DES
CRONIQUEURS
[Paris, mai i5i5.]
Cette pièce, qui n'offre aucune action, est un tissu d'allusions historiques qui paraissent d'abord singulièrement hardies; mais, en les étudiant, on reconnaît bien vite que François I^r, continuant la tradition de Louis XII, ne laissait parler les comédiens qu'à la condition qu'ils soutiendraient la politique royale.
En écrivant leur chronique, les sots ne dissimulent pas les sentiments d'hostilité dont ils sont animés envers le clergé. C'est aux ministres sortis des rangs de l'Église qu'ils attribuent tous les maux que la France a soufferts, en particulier au fameux cardinal Balue
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Le poète est plus favorable à un prélat (Guillaume Briçonnet), mort récemment à Narbonne (v. qS); mais il stigmatise avec force les favoris qui ont Jadis épuisé le royaume, ceux de Louis XI : Olivier Le Daim, Daniel, Doyac (v. 60), et ceux de Charles VIII : Chastillon, Bourdillon, Bonneval (v. 107). Les chroniqueurs traitent ces derniers de « maquereaux », et pourtant l'un d'eux, Germain de Bonneval, était encore vivant !
Le passage le plus curieux peut-être de la sottie est celui où l'auteur parle de la restitution du Roussillon consentie par Charles VIII en faveur de Ferdinand-le- Catholique (v. i25-i3i). Non seulement il accuse les « pieds deschaux » d'avoir été des agents de corruption, mais il n'hésite pas à dire qu'un maréchal de France
Eut flacons plains d'or pour du vin.
Il dénonce avec non moins d'audace le cardinal Louis d'Amboise, évêque d'Albi, qui avait été mêlé à l'affaire, et ce puissant personnage ne mourut qu'en iSi/.
Les chroniqueurs nous parlent successivement de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, de Jules II et de Léon X, et représentent la mort de Louis XII comme un événement récent; enfin, ils font allusion à l'avènement de François I" et aux quatre maréchaux créés par lui (v. ooo-3oy).
Les derniers vers ont pour but de recommander l'expédition projetée au-delà des Alpes, On a tort de dire que l'Italie « est le cymetiere des Françoys « (v, 358); grâce au nouveau roi, la victoire est assurée, et les Français en retireront un grand profit. La sottie est donc une pièce de propagande. Elle dut être récitée (nous n'osons dire représentée) à Paris et probablement aussi dans d'autres villes. Les sots se partageaient les couplets; mais ils faisaient mine d'écrire sur
des papiers les mots les plus saillants 'voy. les vers lo, 100, i32, 205, 283, 319, 322, 328); de là le nom de « croniqueurs » qui leur est donné. Trois chansons rompaient la monotonie des rimes (v, 85, 258, 3 12). Nous ne parlons pas d'un Requiescat in pace chanté en mémoire de Louis XII (v, 195).
Les cinq sots qui prennent la parole sont dirigés par un sixième personnage appelé « la Mère », c'est-à-dire ft la Mère sotte ». Cette appellation et le style de la composition, la langue si ferme et si précise du poète, nous avaient amené, dans notre monographie de la sottie, à désigner Gringore comme l'auteur probable de la pièce. Aujourd'hui il ne s'agit plus d'une hypothèse; nous pouvons donner la preuve absolue de notre attribution. Nous avons en effet retrouvé dans un recueil de vers publié par Gringore en iSij, Les Fantasies de Mère sotte, un certain nombre de vers de la sottie, plus ou moins modifiés pour la circonstance. Nous reproduisons ces passages dans nos variantes pour rendre le rapprochement plus aisé.
L'édition des œuvres complètes de Gringore entreprise par Charles d'Héricault et Anatole de Montaiglon est malheureusement restée inachevée : le baron James de Rothschild, qui se proposait de la terminer, est mort, lui aussi, sans avoir pu donner suite à ce projet; il n'existe donc pas de réimpression des Fantasies de Mère sotte, ce qui rend l'étude de ce livre impossible en dehors de quelques grandes bibliothèques. Il est probable que les morceaux de notre sottie que le poète y a fait entrer ne sont pas les seuls fragments dramatiques qu'on pourrait découvrir dans ses œuvres morales.
