‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 96 sur 181 · FARCE JOYEUSE · texte numérisé non relu

FARCE JOYEUSE

A QUATRE PERSONNAGES

C'est a savoir :

.III. Gallans Et Phlipot.

Fol. 3g3 v° Le premyer Galant commence' Je m'ebays de ce sotart Qui ne veult, ne matin ne tart, Rien aprendre, ne rien sçavoir.

Le .11=. Galant.

Y n'a garde de rien avoir

S'aprendre ne veult quelque chose. 5

Le IIP. Gallant.

Mais ou est il ?

Le .II«. Gallant.

Il se repose

Fol.3g4 Le Premier.

C'est un inocent inocent.

Si le roy Herode le sent,

Y luy fera couper la teste;

Y fault solennyser sa feste. lo Il est ausy neuf qu'un viel pot.

\~{.) XXVI. — 1AKC1-: JOYEUSE

Or sa, sa, que dis ui, Phlipoi?

Mais que penses tu faire?

Pni.Ii'or entre-

Kicn.

Li; Premier.

Par mon amc, je le croys bien.

Le .11'=. Gali.ant.

Sy te fauh il mectre a l'csay. i5

Que veulx tu sçavoir?

Phlu>ot.

•le ne sçay.

Le .IIP. Gallant.

Tu ne sçay? Jamais n'avras rien.

Que feras tu?

Phlipot.

Je n'en sçays rien.

Le premier Gallant.

Tu n'en says rien? Qu'as tu pensé?

Comme vivras tu ?

PuLiPor.

Je ne say. 20

Le .IP. Gallant.

Tu ne says? Un estron de chien!

Es tu pas sot ?

Phlipot.

Je n'en say rien.

Le .111^=. Gallant. Tu ne says rien? C'est bien presché.

Veulx tu aprendre?

Phlipot.

Je ne say.

Le premier Gallant.

Penses tu vivre sans rien faire? 25

Phlipot.

Moy? Et que seroi je bien faire?

Le .II*. Gallant.

Sans métier seras indigent.

Phlipot.

Je vouldroys bien estre sergent; Mais tout le monde les mauldict.

Le .111". Gallant.

Auquel métier as tu credict? 3o

Il y en a mille en ce monde.

Phlipot.

Sav'ous sur quel estât me fonde ?

Le premier Gallant.

Phlipot, dis le nous sans desroy.

Phlipot.

Je vouldroys bien estre le roy.

C'est un métier qui est honneste; 35

Je le vouldroys.

Le .II*. Gallant.

V» Y n'est pas beste .

Phlipot.

C'est le plus beau desus la terre ; Mais, quant au mestier de la guerre Et d'aler courir une lance, C'un homme vous renverse et lance, 40

Si n'en vouldroys point.

Le .III®. Gallant.

Tu as raison '.

Mais il est temps et la saison D'aprendre, pour avoir du bien.

Phlipot.

Moy, je me fie aulx gens de bien.

36 ie le vouldroys bien — 38 a mestier — 40 vous est suppléé. I. L'u de tu est élidé Cf. v. 398, 472, 5o5.

l-S> XXVI. — I AKCl- JOVHUSK

Li. ruLMiEU Gai.lant.

N'est il pas savant 1

Phlipot.

Non pas donc] lies. 45

Li; PRT.MIKR GaLLANT.

Va, tu ne says mcstier quelconques,

Ny chanter, cscripre ne lire.

Or as tu bien entendu dire

Que Dieu, par sa haulte puissance.

Donne de sçavoir congnoissance; 5o

Y te fault a l'église aler

¥a le prier en ton parler

Qu'il luy plaise, par sa bonté,

Te donner bonne volonté

De métier ou science aprendrc; 55

Puys on ne te savra reprendre,

Mais vivras en homme de bien.

Phlipot.

Par mon ame, vous dictes bien; Je m'y en voys tout de ce pas.

Le .II-. Gallant.

