FOLIA
Et son nom?
Poste.
Bon Temps, qui revient Mais qu'on le veuUe entretenir. 45
Folie.
Il est mort.
Poste.
Je veux maintenir Que non : Usez son escripture.
36 ^ vessir — Cette leçon a passé dans les éditions modernes^ qui toutes dérivent de b, — 39 ^ le iojre — 42 bonnes et belles
282 IV. -^ SOTTIB DEË BÉGUINS
Folie.
Par la passion que j*endure, î^ Il est vray, je cognoy sa main.
Vrayment tu viens bien au besoing ; 5o
Sans ceci j'estoys abolie.
Or sus, mes enfants, je vous prye. ;
Venez tous, venez vUtement, : -
Venez, et si voyez comment ;
Bon Temps n'est pas encores mort. 55
Venez vous? Ha! vous avez tort,
Guillaume Lé Diamkntier,
Antoine Sobret, Gaudefroid, 60
Claude Baud, Michel de Ladrex, . •
Maistre Pettremand, Qallion,
Jehan de L'Arpe, venez, Jehan Bron ;
Ça, Grand Pierre, Claude Rolet,
Prestre d'honneur, frère Mulet ! 65
Venez, et vous orrez nouvelles . ;
De Bon Temps.
Antoine, estant parmi la troupe.
Tendez les eschelles, Mère, et nous vous irons voir.
P^is^ quand iU sont tous monte^^
Galuoîï.
Si nous pouvons Bon Tefnps ravoir, 70 Si jouerons nous, quoy qu'on die.
Grand Pierre. .
Demain nous poserons le noir
Si nou^ pouvons Bon Temps ravoir.
Claude Rolst. .
FoL3og De tout nostre petit pouvoir
5o b Vrayement
Avecques vous, Mère Folie. y S
Si nous pouvons Bon Temps ravoir, Si jouerons nous, quoy qu'on die.
Pettremand.
Voyons ces lettres, je vous prie, Premier qu'en parler plus avant.
Gaumproid.
Qui lira ?
MtTLET.
Qui? le plus sçavant. 80
Gallion.
Anthoine. est docte en tels affaires,
Quand Pierre. <
Ouy, car je Pay veu souvent, Cet an,' parthi4es secrétaires.
Antoine.
J'ay tant fréquenté ces notaires
Que j'en suis clerc jusques aux dents, 85
Rcmlet.
Lisez dont cç que dict Bon Temps. .
Antoine. Lit les lettres de Bon Temps,
Folie, je me recommande < A vous et aux Voaires aussiv - < • Par ce poste Printemps voua ip^ndç ; v» De mes nouvelles que voycy. 90
Je suis en bon poinct. î)ieu mercy.
En un port de mer estendu.
L^on m'a partout les pieds fendu.
Je vous laissay y a quattre ans
A Genève bien désolez 95
il». . ^ , ^
80 Le second Qui est suppléé -^ 82 ^è tressouatt — 87 ^ met en yeieU< Folie et noff Antoine
284 XY. — SOTTIE DBS BâCUINS
Quand arrivèrent ces gourmands
Qui jamais ne feurent soûlez.
Si d'eux ne fustes affolez
Tenus en este a Dieu vrayment,
Et non pas a ces predicants. 100
Je m'enfuys, car j'avoy peur
D'estre exécuté par justice :
Quand vient ainsi une fureur
De loing fuir est bien propice '«
L*on me mettoit a sus un vice, io5
Par quoy je craignoy les sergents,
C'est que rompoy le col aux gents.
Maintenant, si estes unis,
Si Justice ne craint point Force,
Si d'un bon prince estes fournis, 1 1 o
Si flatteurs ont receu Testorce,
Si la voix du Commun a course,
Si libertez sont demeurez,
Escrivez moy, et puis m'avrez.
Escript la ou je suis, en haste, 1 1 5
A deux lieux près de paradis,
Le jour de la présente datte,
Par le TOBtre : Bon Temps Jadis.
Fous.
Fol. 3 10 Or sus, mes fols, m^ estourdis,
Je VOUS prié, soyez hardis 1 20
De faire respoase a Bon Temps.
Antoine.
Je respondray bien sur ces dicts, Comme Tun de vos estourdis,
ii3dSi liberté . /
I. Tout ce passage fait à Tallusion à Texécution de Philibert Berthelier. Ce tragique éYénement remoatait k quatre ans; il avait eu lieu le 23 août iSiq.
Mais que vous en soyez contents.
Gallion.
Antoine^ despeschez Printemps. izS
Pierre.
Vous estes nostre secrétaire.
PXTTREMAND.
Quant a moy , ainsi je l'entends .
Gaudefroid.
Antoine, despescliez Printemps.