BIBLIOGRAPHIE
a. Biblioth. nat., ms. fr. 17527 (ancien Saint-Germain 1 556), in-fol. sur papier, composé de 2o3 ff., mais en ayant compté primitivement un plus grand nombre, fol. 54 [LXXIV] vo — 61 [II II"] vo.
b. Chronique du roy François premier de ce nom, publiée par Georges Gui ff r ey {Paris^ M"™» veuve Jules Raynouard, 1860, in-8), pp. 429-4z}4.
aa. Les fâtasies || de mère Sote [] Cum puillcgio régis — S. l. n. d. [Paris, i5i6], in-4 de iio ff. non chiffr. de 29 et 3o lignes à la page pleine, car. goth., sign. a par 4, b-n par 8, p par 6.
204 ^"I- — SOTYE NOUVEr.LE DES CRONIQUEURS
Le titre, imprimé en gros caractères xylographies, porte le bois de Mère sotte (voy. ci-dessus, pp. 124. i25, 182).
Le v° du titre est blanc.
Le f. aij contient le texte du privilège accordé le 27 octobre i5i6, pour quatre ans, à Pierre Gringore, dont la qualité n'est pas indiqué. Il est contresigné ; Des Landes.
Le f. aiij est blanc au r" ; le verso est occupé par un bois allégorique représentant une salamandre, une hermine, un léopard, un cerf-volant et un porc-épic, tous appuyés sur la tige d'un lis. Voici la reproduction de ce bois qui est le meilleur commentaire d'un passage de la sottie:
Le f. aiiij contient un bois personnel à Gringore, lequel représente un faucon perché sur un arbre. L'oiseau, dont les yeux sont recouverts d'un capuchon, tient dans son bec une banderole sur laquelle on lit : Post tenebras spero lucem. Un écriteau attaché à l'arbre porte la devise: Rayson par tout.
PAR PIERRE GRINGORE 2o5
Le même faucon, également accompagné des mots : Post lenebras spero luccm, se voit, au xvr siècle, sur la marque de Corneille Karelsen, imprimeur à Amsterdam.
Ce bois est immédiatement suivi du prologue, lequel compte 42 vers empruntés pour la plupart à notre sottie. Voici le début du prologue ;
Ce qui m'a fait en ma fantasie mettre Plusieurs propos, tant en prose que en mettre... L'ouvrage, écrit en vers mêlés de prose, est un recueil de 27 moralités tirées en grande partie des Gesta Romanorum; il débute ainsi au fol. bi :
L'Acteur.
Après grant dueil Joyeuseté acourt; Paix vient après noises, discordz, contens... Le corps du volume est orné de 27 figures sur bois, spécialement gravées pour le livre, et se rapportant au texte. A la fin est racrostiche de Pierre Gringore.
Biblioth. nat., Ye. 290. Rés.
206 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS
bb. Les fâtasies j] de mère Sote. |I On les vend a lelephant sur le pont nostre dame a paris \\ Cum puillegio régis. 5. d. [i5i6], in-4 de iio ff. non chiffrés de 20 lignes à la page pleine, car. goth., sign. a par 4, b-n par 8, 0 par 4, p par 6.
Le titre, dont les deux premières lignes et la dernière sont imprimées avec les xylographies employées pour l'édition aa, porte également la marque de Mère sotte.
Le v° du titre est blanc.
L'adresse est celle du poète qui, on le voit, vendait lui-même son ouvrage.
Le f. aij contient le texte du privilège.
Le f. aiij contient, au r", le bois allégorique, qui a été remanié et dans lequel le porc-épic est remplacé par un tigre :
Au-dessous sont les 10 premiers vers du prologue. Au v° est la suite du prologue, qui se développe sur le recto du f. aiiij. Cette pièce a été remaniée et allongée.
On lit au V. 7 : lansquetz [sic] et gascons
au V. 10 : Voiler par tout cuidant faire conquestes
au V. II : Les ours aussi, hardis bellicateurs
au V. 16 : Qui aux Anglois devindrent souldoyers.
Après le v. 20 il y a une addition :
Puis la mort vint qui le mist en decours, 20
Après qu'il eut fait venir d'Angleterre Marie qui fist muer en paix la guerre. En France eut bruit, de tous se fist aimer ; Puis print chemin retourner oultre mer.
Après lev. 28 :
De niiict et jour en tous lieux vigilloit, on lit ;
Le Plasmateur qui la terre illumine
Donnoit vertu a la prudente Hermyne ;
Crainte et amour humilyoit son cueur
A son espoux, amy, seigneur, vainqueur,
Ainsi que Hester fist au roy Assuaire
Par ferme foy et cordial affaire;
Puis tout soubdain vis ung estourbillon [Fol. aiiij] D'où procéda Godeffroy de Buillon,
Qui fut d'accord envoyer en Lorraine
Son preux escu au noble duc Anthoine,
Qui double croix sans autre peut porter
D'or sur argent, pour chrestiens supporter.
