‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 93 sur 96 · Allusion à la paix de Cambrai, ou paix des dames · texte numérisé non relu

Allusion à la paix de Cambrai, ou paix des dames

Que nous l'ayons, c'est qu'on la garde;

Or Prudence et Subtil Moyen

Ont bien joué leur personnaige,

Car tel qui a perte et dommage

De brief recouvrera le sien, lo

Puis qu'apr èsgrant mal vientgra ni bien.

Quant est de moy, sur toute rien,

Désormais me veulx resjouyr

Et aussi de va et de vien,

Se je puis recouvrer le mien, i5

Pourray de mon plaisir jouyr.

JOYEUSETÉ

Peuple françois se faict ouyr.

Je l'entens bien a sa parolle, D'autant qu'il veult Soucy fouyr V* Et Chagrin en terre enfouyr. 20

11 fault qu'i me baise et accolle.

Pour bien donner une bricoUe Il en sçait assez la manière, Et, puis qu'il fault que le recole.

Il a fréquenté mainte escolle 25

Sans tirer le cul en arrière, Afin de gaigner la barrière.

Je m'en vovs a luv somme toute.

Dieu gar le seigneur!

29 Ici et plus loin le nom du ^personnage est écrit en abrégé; nous le rétablissons en entier. Nous faisons de même pour les autres personnages.

29-31 Ces vers soyit ainsi disposés dans l'original : Dieu gar le seigneur Peuple fran.

Vous gorriere

Que vous dit le cueur loyeusete

lionne chère ''■ ••

l'aire la conuient quoy quil couste loyeu

Peuple François.

Vous, gorriere?

JOYEUSETÉ

Que vous dit le cueur?

Peuple François.

Bonne chère. 3o

Joyeusetk.

Faire la convient, quoy qu'il couste, Avant qu'a parler je me boute Et de vous dire ou j'ay esté.

Et sansarrester grain ne gouste, Accoliez moy.

Peuple François.

Je vous escoute. 35

Qui estes vous ?

JoYEUSETÉ.

Joyeuseté.

Peuple françoys, Joyeuseté ?

Joyeuseté.

En gayeté La plus plaisante soubz la nue, Qui souvent vous ay regrecté, Mais c'est en toute honnesteté. 40

Peuple François.

Vous soyez la tresbien venue !

JOIEUSETÉ.

Peuple françoys, entretenue J'ay esté, gaillard, brief et court,

40 honnestê — 42 entretenu

36o XVIII. — SATYRE, PAR ROGER DE COLLERYE

Fol.AHj Prisée, aymee et soustenue

Et pour singulière tenue 45

Des plus grans seigneurs de la court.

Les vestuz de long et de court

Se sont devers moy retyrez

Aussi tost qu'ung poste qui court ;

Brief, en effect, chascun accourt 5o

Vers moy, comme gens inspirez.

Peuple François.

Les gens ne voit on empirez Pour Joyeuseté maintenir, Car, dès lors que les aspirez, S'ilz ont ennuytz, les respirez 55

Pour en liesse les tenir.

Joyeuseté.

Or je veulx dire et soustenir Que d'engendrer melencolye Il n'en peult jamais bien venir.

Peuple François.

Quanta moy, je veulx retenir 60

Que ce n'est que toute folye.

Or ça, Joyeuseté jolye, Que dict on en court?

Joyeuseté.

Qu'on y dict?

Du tout Tristesse est abolye Et Joyeuseté recueillye, 65

Quant on m'y voit, sans contredit.

Peuple François.

Qui sont ceulx qui ont le crédit ?

Joyeuseté.

Noblesse principallement.

Peuple François.

Et puis après?

JOYEUSETÉ

Par ung esdit Ceulx qui sont en faict et en dit 70

v° Loyaulx en cueur entièrement.

Peuple François.

Qui triumphe ?

JOIEUSETÉ.

L'entendement A peine le pourroit comprendre.

Peuple François.

Qui alebruyt?

JOIEUSETÉ.

Totalement Et sans y mectre empeschement jS

Bon Conseil, qui n'est a reprendre.

Peuple François, il fault entendre Que possible n'est raconter Ny en son entendement prendre Du triumphe de court le mendre, 80

Ne de mot a mot le compter.

Peuple François.

Monsieur le dauphin?

JOIEUSETÉ.

Surmonter Par dessus tout le sang royal.

