‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 61 sur 96 · Fol. Ï2J b : répétition du n · texte numérisé non relu

Fol. Ï2J b : répétition du n

Le dernier f. contient, au v, la souscription et, au v», la marque du libraire avec les devises : Patere aut abstine; Nul ne s'y frotc.

Cette édition ne contient pas le prologue; nous ne le citons que pour compléter la bibliographie des Fantasies.

Biblioth. de Wolfenbùttel, n" 164, i. i. Etii. 12°.

jj. Les diuerses Fantasies des hommes et des femmes composées par Mère Sotte A Paris, De Vimpt'i" merie d'Estienne Groiilleau, 1 5 5 1 . In- 1 6.

Réimpression de l'édition de Denis Janot. Brunet, II, col. i-Si .

SOTYE NOUVELLE

DES . sjom V '-■ '•

CRONIQUEURS

anaxnclo nsn Qb naid zuoa anchieO Personnages :

La Mère,

Premier Sot,

Le Second,

Le Tiers,

Le Quart, 5

Le Cinquiesme.

Fol. 54 v^ La Mère.

Nous sommes les folz croniqueurs Qui trouvons dedans nos croniques

Le manuscrit ne donne ni le nom de Vauteur, ni la liste des personnages. A la suite du titre Sotye nouvelle, etc., le copiste ajoute maladroitement : l'an mil iiijc iiijw xvij.

214 '^"ï* — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Que ceulx qui n'ont esté vainqueurs Se sont monstrez lâches en cueurs, Aymant tropt argent et praticques *. 5

Premier Sot.

Les machinacions, traffiques Firent perdre renon et los, Desprisant bonnes ioix antiques ►-^ Qui dient : « Nul ne tourne le dos «.It^'''

Le Second.

Requis est de noter ses motz *. lo

Le Tiers. . \

Il les fault en cronique mettre.

4 Le Quart. ^.;

Hz servent a nostre propos.

Le Cinquiesme. Gardons nous bien de rien obmectre.

. .,Xa Mère.

Princes en ont eu belle lectre Le temps passé.

Le Second.

Dictes comment. i5

Le Premier.

Et! pour ce que tousjours ung prestre

1. Ces vers font sans doute allusion à la bataille de Guinegate, dite la journée des Eperons (i6 août i5i3).

2. Il semble qu'il ait été de tradition dans les sotties de noter ainsi les proverbes, les mots piquants, ou certains traits historiques. On peut rapprocher de ce vers les vers i5o5 et i5i2 de la Sotise de iSoy (n» X) les v. 243, 609, 649 de la sottie composée par Gringore en i5i2 (n" XI). Comparez aussi, plus loin, les V. 73, 100, 132, 265, 283, 319, 322, 328.

PAR PIERRE GRINGORE 2l5

Ont voullu avecques eulx estre *.

Et luy bailler gouvernement *.

Le Tiers.

A parler véritablement Prebstres ont tousjours gouverné. 20

Mère.

Loys XI* fut mené Au Liège par ung cardinal Dont cuida venir un grant mal, Voire sur sa propre personne ^

Le Quart.

Il dit vray.

Le Cinquiesme.

Sa raison est bonne. 2 5

Premier.

Après que on congneust son oultraige • Vous savez qu'il fut mys en caige *;

24 voir

1 . L'auteur de la Sottie de V Astrologue s'élève de mâme contre les prêtres qui se mêlent du gouvernement. Voy, t. I, p. 208.

2. On remarquera que les 18 premiers vers forment deux strophes rimant abaabbcbc, cdcddedde. La sottie de i5i2 (n» XI) commence de même par des strophes; les trois sixains qui ouvrent la pièce sont suivis de quatre strophes rimant acaacccfcc^, deddeefeef, etc.

3. Le traité de Péronne (14 octobre 1468) obligea Louis XI à marcher contre Liège aux côtés du duc de Bourgogne. Le roi eut la honte d'assister, le 3o octobre, à la ruine de la ville, et sa vie fut fort exposée.

4. Le cardinal Jehan Balue, sur qui Louis XI fit retomber sa colère après la triste aventure de Liège, crut se mettre en sûreté en entretenant une correspondance secrète avec Charles le Téméraire; mais il fut surpris, et le roi le fit enfermer dans une cage de fer au château d'Onzain près de Blois. Telle est du moins la tradition généralement admise; mais le dernier biographe du cardinal et son apologiste, M. Henri Forgeot [Jean Bahie, cardi-

2 l6 XIII. — SÛTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Je n'en dis plus, et cetera.

Mais...

Le Second.

Quel mes?

Mère.

Prebstre ne fera, Ne ne feist Jamais bien en France, 3o

Pourveu qu'il eust la congnoissance Des guerres et quïl s'en meslast.

'' ■ Le Tiers.

Je vouldroys qu'on adnichillast Telles choses.

Le Quart.

Seroit bien faict.

Le Tiers.

On verroit le peuple reffaict. 35

Le Cinquiesme.

Je ne double point de cella.

V La Mère.

