Mot inconnu qui paraît signifier « base
3. On serait stupéfait de la hardiesse d'une telle attaque dirigée contre ces vendeurs d'hypocrisie, qui ne sont autres que les membres de la toute puissante famille d'Amboise, si l'on n'y était préparé par la Sotie nouvelle de l'Astrologue [t. l, n» vu). On va voir que l'auicur ne se borne pas à cette attaque générale.
Plus n'en y a despuys que le gat ' La mengea, faignant par estât, 660
De ne vouloir qu'un beneffice \
Sot glorieulx.
Sainct Jehan, le roy paye l'espisse.
De ce poutaige, ou les pardons.
Sot corrompu.
Fol. Ci Le jubilé ^?
Sot ignorant.
Or temps perdons.
664 O temps perdras
1. Jeu de mots sur « le chat » (la forme gat est précisément usitée à Toulouse) et le « légat », Georges d'Amboise.
2. En 1488, Pierre Du Mas, abbé de Chézal-Benoît, dans le diocèse de Bourges, voyant que ses religieux s'étaient relâchés de leur règle, entreprit de les réformer. Il rédigea de nouveaux statuts qui furent approuvés par les papes Innocent VIII et Alexandre VI. Guillaume Alabat, abbé de Saint-Sulpice de Bourges, suivit l'exemple de PierreDu Mas et obtint de lui des moines déjà soumis à la réforme (1497). Le cardinal Philippe de Luxembourg, abbé de Saint-Vincent du Mans, adhéra, lui aussi, aux nouveaux statuts, et se démit en faveur de Jehan Le Roist, ancien abbé de Chézal-Benoit, parce que les abbés ne devaient plus rester en charge que trois ou six ans (i5oo). Jacques d'Amboise, évèque de Clermont, résigna de même l'abbaye de Saint-Allire située dans sa ville épiscopale, en faveur d'Yves Morisson ; mais il conserva l'abbaye de Cluny (Dom Jacques Bouillart, Histoire de Vabbaye royale de Saint-Germain-des-Pre^ ; Paris, 1724, in-fol., pp. 177-178). Il semble que l'auteur fasse allusion à cette dernière démission qui lui était suspecte. Le cumul des bénéfices était un des abus contre lesquels les auteurs satiriques ne cessaient de protester. Cf. la. Sottie de l'Astrologue, t. I, p. 209, v. i35-i4i.
3. Comme notre sottie ne peut appartenir ni à l'année i5oo, ni à l'année i525, années où il y eut des jubilés universels, nous avons cru autrefois que cette mention d'un jubilé devait se rapporter à Texaliation de Léon X ; mais, en y regardant de plus près, il nous semble que l'auteur vise d'une façon générale les indulgences ou les jubilés que le roi est obligé d'acheter fort cher.
Abuz .
Veez cy la piesse Ypocasîs ' 665
Qui cousta troys solz parisis A maintz bigotz suivans la court.
Sot corrompu.
O que le roy a esté sourd Qu'il n'aye faict chancelier Cil qui faict grand chance lyer, 670
Tant sainct, tant bon, tant sçavant homme, Tant plain de miracles de Rome ^ :
Par mon serment, ce n'est pas Riz ^
665 piessa — 669 nay
1. Au V. 812 le poète interprète lui-même ce mot par « hypocrisie ».
2. Le chancelier Guy de Rochefort était mort au mois de janvier iSoy, et le roi avait donné sa succession à Jehan de Ganay, premier président du parlement de Paris (3i janvier 1507). C'était, au dire de son épitaphe, un « zélateur de la chose publique, tardif a rire et prest a conseiller » (Lebeuf, Histoire de Paris, éd. Cocheris, III, p. 223). — Quel était le personnage à qui notre auteur eût voulu voir confier les sceaux? Il n'est pas facile de répondre à cette question. Tous les hommes marquants de ce temps avaient été en Italie. Jehan de Ganay lui-même avait rempli une mission auprès du pape Alexandre IV avec Esticnne de Vesc, sénéchal de Beaucaire, et Pierre de Rohan, maréchal de Gié.