Mulet.
Escrivez luy par mots patents
Qu'il vienne, ou bien que Tiron querre. 1 3o
Gallion.
Antoine, d espeschez Printemps; Vous estes nostre secrétaire.
Antoine.
Je suis content, pour vous complaire.
Or me laissez un peu songer.
Rollet.
Certes Bon Temps fut en danger, i35
Puis qu'il le dit, en ceste ville.
Pettremand.
s^ Il fit tresbien de desloger.
Gaudefroid. Trop de gents le vouloyent ronger.
Mulet.
Il avoit des galeurs un mille.
Gallion.
Si Ton Teust enfourné en Tlsle ', 140
I. La prison de Tlle était celle où Ton enfermait les prisonniers îusticiables de la juridiction civile»
286 XV. — SOTTIE DES BÉGUOfS
Parti n*ea (ust sans composer.
Amtoimb. Montre la rtÈpomu qwta faîUe.
La Toila ! Qui voudra gloser, Vj ay laissé fort belle espasse.
Grahd Pieeee.
Et s'il y a trop ?
Amtoinb.
Qu^on l'efface.
Pbttkeiund.
Il dit bien.
Gaudetroid.
Lisez, secrétaire. 145
Antoine.
Or nottez le plus nécessaire.
Antoine lit la response quHl a faite
Seigneur Bon Temps, nostre seule espérance, Dame Folie avec son alliance Vous ressalue par ces lettres cent fois.
De vous estoit icy commune voix 1 5o
Fol. 3i I Que mort estiez ; mais, la vostre mercy, Avons apris, depuis deux jours ou trois.
Par vos escripts qu'il n*estoit pas ainsi.
Depuis le temps que partistes d'icy Joué n*avons moralité n'histoire ; 1 55
Si nous eussions tant seulement toussy, L'oi\ nous eust fait aller en Tauditoire .
Il n'estoit plus question ny mémoire De s'esjouir a jeu de parlement ; Cartes ny dez, cela est tout notoire, 160
Avoient icy course publiquement.
147 b Notre père est seule espérance
Seigneur Bontemps vn million de fbii
Au résidu, sachez certainement Que gents de bien sont icy d'union.
Prince assez bon avons, semblablement Que tous flatteurs met a perdition. 1 65
Si n'est justice en sa perfection Et le Commun en liberté remis, Il l'y mettra a sa discrétion, Car dès longtemps ainsi nous Ta promis.
Doncques, Bon Temps, nostre père et ami, 170 Retournez cy, avoir veu les présentes '• Nous vous eussions un bon cheval transmis ; Mais Printemps dit qu'avez jambes puissantes. Nous sçavons bien que, toutes fois et quantes D'un lieu partez, qu'avez bonne monture. 175 A ce retour, dessus vos pieds montez Et venez tost comme un bœuf de pasture.
Pour le présent, n'avrez autre escripture.
Nostre Seigneur vous rameine bientost ! Faict a Genève un jour par avanture, 1 80
yo Par la Folie et ses nobles supposts .
Folie.
Or sus, que dites vous mes sots?
Gallion.
Elle est tresbien.
Pierre.
Faitte par maistre.
Pettremand.
L'on n'y sçavroit oster ny mettre;
Il ne la fault que bien serrer. i85
175 qu'avec
I. C'est-à-dire* après avoir vu ». On trouvera des exemples de cette construction dans le Rec, dePoés. franc, de Montaiglon, IV, p. 225; VIII, p. 66; IX, p. 2i3; XIII, p. 5i.
288 XV. — SOTTIE DES fiÉGUlNS
Gallion.
Antoine ne sçavroit errer.
Mulet.
II est tresparfait secrétaire.
Antoine.
Poste, voyla tout yostre affaire :
Portez le, s'il vous semble bon.
Le Poste.
Je m'en vay monter.
Gallion,
Allez donc 1 190
Recommandez nous a Bon Temps.
Le Poste.
Si feray je.
Folie.
Poste, entendez !
Rameine le nous, je t'en prie.
Poste.
Fol.3j2Je le feray. A Dieu, Folie !
Folie.
Et Dieu te conduyse, Printemps ! i gS
Pose,
Folie.
Puis que Bon Temps n'est mort, enfants, CerteS; nous poserons le vefve.
193 ^ Postei
Grand Pierre.
L'on n*en sçait encor rien .
Pettreman.
Tu resvc.
Et nostre lecteur de créance ?
Gaudefroid.
En ces lettres n'a pas fiance. 200
Mulet.
Tu dis vray.
Claude Rousset.
Si fault il reprendre Nos autres habillements vieux .
Antoyne.
Ouy, et si nous fault entendre A jouer quelques nouveaux jeux.