Gens de bas lieu en ce temps la Gouvcrnoient en mainte manière; On ne feist onc si bonne chère

So Le second ne est suppléé

nal d'Angers; Paris, 1898, in-8, pp. go- 100) révoque en doute cette tradition. Ajoutons que Balue recouvra la liberté en 1480, grâce k l'intervention du légat Giuliano Délia Rovere (plus tard Jules II). A la mort de Louis XI, le cardinal d'Angers, rétabli dans ses dignités et devenu évèquc d'Albano, fut envoyé en France comme légat (1483-1485). Il réussit à gagner la faveur d Anne de Beaujeu, et fut nommé par Charles VIII ambassadeur auprès du Saint-Siège et protecteur des affaires de France à Rome. Il mourut à Ripatransone, le 5 octobre i4yj.

Qu'on feist lors, a sacre et entrée; 40

Noblesse estoit bien accoustree;

Princes, seigneurs avoient le bruit.

Louis XI« se conduit

Du depuis par aucunes gens

Non nobles ', pretz et dilligens 45

De despriser seigneurs et princes.

Premier.

Eulx, retirez en leurs provinces, Contre Loys tous machinèrent Et dure guerre luy menèrent, Qui fut trescruelle et tresfiere . 3o

' Mère

Noblesse estoit chassée arrière,

Prodigalité avoit cours '"'

Et le peuple estoit en decours,

Tenu par tailles en tutelle.

On portoit les pourpoins de toille, 55

Et ne failloit, je vous affie,

Avoir de drap que aulne et demye .^ .^ n

Pour faire une robbe nouvelle '■. -,»• -îi

Le Second.

Il est ainsy.

Le Tiers.

La chose est telle.

43 se sonduit — 44 da depuis

1. Le poète cite lui-même plus loin (v. 60) ces favoris « non nobles » du roi Louis XI.

2. Tous les historiens de Louis XI nous le montrent vêtu d'un habit détoffe grossière et coiffé d'un chaperon graisseux. Ses courtisans ne pouvaient manquer de suivre son exemple, en sorte que le luxe ne se vit plus que chez les Bourguignons et les Espagnols.

Îl8 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Olivier ', Daniel % Doyac ^ 60

Regnoient : mis furent a basac.

Le Cinquiesme, Dieu mercy, le temps est changé.

Le Tiers.

FoL 56 Le peuple a esté oultraîgé;

Par quoy fault qu'on le recompence.

Premier.

Et dea, dea, messieurs, on commance 65

Maintenant a se resjoir; Du bon temps le verres joyr :

N'y a que d'avoir bon couraige.

65 ont — 66 le resjoir

I. Olivier De Nekker ou De Nikker, nom qui signifie « ondin, génie des eaux » (waterduivel), mais que les contemporains traduisaient par « le Diable », fut valet de chambre et premier barbier de Louis XI, dont il réussit à gagner la confiance. 11 obtint au mois d'octobre 1474, des lettres d'anoblissement, par lesquelles il était autorisé à changer de nom, et à se faire appeler Le Daim. Le 19 novembre 1477, le roi lui donna les étangs, terres, prés et bois de Meulan, et il prit le titre de comte. Il reçut encore, en octobre 1482, la forêt de Senart; mais, à la mort du roi, on lui, fit son procès, et il fut pendu le 2 1 mai 1484. Voy. Georges Picot, Le Parlement de Paris sous Charles VIII ; les débuts du règne, le procès criminel d'Olivier le Daim; Paris, Picard, 1877, in-8 (extr. des Comptes rendus de l'Académie des sciences morales et politiques).

2. Daniel Bart était un serviteur d'Olivier Le Daim. Il fut pendu à Paris, peu de jours après .son maître, le 4 juin 1484. Voy. Jean de Roye, Journal, connu sous le nom de Chronique scandaleuse, éd. Mandrot, II, pp. 65, 382 et Georges Picot, loc. cit.

3. Louis XI avait donné à Jehan de Doyac le gouvernement d'Auvergne; en mourant il eut soin de le recommander à son suc cesseur, en même temps qu'Olivier Le Daim (voy. Jean de Roye, Journal, éd. Mandrot, II, p. 121); mais Doyac avait eu le tort de mécontenter le duc de Bourbon. En 1484, il reçut le fouet par la main du bourreau, il eut les oreilles coupées et la langue percée.

Nouveau prince, nouvel usaige

Et nouvelles invencions. 70

Mère.

Honneurs muent les condicions Aucunes foys.

Premier.

Il estainsy.

Mère.

Le peuple vivra sans soucy Desormès, en escript le tienne, Et qu'il soit ainsy je le prenne, 75

Car on voit en lieu d'un vendeur Maintenant régner ung donneur ' :

Entendez vous bien que je dis?

Cella croist voulloir des hardis Et aux couars fait avoir cueur. 80

Premier.

Certes, monsieur le croniqueur.

Nous avons eu mainte fortune.

Le Cinquiesme.

Trop ardemment aymer pecune Fait gens aller oblique voyë.

Ils chantent : C'est malencontre que d'aymer 85

Qui n'en a joye '.

Premier.

Puis qu'i fault que je le vous die,

70 nouuelle

1. Tout en sachant gré au roi Louis XII de ne pas augmenter les impôts, le peuple lui avait toujours reproche sa parcimonie. Voy. ci-dessus, pp. 68 et 47.

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