3. L'auteur joue probablement ici sur le mot Ri:{. Il faut entendre : « Ce n'est pas rire » et « ce n'est pas Michel Ris ». Michèle Rizzio, appelé en France Ris, était un avocat de Naples, qui, après la prise de la ville, s'était attaché à Charles VIII. Le roi l'avait pourvu, le 10 février 1497 (n. s.), d'un office de conseiller au parlement de Bourgogne; mais, avant qu'il eût pu exercer cet office, il avait été nommé premier conseiller du sénat de Milan. En juin i5oi et en juillet i5o2, Michèle avait été appelé au parlement de Provence comme premier président; mais il n'avait pas pris possession de sa nouvelle charge. Le 3 juin i5o4, il avait été reçu conseiller au parlement de Paris. Deux ans après, il avait été fait maître des requêtes. En i5o6 et i5o7, l'avocat de Naples avait rempli d'importantes
SOTISE A HUIT PERSONNAGES Sj
Sot trompé.
Qui est ce légat de Paris ' ?
Pances tu qu'il en voulsist estre? 67 5
Sot ignorant.
Sang bieu! il cuidoit mener paistre Le roy par simulation.
Sot dissolu.
O nephasl
Sot glorieulx.
O damnation Que avoir des coronnes tondues Près des royalles M Que fondues 680
Fussent ains que approchent le prince!
Sot corrompu.
C'est pour périr une province; Maiz qui le faict?
Sot trompeur.
Ypocrisie.
yO Abuz.
Mectons la haut piesse choisie :
679 de couronnes — 58 1 fussent auis que aproche les princes — 684 la haut
missions à Gênes et à Venise. Il était au premier rang des conseillers de la couronne, et il est probable qu'il avait été question de lui pour le poste de chancelier de France, quand il mourut le 1 3 décembre i5o8. Voy. Blanchard, Les Généalogies des maîtres ^esre^wesfes, 1670, in-fol., p. 243.
1. Nous ferons la même question : qui est ce légat de Paris? Il est douteux qu'il s'agisse d'Estienne Poncher, chanoine de Saint-Gatien et de Saint-Martin de Tours, conseiller clerc au parlement de Paris, élu évêque de Paris en i5o3, et qui reçut les sceaux en i5o7; Poncher n'était pas légat. L'auteur vise plutôt Georges d'Amboise, qui était légat, bien qu'il fût sujet du
roi.
2. « Damnation que d'avoir auprès des rois des hommes tonsurés! »
Ne fut en lieu ou joigne mieulx. 685
Sot trompeur.
Ou la troviz tu?
Abuz.
A Bayeulx, Qu'estoit venue de Cluny \
Sot ignorant.
Elle a tresbien trouvé son nyd Près de Confuzion. Or sus!
Abuz.
Une autre piesse par dessus 690
Faudroit ja avoir apresté.
Sot glorieulx.
Veez ricy.
Sot corrompu Et quoy?
Chasteté.
Sot dissolu.
Il a long temps que n'a esté Avecques moy. Or essayés.
Sot trompeur.
Riens n'y vault.
6go pisse — 691 ja est suppléé
7. L'évêque de Bayeux, qui est taxé d'hypocrisie, était René de Prie, élu le 11 août 1498. René appartenait à la famille d'Amboise, car son père, Antoine de Prie, avait épousé Madeleine d'Amboise. Il dut tous les honneurs ecclésiastiques, en particulier le chapeau de cardinal, à la protection de son cousin germain, Georges d'Amboise. La Gallia Christiana ne nous dit pas qu'il ait passé par Cluny; mais, comme Jacques d'Amboise, frère de Georges, était abbé de Cluny, il y avait sans doute un lien entre l'abbaye et l'évèquc de Bayeux.
sotise a huit personnages sg
Sot ignorant.
Tout chait.
Sotte.
Bien voyès 695 Qu'on a celle façon aprise Que Chasteté et gens d'Eglise Ne se congnoissent nullement.
Fol.Cij Sot glorieulx.
Veez la le cas.
Abuz.
Quoy ?
Sot glorieulx.
Ribaudise, C'est le vray armet de l'Eglise. 700
Par sainct Jehan, ha, tu ez bon homme!
Sot dissolu.
Je l'ay faicte porter de Romme, Ou maintz cardinaulx et prelatz Avoient esté d'elle près, las!
Et suyvi a beaucop de mains. 705
Sot glorieulx.
En treuve l'on en France au moingz?