Gallion.
Je m*y accorde.
Pierre.
Je le veux. 2o5
Pettreman.
Voycy pour moy.
Claude Rousset.
Cestuy est mien.
Claude Rousset.
Mon Dieu, qu'ils sont desja caduques l
198 b encor rien pour vray— 301, 206» 207 [en vedette) b Claude Rolet
ago XV. — SOTTIE des béguins
Antoyne*
V* Et pour couvrir nos grands perruques \
N'avrons nous point de chaperons?
Gallion.
Je ne sçay ou diable ils seront. 210
Icy ne sont ils pas.
Pettremand.
Pour vray, Les femmes en ont faict des brayes Ces jours passez.
Gaudefroid.
Ouy vrayment.
Ces advocats de parlepient En avront leurs robbes fourrées. 21 5
Mulet.
L'on ne sçavroit la, mi, sol, ré Dire sans cappe bonnement.
Folie.
. Vous avez prompt entendement • Pour bien jouer sans chapperons.
Claude Rqusset.
Jouons donq.
Antoyne.
Certes, non ferons. 220
Sans cappes tout demeurera^
21 3 6 vrayement — 217 ^ Dittes — 219, 233 (en vedette) Rolet ^ 220 ^ nous ferons
I. « En France, dépars l'accident de 1 5 19, à Romorantint où un tison jeté d'une fenêtre sur la tôte du roi Tavait obligé de se la faire raser, on ne portait plus que les cheveux courts ; mais la mode n'en était pas encore arrivée à Genève. On y portait toujours les cheveux longs, comme du temps de Charles VIII et de Louis XII.» Fournis».
Folie.
Et si j'en trouve?
Gallion.
L'on jouera.
Folie.
Vous jouerez donc, car j'en feray FoL3i3 Plustost du bout de ma chemise.
Pettremand.
Trop courte est.
Folie.
Je Tallongeray 225
D'un foi que pour ce enfanteray ; Puis sera bien longue a ma guise.
Le voicy.
Gaudefroid.
Certes, l'entreprise Est falote gorgiasement.
L'Enfant.
Donnez moy le tetet, maman ! 23o
Je veux la lune 1
Mulet.
Mais comment ?
Il souffle desja au cornet.
Claude Rousset.
Le petist fait le verre net Maintenant, aussi bien qu'un grant.
Folie .
Ça, ça, puis qu'il y a du bran 2 35
En ma chemise, si fault il
ag2 XV. — SOTTIE DES BÉGUINS
Que Claude Rousset, qu^est subtil, Y couppe vos béguins, enfants.
CLAxn>s Rousset.
Je le veux.
Folie.
Or frappez dedans, Et les taillez a hault collet. 240
Claude Rousset.
V* Cestuy cy ne sera pas laid ;
Je ne sçay que l'autre sera.
Gallion.
Le premier, Antoine Tavra, Car il est nostre segretaire.
Claude Rousset.
Tenez donq !
Antoyne.
Qu'il sent le rozayre ! 245
Cestuy sentira fleur de lys.
Qui Tavra ? Il est bien poli.
Grand Pierre, il sera pour vous.
Grand Pierre.
Que les aultres en ayent tous, Principalement Gallion. 25o
Claude Rousset.
De la pièce, près du roignon, Je luy en vay coupper ung beau.
Or tenez!
337, 239, 345, 25 1, 25j (en vedette) h Rolet — 349 b Faites que les autres
Galuon.
Il est soubz le seau De Montpellier '.
Claude Rousset.
3 'en fournlray Icy d'ung beau pour Gaudefroid. 255
Gaudefroid.
Baillez le moy donc tout de chault.
Claude Rousset.
Fol.3i4 Je donray cestuy a Tessay
A Pettreman, qu'est bon thibaud.
Pettremand.
Pour mieulx ressembler le quinault,
De cestuy m'embeguineray. 260
Claude Rousset.
Cestuy pour moy je retiendray, Car il est doré d'or d'escu .
Folie.
Tu l'as taillé tout près du cul.
Gouillard, tu prens le gras pour toy.
Mulet.
Et vostre père Mulet, quoy ? 265
Sera il point embeguiné ?
Claude Rousset.
Si sera, dea, oui, par ma foy.
Cestuy vous sera consigné.
257 le donneray -- 261, 267, 276 (en vedette) b Rolet
I . Allusion aux privilèges dont jouissait le « petit seel royal » de la cour de Montpellier; voir à ce sujet un article de F. Pegat dans les Mém. de Vacad, de Montpellier, VI, 3o3 et s.
Folie.
Puis qu'estes tous enfarinez,
Soyez prests a jouer la farce. 270
Pettremand.
Nous sommes prests en ceste place; Commençons !