Dedens ung pré se reposait Prudence,....
Le prologue remanié compte en tout 58 vers.
Au \° du fol. aiiij est le bois personnel de Gringore (le faucon avec les deux devises).
Le corps du volume paraît avoir été réimprimé page pour page. Il contient les mêmes bois.
Biblioth. du Musée Condé à Chantilly (exemplaire de Sir Richard Heber et de Borluut de Noortdonck). Les figures ont été anciennement coloriées.
ce. Les fâtasies |1 de mare Sote. || Imprimées a \\ Paris pour \\ lehan petit li-\\braire iure de \\ luniuersite du \\ dict lieu Ayant par transport le priuilege dudict mère \\ sotte/ autrement dit Pierre gringore. Et se
2o8 xiH. — soTye nouvelle des croniqueuks
vendent \\ a lenseigne de la fleur de lys dor en la rue sainct Iac-\\ques près des Matiirins. || Cum pruillcgio régis. — [A la fin :] Finis ([ On les vét a la fleur de lys dor en la rus .s. lacqs. S. c/. [iSi/ ?], in-4 de 110 ff. non chiffr. de 29 lignes à la page pleine, car. goth., sign. a par 4, b-7i par 8, p par 6.
Cette édition ne diftère probablement de l'édition bb que par le titre. Les deux lignes xylographiées :
Les tâtasies de mère Sote.
sont habillées à l'aide des cinq premières ligne de l'adresse du libraire.
Sur le libraire Jehan Petit, voy. Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 291.
Biblioth. nat., Ye. 291. Rés. — Cat. LigneroUes, 1894, n"S83.
dd. Sensuyuent les || fantasies de me ||re Sotte: contellnant plusieurs belles' hystoires moralisees (| Imprimées nouuellement a Paris \\ xxv. f. d. || f[ On les véd a Paris en la rue neufue no-\\stre Dame a lenseigne de lescu de France — fT Cyfinist les fâtasies |i de mère Sotte nouuellement Imprimées \\ a Paris par la veufue feu lehan treperel |1 demourant en la rue neufue nostre Dame^ a lenseigne de lescu de France. S. d. [vers i52o], in-4 ^^ ^02 ff. non chiffr. de 3o lignes à la page pleine, car. goth.
Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte le bois de Mère sotte. Les signes XXV. f. d. signifient XXV feuilles et demie.
Au v° du titre est le bois symbolique qui représente la Salamandre, l'Hermine, etc., puis viennent les dix premiers vers du prologue remanié.
Au r" du 3'' f. est le bois personnel de Gringore (le faucon).
Le texte est orné des 27 bois mentionnés ci-dessus.
Biblioth. royale de Munich. P. O. gall. 4°, 66. g. — Biblioth. munie, de Troycs. Y. 16990 (exemplaire incomplet de 10 IT.).
ee. Sensuyuent les fâtaisies de mère Sote : contenant plusieurs belles hystoires moralisees Imprimées nouiiellement a Paris, xxv f. d. On les vend a Paris en la rue neufue nostre dame a Lenseigne de Lescu de France. — Cy finist les fâtaisies de mère Sotte nouiiellement Imprimées Par la veufue feu lehan trepperel ^ iehâ iehannot Imprimeur ^ libraire. . . demourant en la rue neufue Nostre dame. . S. d. [vers i5251, in-4, car. goth.
Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte la marque de Mère sotte.
Gat. La Vallière, 1783, H, n" 2968; Brunct, II, col. i-jbo. — Le rédacteur du Catalogue La Vallière, trompé sans doute par l'abréviation : XXV. f. d. (25 feuilles et demie), donne à cette édition la date de 1 525, qui ne figure certainement pas sur Iç titre.
ff. Sensuyuent les || fantaisies de Me j| re sotte : conte||tenant [5zc] plusieurs belles hystoires moralisees.. . Imprime nouiiellement a Paris par Alain Lotrian, a lenseigne de Lescu de France, xxv f. d\ S. d. [vers i 5'3o], in-4 de 102 ff. non chiffr., car. goth. sign. a-^ par 4, 3 par 6.