Atendés, ne vous hastés pas ; 60

Aies dévotement au lieu.

Phlipot.

Escoutcs moy, beau sire Dieu, Qui départes tous vos bienfais ; Faictes que soys des plus parfais Touchant élargie et de métier, 65

Car, par Dieu, j'en ay bon métier; Je suys ausy neuf c'un vieil pot.

Le premier Gallant '.

Entends a moy, amy Phlipot.

Tu es en Testât d'ingnorance; Je te donne telle puissance 70

Qu'en tous mestiers que tu vouidras Incontinent maistre seras.

Sy tu veulx estre homme d'Eglise, Fol.3g5Tu seras remply de clergise

Sans jamais a docteur parler ; 75

Sy par le pays veulx aler Et tu veuilles mestier choisir, Tu en prendras a ton plaisir Et pouras estre resjouy.

Phlipot.

Me le permetés vous ?

Le premier Gallant.

Ouy. 80

Phlipot.

Foy de Dieu ?

Le premier Gallant.

Voyre, droicturicr.

Phlipot.

Se n'est pas foy d'avanturier ; Je m'y fye.

Le premier Gallant.

Ne t'en soulcye.

Phlipot.

Sire Dieu, je te remercye Plus de mille foys, jusque au rendre. 85

Je n'avray plus besoing d'aprendre; Je seray clerc sans voir la lestre.

68 mon amy

I. Il y a ici un jeu de scène : le galant, cache, doit répondre comme s'il était Dieu lui-même.

l8o XXVI. — I ARCli JOYHU5E

Sa, il me l'ault on chemin mccirc Ainsv que Dieu m'a commande.

Le .II*. Gallant.

El qu"as tu a Dieu demandé, 90

Phlipot.

Quoy ? J'en ey la puisance De cognoisire toute science ; De quelque mesticr que peult estre Incontinent je seray maistre Sans plus, pour un seul mot parler. 93

Par le pays mon fault aler Pour voir lequel me sera bon.

Le .IIP. Gallant.

Dieu vous a faict un tresbeau don; Aies faire vostre mesage.

Le premier Gallant.

Au moins, quant vous sercs sy sage, 100

Que quelque don nous soyt donné.

Phlipot.

Taises vous, car j'ey ordonné Se que n'ay pas loysir de dire; Il m'en fault aler

Le av.

A Dieu, sire.

Pourvoyés nous en vostre règne io5

Phlipot.

Ausy ferai ge.

Les Galans ensemble.

Je le croys.

gi Quoy icy — 106 // manque un vers rimant en egne.

DES TROIS GALLANS ET PHLIPOT lOl

Moy, j'en ay la bulle et la croix, Ainsy que Dieu me l'a aprins.

Le prkmier Gallant.

Qu'en dictes vous ? Est il pas prins, i lo

A vostre advys?

Le Al". Gallant.

Prins, vrayment voyre.

Je cuyde qu'il n'est pas memoyre Qu'il en fust poinct un sy sotart.

Le .IIP. Gallant.

Sy sera bien desus le tart Savoir ce qu'il veult entreprendre. 1 1 5

Le premier Gallant.

Encore le fault il myeux prendre, Qui vouldra croire mon conseil.

Le .II*. Gallant.

Comment?

Le premier Gallant.

Poinct n'en est de pareil.

Je le vous diray maintenant.

Vous savés bien qu'en chemynant 120

On est lassé devers le soir; On ne demande qu'a s'assoir.

Quant en quelque lieu il sera, Tout partout il regardera Quel métier luy sera le myeulx ; i25

Or ne sera il enuyeulx De ceste heure que, de repos Et pour entendre le propos,

1 15 dauoir — 116 encor — 120 bien est suppléé.

l8'2 XXVI. — l'AKCt: .lOYIiUSE

Et sans trop vous en babiller,

Nous irons tous trois abillcr i3o

En cordonnyer: variés serez,

Et moy mestre ; vous asserés,

Et, quant a repos vous voira,

Je suys certain qu'il requerra

A Dieu que cordonnyer puist estre, i35

Et lors pensera esire maistre,

Et demandera sans songer

Incontinent a besongner

Pour cuyder repaistre son corps.

