‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 71 sur 96 · A SIX PERSONNAGES · texte numérisé non relu

A SIX PERSONNAGES

[Cahors ?, iSiy.]

La sottie dont nous publions ci-après des fragments avait été transcrite par un homme tout à fait illettré; aussi les vers qui en subsistent ont-ils été singulièrement défigurés. Ce copiste inexpérimenté était originaire du Quercy; il a subi Tinfluence du parler méridional; mais la pièce était sans doute écrite dans le français de TIle-de-France et ne devait pas présenter de formes dialectales.

Nous ne pouvons reconstituer le plan suivi par le poète. Les sots ont d'abord quelque velléité de s'entretenir des événements du temps ; mais ils y renoncent bien vite pour se borner à faire l'éloge de la vie facile et joyeuse. La partie essentielle de la pièce nous manque; cependant les allusions historiques contenuesdans les premiers vers permettent d'en fixer la date avec

246 XIV. — FRAGMENTS d'uNE SOTTIE

beaucoup de précision. Il y est d'abord question de la guerre entreprise par le duc d'Urbino, F'rancesco Maria Délia Rovere, contre le pape Léon X qui l'avait dépossédé. Il est dit (v. 7) que cette guerre est terminée, ce qui nous reporte à la fin de l'année i5ij. C'est dans cette même année qu'aurait eu lieu le voyage du roi d'Espagne en Angleterre (v. 14-15J. Il est assurément faux que le futur empereur Charles-Quint ait alors rendu visite à Henri VIII sur le territoire anglais ; mais il est naturel qu'on ait cru en France à ce voyage. Le jeune roi se rendait alors par mer des Pays-Bas en Espagne; il débarqua, le 19 septembre iSij, à 'Villaviciosa. L'Angleterre se trouvait sur la route; on devait penser que Charles s'y était arrêté. La correspondance diplomatique nous apprend d'ailleurs qu'une entrevue entre les deux souverains avait été réellement projetée '. Nous devons donc penser que la sottie a été représentée à la fin de l'année iSij. La mention de deux hommes de guerre alors célèbres, l'amiral Prégent de Bidoux et le comte Pedro Navarro (v. 23-24), concorde tout à fait avec cette date.

La sottie est l'œuvre d'un poète qui connaît la mesure des vers. Elle commence par deux strophes rimant aabbbcbc, ddeeeffe; on y trouve des refrains, des vers de dix syllabes, etc. II est difficile de ne pas reconnaître ce poète dans le maître Georges qui paraît à la fin de la pièce et qui s'excuse humblement de présenter au prince (sans doute au prince d'une confrérie ou d'un puy de rhétorique) l'œuvre d'un apprenti (v. 76-87). Le refrain qui termine la pièce s'applique à maître Georges luimême qui s'appliquait à

Lire souvent, bien gouslcr et entendre.

1. Brewer, Letters and Papers oftlie reign of Henry Mil, II, pièce n" 3417 (lettre du roi dAiigIctenc, datée de juin iSij).

Le texte des fragments est si altéré qu'il demande des corrections presque à chaque vers. Ces corrections ne sont pas toutes certaines; elles sont même souvent fort arbitraires ; aussi avons-nous pris le parti de reproduire littéralement le manuscrit avec toutes ses fautes, sans aller pourtant jusqu'à la reproduction tout à fait diplomatique, et d'y joindre une restitution à peu près correcte. Cette restitution sera du moins intelligible et permettra de se faire une idée des pièces qui se jouaient dans la province où virent le jour Clément Marot, Hugues Salel et Olivier de Magny.

BIBLIOGRAPHIE

Les fragments sont écrits sur des feuillets de papier qui ont été communiqués en 1895 à M. Antoine Thomas par M. J.-B. Champeval, avocat à Figeac, auteur de nombreuses publications sur l'histoire et la géographie féodales du Limousin et des provinces voisines. Ils ont été trouvés dans les archives du château de Briance, commune de Saint-Denis, près Martel (Lot). Il ne subsiste que quatre feuillets d'un cahier qui en comptait vraisemblablement huit. La sottie occupe le r° et le v° du premier f, et, en partie seulement, le r° du second. Au \° du second f. on lit le début d'un acte : «Anno Domini milesimo quingentesitno decimo nono et die XX^ meiisis aprilis apiid lociim^ etc. » Les troisième et quatrième ff. contiennent des fragments d'un livre de raison de la famille de Guerre, famille du Quercy, dont le nom est conservé par une commune du Lot (Mechmont-de-Guerre, canton de Catus). Ce livre de raison est écrit en provençal. Des mentions, datées de i5i3 et i5i7, sont signées : Jhon de Guera, ou Jhan de Géra. On lit au fol. 4 v° : « L'an mial V cens he XV, he lo

2 DO XIV. — FPwVGMENTS D UNE SOTTIE

XXIII. de may, a la Ter, mos. Annet de Guerra he M*"® Pc. Ganhaire fero conte final »

M. Antoine Thomas a publié ces fragments dans les Mélanges de philologie romane dédiés à Cari Wahliind â l'occasion du cinquantième amiiversaire de sa naissance (Mâcon, Protat frères, imprimeurs, 7 janvier, 1896, pet. in-4), pp. 197-206, et c'est à lui que nous empruntons la description et le texte du manuscrit, ainsi qu'une grande partie des notes explicatives.

Depuis la publication de M. Thomas le ms. a été offert à la Bibliothèque nationale, où il porte la cote : Noiiv. Acq. franc. 10106. On a réuni sous la même reliure le tirage-à-part de la pièce imprimée (fol. 1-7) et les 4 feuillets originaux (fol. 8-1 ij.

FRAGMENTS D'UNE SOTTIE

Personnages.

Le Prynsse, Le premyer Sot, Le .II. Sot, Le .III. Sot, Le Pelleryn, Mestre J orges.

Fol. 8'^ aulx dames

Que doys cryer tant d'alarmes An ce pays de Lonbardiee.

Le Pysse.

Mes parlions de la Romaye,

aulx dames

Que je doys cryer tant d'alarmes En ce pays de Lombardie.

Le Prince.

Mais parlons de la Romanie,

252 XIV. — FRAGMENTS d'uNE SOTTIE

Du pape ' et du duc d'Orbie ^ : 5

Q'an dictes vous, sotes et sos?

Le premyer Sot.

Lur gère et fynye '.

Il y avet de nos supos Qy ont estes malcontantés, Et puys ils s'an sont retornez; lo

Ne se s'ylz ont perte ne ganye ''.

Du pape ', aussi du duc d'Orbie ' ; 5

Qu'en dictes vous, sottes et sotz?

Le premier Sot.

Leur guerre est maintenant finie ^,

Il y avoit de noz suppostz

Qui ont esté malcontentez,

Et puis ilz s'en sont retournez *. lo

7. Cette ligne a été barrée après coup dans le ms.; mais il est probable que le copiste a voulu supprimer, non le v. 7, mais le V. II, qui fait double emploi. Il ne devait pas y avoir plus de trois rimes en aingne.

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