POUR LES HABITANS D'AUXERRE PAR ROGER DE COLLERYE
[Aiixerre, i53o.]
Lorsque le traité de Cambrai put enfin recevoir son exécution et que les fils de François l^^ furent rendus à la liberté, des réjouissances eurent lieu dans toutes les villes de France. C'est à cette occasion que Roger de Collerye dut faire représenter sur le théâtre d'Auxerre la pièce dont nous venons de reproduire le titre. M. d'Héricault, qui s'abandonne volontiers à son imagination, a supposé que la Satyre avait été écrite pour une entrée qu'Éléonore d'Autriche aurait dû faire à Auxerre en se rendant à Paris, et que cette entrée n'avant pas eu lieu, la représentation avait été probablement
ajournée. Nous avouons ne rien voir dans la pièce qui donne à cette conjecture une ombre de vraisemblance.
La composition de Roger de Collerye ne ressemble en rien à ces petits poèmes allégoriques qui étaient récités lors des entrées royales. Le titre seul de Satyre en indique clairement la nature. Le passage de Jehan Bouchet que nous avons cité au début du présent recueil (I, p. Il) nous apprend, en effet, que l'on confondait la « satyre » avec la « sottie », C'est donc une sottie que notre auteur a composée; mais comme il faisait une pièce de circonstance, il n'a conservé des sots traditionnels que Jenin Ma Fluste et il lui a donné pour interlocuteurs des personnages allégoriques chargés de rappeler les événements que l'on célébrait. Du reste, le dialogue a conservé ce décousu qui est le trait caractéristique du genre.
Une première allusion au dauphin, au duc d'Orléans et à la reine Eléonore se trouve dans les v. 82-91 ; mais le passage le plus important pour fixer la date de la sottie est celui-ci :
Jenin.
J'ay veu le roy i65
Aussi la royne Alienor Qui est richement parée d'or, Voyre vrayment qui est bien fin, Et aussi monsieur le dauphin Et le petit duc d'Orléans. 170
Ces vers ne prouvent nullement qu'il ait dû y avoir une entrée solennelle à Auxerre. Les sots se vantent d'ordinaire de toutes les choses qu'ils ont faites ou qu'ils ont vues, et Jenin Ma Fluste raconte précisément qu'il a vu passer le cortège royal qui traversait alors la France.
Si le premier éditeur des œuvres de Collerye n'avait eu soin de nous avertir que le poète était Parisien et qu'il fut secrétaire de l'évêque d'Auxerre, nous ne saurions rien de lui. D'après l'abbé Lebeuf ' et d'après un renseignement fourni à M. d'Héricault par M. Quentin, archiviste du département de l'Yonne ^, le nom de Collerye se lit, en 1494» ^^ t)as d'un acte de l'évêché d'Auxerre \ L'évêque était alors Jehan Baillet (3 septembre 1478-10 novembre i5i3). Ce prélat eut un autre secrétaire, Laurent Brethel, qui nous a laissé un pouillé du diocèse K Roger n'avait vraisemblablement qu'un emploi secondaire, et se plaisait plus avec les basochiens et les joueurs de farces qu'avec les gens d'église : c'est à peu près tout ce qu'on peut dire de lui. M. d'Héricault, qui a cru voir en lui le prototype de Roger Bontemps, lui a consacré une notice tout à fait fantaisiste et dénuée de faits précis. Au lieu de le suivre dans ses vagues hypothèses, nous aimons mieux donner la liste des compositions dramatiques contenues dans le recueil de 1534. Nous nous efforcerons d'en indiquer la date au moins approximative :
Vers i5oo. Contre les clercs du Chastelletja Ba:{oche (éd. de i855, p. 271).
Vers i5oo. Pour les clercs du Chastellet contre les Basochiens [ibid.^ p. 273).
Ces deux ballades doivent remonter au temps où Roger de Collerye était étudiant.
1. Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, II (1743), p. 322.