Le .11'. Gallant.

A tous je suys de vos acors; 140

Y n'en peult sortir que soûlas.

Phlipot.

A! benoist Dieu, que je suis las De chemyner! A! benoist Dieu, Y me fault trouver quelque lieu Ou pourray vivre sans rien faire. 145

Toutes foys il me fault parfaire Fol.3g6 Le voyage que Dieu m'a dict, Car j'ey envers luy bon credict.

Il m'a juré sa conscience

Que de luy avray la puissance; r5o

Il ne se parjurera poinct.

Or sa, nous voiela bien em poinct!

Seés vous la, et que je taille.

i34 requera

DES TROIS GALLANS ET PHLIPOT l83

Le .II^ Gallant.

Vous voirés dyverse bataille.

En forme se soulier, en forme! i55

Le .IIP. Gallant.

Et toy mesmes ne tiens poinct forme De carier !

Le .II*. Gallant.

A luy m'en raporte.

Le .IIP. Gallant.

Tout beau, il est près de la porte ; Nous pourrons estre copiés.

Phlipot.

A! Jessus, la plante des pies i6o

Elle me deult terriblement.

Par mon ame, c'est grand tourment D'estre laquet. Jessus, quel paine!

Pour me reposer la sepmaine Voerai ge mestier qui me plaise ? i65

Les gens sont asés a leur aise, Et je suys las de chemyner.

Dieu, veuilles en determyner Ainsy que vous l'avés promys, Et que je soys cordonnyer mys, 170

Ausy abille c'un lévrier.

Sa, de par Dieu, je suys ouvrier, Car j'ey senty a la requeste Entrer la science en ma teste Grosse comme un museau de veau. 175

Je suys cordonnier fort nouveau; Mais puysque Dieu, par sa puisance,

157 careler. La correction est imposée par la mesure du vers. -171 ainsy.. leuerier — 173 comme le museau dun veau

184 XWI. — l'ARCK JOYEUSE

M'a mys au cerveau la science,

Ses soullicrs ne cousteront rien.

Je m'en voy la; je voieray bien 180

S'il a audcsus moy rcgart.

Dieu vous gard, maistre!

Lk premier Gai.lant.

Dieu vous gard !

Phlipot.

Et vous!

Le .II*. Gallant.

Vous aussi, mon amy!

Phlipot.

v» Avés vous marchant ne demy,

Ou quelque bon ouvrage a faire? i85

Le premier Gallant.

Et ouy dea. Que savés vous faire?

Phlipot.

Y n'est chosse que Je ne face.

Le .IP. Gallant.

Sainct Crespin ' t'a monstre la trace De besongner?

Phlipot.

C'a esté Dieu.

Le premier Gallant.

Or vous asiesés en ce lieu. 190

Phlipot.

Suys je ouvrier?

Le .IIP Gallant.

Y faict double rage

179 ne luy cousteront — 1 83 et vous mon amy — 189 Non a ca este dieu — 190 Le nom du personnage m.

i. Patron des cordonniers.

DES TROIS GALLANS ET PHLIPOT lôD

Et prent de besongner courage ; Poinct n'en va de te! par pays.

Il est bon ouvrier.

Phlipot.

Asy suys.

Je suys cordonnyer plain de gloire. 195

Celuy qui m'a donné mémoire, Ouy, c'est Dieu qui me l'a aprins.

Le .IP. Gallant.

Vrayment il emporte le pris.

Le premier Gallant.

C'est sans poulcer ne soupirer.

Le .III^ Gallant.

Certe, y faict rage de tirer 200

Le lygnou.

Quelz bras!

Le .IP. Gallant.

Quel puissance !

Mon serment, il tire a oultrance.

Voecy un gentil compaignon.

Phlipot.