Peuple François. Et monsieur d'Orléans?

JOIEUSETÉ.

Dompter 83 tous

Coursiers devant luy, puis monter 85

Sur eulx d'ung cueur seigneurial.

Peuple François.

La royne?

JOYEUSETÉ

En especial Triumphe en beaulté et faconde, Et croyez qu'a mont et a val Seule est, tant a pied qu'a cheval, 90

Qui de beau maintien n'a seconde.

Peuple François.

Le point ou du tout je me fonde :

Nous avons Paix ? i*^'"- ^

Fol. Aiiij JoiEusETÉ.

Pour tout certain.

Peuple François, j^.^^ j.jqv| Joyeuseté, paroUe ronde, • ■^nu-^}^

Puisque Paix avons en ce monde,auP 95

Fouyr debvons tous meschant train. /;

Le Vigneron.

Or, par le vray Dieu,j'ay grant fain

De voir le bled a bon marché.

J'ay regardé et remarché

La façon de noz boulengiers 100

Qui vont faignant estre estrangiers

Au devant des bledz qu'on amaine.

Quepleust a Dieu qu'en maie estraine

Feussent entrez! Quant les acheptent

Hz vont daguynant, et puis guecteni io5

S'on les regarde, ou près ou loing.

Ha ! par ma foy, il est besoing

Qu'on y mette bonne police.

Peuple François.

çr . Vigneron, vous n'estes pas nice,

Ça, voz propos sont de valleur. iio

Le Vigneron.

Et! n'esse pas un grant malheur

De souffrir telle deablerie?

'■ ' Il y a plus de mengerie.

Par le vray Dieu, en ceste ville

Qu'a Paris, par monsieur sainct Gille ; 1 1 5

Mais quoy ! C'est faulte de Justice.

Tous les jours le pain appetice ' v° Et n'est labouré bien ne beau.

Peuple François.

' Il dict vray, et ne scent que l'eau, ir>'T.

De quoy le peuple est desplaisant. 120

Le Vigneron.

C'est pour le faire plus pesant

(,, , JOVEUSETÉ.

Hé! quelz gaultiers plains de malice!

.TOYEUSETÉ. ..Ji- î «x|.. .\o"^.

Croy qu'ilz ressemblent l'escrevice Qui va tousjours a reculons.

122 gaultier — . i23 le croy

I . Ce reproche fait aux boulangers de faire les pains trop petits est de tous les temps ; on ne l'imprime plus guère aujourd'hui ; mais jadis les poètes ne dédaignaient pas de s'en faire l'écho. Voy. La Plaincte du Commun contre les boulengers et ces brouillons taverniers ou cabaretiers et autres, avec la Désespérance des usuriers [Monlaiglon, Recueil de Poésies françaises, II, pp. 23o- 237), et La Complainte du Commun Peuple a l'encontre des boulangiers qui font du petit pain, et des taverniers qui brouillent le bon vin, lesquels seront damne:^ au grand diable s'il^ ne s amendent (ibid., V, pp. 94-io5). On ne connaît de la seconde pièce qu'une édition mutilée de i588; c'était peut-être un extrait de la Deablerie d'Eloy d'Amerval (ch. 107).

Jenyn ma Fluste, acoiistré en badin.

Il fault qu'ilz ayent siipt-a culons, 1 25

Ou on n'en viendra point a bout.

Faictes les soustenir debout:

Entendes vous, Peuple françois? Hz sont larrons comm' Escossoys, Qui vont pillotant les villaiges . 1 3o

Peuple françoys.

Boullengiers payez de leurs gages Seront, pour vray, quelque matin.

Jenin.

Si je sçavois parler latin Ainsi que font ces cordeliers, J'arais de blé les plains garniers, i35

Et si en ferois bon marché. ouy jiJ. Toutesfoys si ont ilz craché Depuis peu de temps au bassin, Maulgré leurs dents, pour leur larcin; Mais quoy? Ils font pis que devant. 140

Peuple François.

Fol.Av Laissons ce propos.

Jenin.

Tout avant!

On scet bien qu'ilz ne valent rien.

Or je m'en vois par bon moyen • Entretenir Joyeuseté, ' '-'-''' La belle, ou avez vous esté 145

Depuis le temps que ne vous veiz' ?

Joyeuseté.

Jenin Ma Flûte, a ton advis, Que te semble de ma personne?

142 quelz ne

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