Je vous pry, pour nostre apetit, 145
Alon la vouer.
S'elle nous peult trestous pourvoir, Nous serions ceste année hureux.
Le .W. Galant.
S'el me faisoyt chevalereux, Je seroys hors d'un grant soulcy, i5g
Le Badin.
Dictes, metresse,î^les vouecy,
i34 quon les — 141 je est supplée. — 143 et on vous commande — 145 prye.... apetys — 147 sel
autres allusions qu'y font les anciens auteurs, on peut citer celle qui se trouve dans le Mistere du Viel Testament, t. IV, p. io3.
T. III. Il
102 XXV. — iMu:i: a six i'I-:rso.\nagi:s
Coiiiniandcs leur ce qu'il vous plaisi ; 'S' ne leur fauli guère de plaist, l^laisans ilz sont et iriuniphans.
Tous ensemble.
Honneur, dame!
La Reformeresse.
A! mes beaux enians, i35 Vous soyés les tresbien venus.
Qui vous gouverne donc ?
Tous ensemble.
Venus.
Le Badin.
Vouere, menestrieurs ei chantres, Bien souvent telz gens ont les chancres, Ensuyvans leurs plaisirs menus. i6o
La Reformeresse.
Chascun de vous estes tenus De me livrer cy par estât Toute vostre vye et estât, Affin qu'ilz souent boutés en presse.
V* Le .11*. Galant.
Madame la Reformeresse, i65
Nous n'avons estât ne demy, Quoy qu'il soyt.
La Reformeresse.
Voyela, mon amy.
Il lault que je Taye. Et le vostre?
Le .nie. Galant.
Ausy vray que la patenostre Je diray le mien sans mentir. 170
Le Clerq.
Et moy, je vous veulx advenir Que ne mentiray nullement.
i52lcure5i suppléé. — i55 mes est suppléé. — iSy donc est suppléé. — \b>!) menestreurs — 168 que ie les
DE LA REFORMERESSE l63
Le Badin escript.
Or ça doncques premièrement Je m'en voys vostre estât escrire.
S'il y a un peu a construyre, 175
Il amendera a la presse.
Vostre nom?
Le .II«. Galant.
Raul.
Le premier Galant.
Je le confesse.
Le Badin escript.
Esse pas Raul le Mal Pencé?
Le .111=. Galant.
Qui, tous les deables, eust pencé Qu'il eust sceu mon surnon par cœur? 180 Vertu bieu, c'est un fin docteur!
N'y mectés rien que vérité.
La Reformeresse.
Tout le bien qu'avez mérité Recités le, c'est vostre charge.
Le premier Galant.
Quel bien ? J'ay un pourpoinct de sarge ; 1 85 C'est tout ce que j'ay pratiqué.
Le Badin escript.
Avés vous point communiqué Aultre foys en lieux disolus ?
Fol. 85 Le .l\\ Galant.
Et ouy dea!
Le Badin.
Puys les karolus De vos jeux se treuvent lésés. 190
173 donc — 174 la vostre escrire — 179 Et qui tout les deables ■ iSî quel fin docteur — 189 Et puys
164 XXV. — lAUCl- A SIX l'I'RSONNAGES
Li: PRKMir.R G.U.ANl .
Que deablc, vous en congnoiscs !
A! vous csics trop tin pour moy.
La Rkformkresse.
Au dcmourant ?
Li; .III<^. Galant.
Je le diray, J'ay bcu, mengc et faict grand chère.
La Rekokmeresse.
Donné pour Dieu ?
Le Badin.
Par ma foy, guère ; 195 Ce n'est pas tous les jours un soult.
Le premier Galant.
Par Nostre Dame, y congnoist tout.
Je pense moy qu'il soyt propheste.
La Reformeresse. Escrivés qu'on demeure en reste Au tavernier souvente foys, 200
Quant y convyent que les bourgoys Leur donnent presens trop petis.
Le .IP. Galant.
Ouy vrayment, des foys plus de dis :
Voyela le mot qui clost la lesire.
Le Badin.
Y fault cecy en presse mectre ; 20 5
On vouerra s'il amendera.
La Reformeresse.
Sa, après, qui commencera?
Menestrieur, tost aprochés, Que vous soyés tost despeschés Et reformés tretous ensemble. 210
19G tous le iours — 204 clos — 208 mencstrcur
DE LA REFORMERESSE l65
Le premier Galant.
v° Je le veux.
Le Badin.
In Gen, y me semble Que cest estât cy vauldra deux.
Je congnoy des menestrieux Qui sont plus paillars que marmos.
La Reformeresse.
Soudain abrégés en deux mos, 21 5
Que vostre estât toston congnoisse.
Le .11^. Galant.
Madame la Reformeresse, Vray est que je suys amoureux, A dire, je m'en tiens joyeux Quant y fault que m'amye enjambe. 220
Et n'avés vous poinct eu la jambe Aucune foys grosse par bas ?
Le .II^ Galant.
Ouy dea.
Le Badin.
Vouela mes esbas.
De telz gens je say la légende.
Par Dieu, je veux que l'on me pende 225
Se bien d'autres on ne desgorge.
Le .11'^. Galant.
Quant je voy l'amoureusse forge Je suys d'y hanter curieux.
Le RiDiN.
Vous di ge pas? Menestrieux, Musiciens, joueurs de farces, 23o
211 le le veux bien — 220 ieniambe — 221 Et nen aues vous 323 Et vouela — 223 quon me pende