Je ne suys pas le plus mygnon Du monde ; mais j'ey asés force. 2o5

Le .IIP. Gallant.

Voyés comment il s'y efforce ; On ne le voyt poinct a séjour.

Le premier Gallant.

Il en feroyt plus en un jour Que vous deulx ne fériés en quatre.

Phlipot.

Y ne vous en fault ja debaire 210

A eulx, sy j'emporte le pris.

192 grand courage — aoo certes — 207 a ce iour — 209 vos

i8t) XXVI. — lARci-: JovnusE

Li: i>ri;mii",iî (jali.ant.

Va poLirquoy?

PHLIPOT.

Dieu me l'a apris ; Je ne servvs onc autre maisire.

Le .II''. Gallant.

FoI.Sq'; Dame, il esi bien vray, sy pculi estrc ;

Or regardés comme il en sue. 21 5

Le .III=. Gallant.

Le povre compaignon se tue; Il se lase; j'en ay esmoy.

Tenés.

Phlipot.

Je me lase? Qui ? moy?

Cela est a faire a coquins.

Le premier Gallant.

Combien fériés de broudequins 220

En un jour ?

Phlipot.

J'en feroys bien neuf, Mais que le cuir fust doulx et neuf, Et qu'i n'y eust c'une cousture.

Le .IP. Gallant.

C'est grand chose que de nature ;

Je n'en says pas tant d'une toyse. 225

Phlipot.

Maistre, vous plaist il que je voyse Un peu a l'esbat?

Le premier Gallant, Ouy bien.

212 car dieu — 220 Combien feries vous bien de broudequins — 222 fut

Phlipot.

Helas, se mestier ne vault rien.

An ! Jésus, mes bras sont transis ; Le cul me fait mal d'estre asis, 23o

Mes mains, du lygnou empougner ; Je n'y veulx jamais besongner : Le mestier est de trop grant peine.

Le premier Gallant.

Que faict il ?

Le .III' Gallant.

Saincte Madeleine?

Mon serment, il est deiga las ; 235

Il ne trouve poinct de soûlas En se mestier, a bref parler.

Phlipot.

Maistre, je m'en veulx en aler.

Le premier Gallant.

Vous sariés vous plus sy tenir ?

Phlipot.

Dea, je pouroys bien revenir. 240

Au deable le lygnou d'enfer!

Le premier Gallant.

O! je renonce Lucifer S'y n'est trop plus sot c'une anesse.

Faisons luy quelque aultre finesse La ou ne peult trouver devise. 245

Savés vous de quoy je m'avise?

234 par saincte — 243 la ou il ne peult. La ou forme peut-être diphtongue.

l88 XXVI. — FARCE JOYEUSE

Je le vous diray sans contens.

Les avanturicrs ont bon temps Quant ilz sont parmy ces villages Et font souvent de gros dommages ; 25o

V* Afin que le cas myeulx s'asorte,

Abillons nous tous d'une sorte.

Tu t'abilleras en paisant ; Or lui sera le cas plaisant De voir que supedicterons 255

Le paysant ci demanderons Des vivres ; lors il vouldra estre De nostre estât.

Le .II'. Gallant.

C'est dict en maistre.

Alons, et qu'i soyt ainsy faict.

Je seray gendarme parfaict ; 260

Je me voys boutter en pourpoinct.

Le .IIP. Gallant.

Sa, ne suys ge pas bien em poinct?

Mon esprit n'est il poinct volage ?

Le .II«. Gallant.

Et moy? Sentai ge mon vilage, A vostre advys?

Le premier Gallant.

Il semble ouy. 265

Nous le rendrons tout resjouy De parler sans plus.

Le .II*. Gallant.

Atendons, Et a nostre cas entendons, Et regardons quant il viendra.

265 II est suppléé.

DES TROIS GALLANS ET PHLIl'OT 1 $9

Mauldict soyt il qui se tiendra 270

Jamais sy subject que j'estoye!