Brunet (II, col. lyôo) décrit un exemplaire qui n'avait que loi tf. et auquel par conséquent manquait le dernier f. occupé par la marque. Cet exemplaire est probablement celui qui est décrit au Catalogue Didot, 1878, n° 182. Il doit porter au titre l'abréviation XXV. f. d. (25 feuilles et demie) et non XXVI comme le dit Brunet.
Un exemplaire de cette même édition est décrit au catalogue Bancel, 1882, n» 249. Il portait bien Fantaisies (et non Fantasies) et comptait effectivement 102 ff. C'est à ce dernier catalogue que nous avons emprunté la transcription des quatre premières lignes du titre.
gg. Sensuyuent les 1| fantasies de me||re Sotte: conte|| nant plusieurs belles histoires moralisees || Imprimées nouiiellement a Paris. |i xxv. ci. |1 J[ On les véd a Paris
2 I 0 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS
en la rue neufue no \\stre Dame a lenseigne de lescu de France. — ([ Cy finist les fâtasies \\ de mère Sotte nouuellement Imprimées \\ a Paris par Alain Lotrian Demouratît \\ en la rue neufue nostre Dame a letisei' gne II de lescu de France xxv. c.-. S. d. [v. i53o], in-4 de 102 ff. non chiffr. de 3o lignes à la page pleine, car. goth., sign. a-^ par 4, 3 par 6.
Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte le marque de Mère sotte. Les signes xxv .ci signifient xxv cahiers.
Au v" du titre est un bois qui représente un empereur au milieu d'hommes d'armes. Au dessous de ce bois commence le prologue remanié qui s'achève au v du f. aij.
Au v° aiij r° est le bois de Gringore (le faucon), au-dessous duquel sont les dix premiers vers du texte.
Les bois sont les mêmes que dans les éditions précédentes.
Alain Lotrian, que l'on suit de i5i8 à 1546, fut d'abord associé avec la veuve Trepperel, puis lui succéda. Il fut souvent associé avec Denis Janot, dont le nom se lit sur le titre de l'édition il. Voy. Ph. KznovidiVà, Imprimeurs parisiens, 1898, p. 249.
Biblioth. nat., Ye 287. Rés. — British Muséum, 1 1475. d.
hh. Les fantasiesde|| mère Sotte: con ytenât plusieurs Il belles hystoires moralisees. Nouuellemét || reueues et corrigées oultre les précédentes || Impressions. XXV. Il y^^ On les vend a Paris en la rue neufue nostre || Dame a lenseigne de lescu de France. \\ Par Alain lotrian. — Cy fine les fantasies \\ de mère Sotte. Nouuellement imprimées a Paris \\ par Alain lotrian. Demourant en la rue |1 neufue nostre Dame a lenseigne de\\ lescu de France. S. d. {vers i53o], in-4 ^^ '02 ff. non chiffr. de 3o lignes à la page pleine, car. goth., sign. a-y par 4, 3 par 6.
Le titre, imprimé en rouge et en noir, porte la marque de Mère sotte.
Au v» du titre est un bois qui représente Vérité guidant le poète. Au-dessous sont les dix premiers vers du prologue.
PAR PIERRE GRINGORE 2 I f
Le bois personnel de Gringore (le faucon) est placé au r" du /. aiij.
L'édition est ornée des 27 bois qui décorent les éditions précédentes,
Au v" du dernier f. est la marque d'Alain Lotrian que Silvestre (n" 75) n'attribue qu'à J. Trepperel.
Biblioth. du Musée Condé à Chantilly (Cigongne, n'ôoo).
a. Les diuerses Ij Fantasies des Hom |[mes et des Femmes, com-|!posees par Mère Sotte, contenant |1 plusieurs belles exemples mo-||ralles, & le tout figure de || nouuelles figures, |1 Nouiiellement imprime a Paris. \\ * \bl>?>.* \\* On les vend en la rue neufue nostre \\ Dame a lenseigne Sainct lehan Bapti-\\ste., près saincle Geneuiefue des Ardens, \\ par Denys lanot libraire f]" imprimeur. — y^^ Cy finissent les fantasies de mère Sotte II Nouuellement Imprimées a Paris, le \\ dixiesme iour de Juillet mil cinq || cens trentehuyt, par Denys 11 lanot Libraire demou-\\rant en la Rue neuf-\\ue nostre Dame |1 a V enseigne \\ Sainct \\ Jehan Baptiste contre Saincte Ge \\neuiefue des Ardens. In-i6 de 127 ff. chiffr. et i f. nonchiffr., impr. en jolies lettres rondes.
Le v du titre est blanc.
Le volume est orné de 38 bois, savoir :