Aulx haulx tousjours aeste et braist ; En maintz tormens faict son accrest :
Carmes, augustins, cordeliers Ont pour elle corpz desliez 710
Pour en disputer contre moynes.
Sot corrompu.
La congnoyssent point les chanoynes De la grant métropolitaine ?
696 icelle — 706 amuoingz — 712 le chanoynes — 713 de la grant église métropolitaine
6o X. — LE MONDE ET ABUS
Sot trompeur.
A saint Sernin ?
Sotte.
Fièvre cartaine Affroydisse tous les rains chaulx ! 715
Ce sont les meilleurs mareschaulx A forger le eu de ce boys '.
Sot glorieulx.
v° Pour en faire de bons harnoiz
On dit que a Lavaur a ung maistre
Et des valetz que la font naistre, 720
Que c'est raige, veu que sont vieulx \
Sot corrompu.
Elle est commune par tous lieux N'en parlons plus, mais mettons la.
Abuz.
O qu'elle joint !
Sot dissolu.
Onq n'en cola Charpentier piesse que mieulx vint. 725
Sotte.
Tul'aymes bien?
Sot dissolu.
De mille vint.
Ne trouve sans ce passe temps.
714 saint sérum — 71 5 tous est suppléé
1 . On voit que les chanoines de Toulouse inspiraient peu de respect aux basochiens.
2. Lavaur eut pour évêque, de i5oo au 3i mai i5i4, Pierre de Roserge, ou Du Rosier, dont l'oncle Bernard de Roserge, avait été évûque de Bazas (1447), évéque de Montauban (i45o), archevêque de Toulouse (1452), abbé de Saint-Sernin, etc. Ce Bernard était mort à Toulouse le 18 mars 1475.
SOTISE A HUIT PERSONNAGES 6l
Sot corrompu.
Or sa, mon maistre, ainsi qu'entemps, Pour ce beau pilier de l'Eglise Fault qu'une autre piesse soit myse : 730
Que sera ce en conscience ?
Veez cy, bon sot, l'Obédience, Que a l'Eglise est tresbien aysante :
Mectons la y.
Abuz.
Tresmal séante Est ceste pièce, par mon ame. 735
Sot dissolu.
Jectes la, que au diable la clame.
Et qui mieulx l'entretient que moy ?
Fol. Ciij Sot ignorant.
Veez en cy une, par ma foy, Entre toutes la mieulx choisie.
Abuz.
Qu'est cela ?
Sot ignorant.
Qui ? Apostazie. 740
Je croy que vault cinq cens ducats ; Mectez la.
Abuz.
Veecy cy tout le cas, Piesse n'y a qui ceust mieulx joindre.
Sot corrompu.
Maintz religieulz a faict conjoindre Contre la refformation '. 745
728 mon est suppléé — 782 vng bon sot dobedience
I. Il s'agit probablement de la réforme dont l'abbé de Chézal- Benoît Pierre Du Mas avait pris l'initiative. Voy. notre note sur le V. 661.
Celluy qui refforma Syon En a congnue la sayson.
Maistre, la piesse d'Orayson Que gouvernoit les anciens :
Veez l'icy.
Abuz.
Elle ne vault riens. jSo
Sot dissolu.
Aussi point je ne la demande.
Sotte folle.
Elle print sa vande Le long d'une lande Par delà Yrlande ; Despuys ne fut veue. jSS
Sot ignorant.
Orayson n'esmande yo Homme qui Tantande,
Et qui la commande Sot dissolu tue.
Sot "TROMPEUR.
Elle est toute nue, 760
Mal entretenue, Voire, et incognue ; Plus n'est de sayson.
Sot CORROMPU.
Elle est en la muhe,
Ou comme esperdue 765
Troublée et perdue ; Aussi est raison.
Sotte.
Au lieu de ce boys d'Orayson
753 laude — 764 (en vedette) sont corrompu — 766 tromhler
Veez cy bois de Lubricité,
Que, a mon adviz, a succité 770
Souvent crime ecclesiasticque.
Abuz.
Ho ! mon Dieu, qu'elle est auctentique ! Onques piesse ne fut mieulx veue.
Sot trompeur.
Maistre, veez cy de Simonie Une piesse que aviendra bien. 775
Abuz .
Par le sang bieu ! jamais lien Ne joignit mieulx. Dieu soit loué !