Il me fault trouver quelque voye Tant que bien me puise avenir.

Le premier Gallant.

Or sus, le vecy revenir.

Besongnons, faisons des alarmes. 275

Phlipot.

A! Jessus! voyla des gens d'armes; Ou me mucheray, roy divin?

Le premier Gallant.

Sus, vilain ! Sus, aies au vin, Et qu'on m'aporte du milleur!

Et puis, qu'il ayt belle couleur 280

Ou bien je vous rompray la teste.

Le .II®. Gallant.

Et, monsieur !

Le .IIP. Gallant.

Villain desonneste, Caquetés vous?

Le .II*. Gallant.

Et! j'en voys querre.

Phlipot.

C'est grant chose que de la guerre.

Le premier Gallant.

Que nous ayons de beaulx chapons! 285

371 iestoyee — 277 mucheraig — 280 puis est suppléé. — 281 bien est suppléé.

KJO XXVI. — TAUCi; JOYLUSli

Lu . I r. G ALLANT.

Fol.3r)8 ic n'en ay poinct.

Li; III'. Gallant.

Nous te hapons, Par la mort!

Le .11°. (jALLANT.

Et! ne jures poinct.

Phlipot.

El! sy je puys estre en ce poinct Gendarme, pourquoy ne seray ?

Tantost que Dieu Je requerray, 290

Je seray hardy comme un lièvre.

Le premier Gallant.

Avance toy. que forte fièvre Te puise serer le menton!

Que fais?

Le .11*. Gallant.

Vous avrés un mouton Qui sera gras, les pies, la teste. 295

Phlipot.

Sire Dieu, je te fais requeste Que je soys gendarme casé, Et que jamais ne soys cassé.

Et que personne ne me bâte En quelque lieu la ou je frape, 3oo

Je t'en requiers tant que je puys, Et que je voys sy je le suys.

Ouy, car Dieu n'est poinct menteur, Je suys gendarme; mais j'ey peur.

286 Sy nous le — 290 rcqucray — 294 que fais tu — 29S case - 3oo la est suppléé.

DES TROIS GALLAXS ET PHLIPOT 19I

Yrai ge vers eulx? Je ne say. 3o5

Je n'oseroys faire l'esay,

Car j'ey doubte qu'i me turoyent.

Comment, tuer? Y n'oseroyent.

Suys je pas gendarme de Dieu?

Je me voys aprocher du lieu 3 10

Sur un courcier ou un poulain.

Je suys près.

Le premier Gallant.

Demeure, vilain.

A mort!

Phlipot.

A mort? Dea, atendés, Et a tout le moins demande's Sy je me veulx défendre ou non. 3i5

Le .IIP. Gallant.

Sang bieu! puys que nous vous tenon, Vous payerés Tescot pour tretous.

Phlipot.

Je suys gendarme comme vous; Par ma foy, la chose est certaine.

Le premier Gallant.

Et qui est vostre capitaine? 320

Phlipot.

Dieu, qui me pasa a la montre; J'en ay les armes.

Le .111". Gallant.

Or les monstre.

Phlipot.

v° Compaignon, entendes que dis :

320 Et est suppléé. — 32 1 pase — 323 que ie dis

192 XXVI, — FAUCli JOYEUSE

Je les Icssay en paradis

Quant tus pasd advcnturier. 325

Le premier Gaixant.

C'est un gendarme droicturier, Puys qu'en paradis fust passé.

Phlipot.

Mon harnoys esi ja tout cassé; Mais vous m'en donrcs bien quelque un.

Le .IIP. Gallant.

Taises vous; j'en ay icy un 33o

Qui en vauldroyt bien un millier.

Le premier Gallant.

Ne seroit il pas chevalier, A vostre advys?

Phlipot.

Je croys que ouy.

Le premier Gallant.

Seurement, j'en suys resjouy; On en empliroyt un plain pot. 335

Com avés vous non?

Phlipot.

Philipot.

Messire Philipot s'apellc.

Puys que la monstre fust sy belle, Ou vous avés esté receu,

Et ausy que j'ey aperceu 340

Qu'estes vaillant plain de babille, Venés sa, que je vous abille De quelque harnoy qui vous vaille.

328 ja est suppléé. — 336, 337 phlipot — 338 est sy belle — 341 que se vaillant

DES TROIS GALLAXS Eï l'HLlPOT \(j:)

Phlipot.

Je le vous rendray, ne vous chaille, Mais que vous soyez prisonnyer. 343

Le ,III^ Gallant.

Il n'est posible de nyer Qu'il ne soyt un grant personnage.

Phlipot.

Ou est ce vilain de vilage?

Qu'i me chause ma brigandine!

Le premier Gallant.

Luy ? Au deable! Y n'est pas digne 35o

Vestir un genderme de Dieu.

Le .111^. Gallant.

Je ne sache en ce monde lieu Ou nous n'entrons du premier coup.

Je croys que vous savés beaucoup De la guerre.

Phlipot.

Ne veulx nyer 355

Que je n'aye esté cordonnier. Une foys je le cuyday estre; Mais, pour ce que je suys un maisîre En guerre, Dieu ne voulut pas.

Le premier Gallant.

Fol. 3gg II y fault aler par compas, 36o

En guerre.

Phlipot.

Comment? Et quoy donques '.

Le .111^ Gallant.

11 dict vray, et sy n'y fust onques.

De moy seras entretenu,

356 quen nayes este — 359 ne le voulut pas — 3(3 1 Comment est suppléé.

T. III. i3

194 XXVI. — KARCK JOYEUSE

Ll: .Ih'. Gallant.

Sa, mcssirc, je suys venu.

Voyela du vin.

Le prlmikr Gallant.

Est il bon?

Le .11^ Gallant.

Voyre. 365

Le Premier.

Vilain, il ne vault rien a boyrc; Va en quérir d'aultre.

Le .III«. Gallant.

Va, tire.

Phlipot.

Et! te le feras tu tant dyre ?

Je te donray de ma salade!

Le .II':. Gallant.

Et ! monsieur, vous sériés malade? 370

Phlipot.

Ai ge sur la teste une empoullc?

Le premier Gallant.

Ça, que j'aye une grasse poulie Et quelque bon friant morceau !

Phlipot.

Que j'ais des gigos de pourceau Et un plain pouellon de bouillye! 875

Le .IP. Gallant.

Monsieur, la bouillye est faillye; A la menger n'a plus de presse.

Le .III<^. Gallant.

Et un chapon de haulte gresse Et une saulce tribouillee!

364 or sa — 366 qua boyrc — 872 Ça est suppléé.

DES TROIS GALLANS ET PHLIPOT IqS

Phlipot.

Que i'aye de la fourmentee 38o

En unne escuelle de mulet' !

Le .II^. Gallant.

Mais emportés bas et billet!

Helas! povres gens sont honnys.

Le premier Gallant.

Que j'aye conins et perdris Et un tas d'aultres mes nouveaulx! 385

Phlipot.

Que j'aye force de naveaux, Des pommes et des poyres molles!

Le .11^. Gallant.

Jessus, que de personnes folles ! L'on ne vist telz gens que vous estes.

Le .III«. Gallant.

Que j'aye force d'alouetes Sgo

Et quelque grand matin de lièvre!

Phlipot.

V Que j'aye quelque lect de chievre

Et quelque grand vilain caillé!

Le .11*. Gallant.

Povre homme! Suys je bien taillé D'avoir du tourment bien espais? BgS

Le premier Gallant.

Alons nous en; laison le en pais.

De Dieu soyt maudict le vilain !

Phlipot.

Sang bieu! si tu avoye un poulain, J'emporteroye la jument.

389 de telz — 396 laissons lay — 398 L'u de tu doit être élidé pour la mesure du vers. Cf. v. 41, 398, 472, 607.

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