Gàudefroid.
Dittes, Pettreman.
Mulet.
Paix la 1 Attendez vous ?
Claude Rousset.
v^ Comment ?
Antoine.
Jouez.
Gallion.
Non fera.
Pettremand.
Et pourquoy ?
Gàudefroid.
Je n'ai qu'une aureille '.
Mulet.
Ny moy. 275
Claude Rousset. Ny moy.
Antoine.
Ny moy.
274 b Et est suppléé •— 276 b aureilh.
I . Le bonnet ou béguin des sots ou des fous était muni de deux longues oreilles d*âne. On en peut voir la représentation ci-^lessus, pp. 124 et 125,
Gallion.
Ny moy aussy.
Folie.
Et vous fauldra il pour cecy
Derechef laisser l'entreprise ?
Je les sens dessous ma chemise ;
Mais certes ja ne les avrez. 280
Pierre.
Les raisons !
FOUE.
Ha ! vous les orrez.
Seroit ce a moy bien vescu D'oster les aureilles a mon cul Qui a desja perdu la veue ?
FoL3i5 L'entrepryse est donques rompue? 285
Il ne m'en chaut.
Gaudefroy.
Ha ! sans la droitte Aureille nous ne jouerons rien.
Claude Rousset.
L'aureille qu'avons interprette En mal ce que disons pour bien '.
386 b répète en vedette avant ce vers le mot Folie — 388 {en vedette) Rolet
I . « C'est-à-dire : « On n*a qu'une oreille pour nous entendre, et qui n'entend que de travers ; elle tourne à mal tout ce que nous disons pour bien ». Cela va droit aux gens de police du duc et de révoque et aux restrictions dont ils bâillonnaient les farceurs à qui cependant il fallait toute liberté, surtout dans les Sotties pour lesquelles, plus qu'ailleurs encore, sans le droit de tout dire sur les choses et les personnes, il n'y avait rien ». Four-
NIBR.
Antoine.
Conclusion : il nous convient 290
Attendre Bon Temps ; c'est assez Pour le présent qu'avons laissé Lavefve. Beuvons donc d'autant.
Gallion.
Mais cependant) je le conseille,
Nous trouverons la droitte aureille. 295
Pbttremand.
A boire
Gaudeproit.
Passerons le temps.
Mulet.
Nous en sommes tous bien contens.
Claude Rodsset.
Beuvons tant que le feu en saille Sur les nouvelles de Bon Temps!
Gallion.
Denos beaulx jeux, vaille que vaille, 3oo Beuvons tant que le feu ensaille!
Gaudefroyd.
Donnons a ce vin la bataille Roidement, comme beaulx quettans !
293 donc est suppléé-^ 394-396 Nous avons dû retourner ces vers pour retrouver les rimes : b porte :
Gallion
Il le conseille cependant
Nous trouuerons Taureille droitte
Pettremand Et passerons le temps
Gaudeproit
A boyre
297 tous bien est suppléé — 298 (en vedette) Rolet — 3oo b beaux yeuU
Mulet.
BeuYons tant que le feu en saille, Beuvons en attendant BonTemps! 3o5
Gaudefroid.
Beuvons de ce vin, ne nous chaille !
Payé Tay a deniers comptans.
Mulet.
Beuvons tant que le feu en saille Sur les nouvelles de Bon Temps!
Fin,
307 b contents
[Rouen, i523.]
Il faut peut-être voir dans les Troys Pèlerins une satire dirigée contre Louise de Savoie, à qui le peuple attribua, non sans fondement, tous les malheurs qui assaillirent la France sous le règne de François W. Dés le mois de décembre i5i6, te roi avait fait arrêter et conduire devant lui, à Amboise, trois joueurs de farces : Jacques, clerc de la Bazoche, Jehan Sérac [lis. Serre] et maître Jehan de L'Espine du Pont-Alats, coupables d'avoir représenté la reine-mère sous le nom de <• Mère sotte », pillant l'état et le gouvernant à sa guise ';
t . Journal d'un bourgeois de Paris, publie' par M. Lud. Lalanne ; Paris, i854, in-8, p. 44.
vers i523y il fit jeter en prison les imprimeurs et les poètes qui avaient rimé des pièces satiriques jugées offensantes : Le Monde sans croix^ Le Monde qWon achevé de paindre^ Le Monde qui n'a plus que les oSj Le Monde qui n'a plus que frire ^ Le Monde qui est crucifié^ Le Monde qui n'a riens perdu j Les Rongneux qui grattent Chascun^ et les coupables ne furent libérés que le 20 mars i525 '. Ces poursuites ne fermèrent probablement pas la bouche aux acteurs populaires ; mais elles les rendirent plus circonspects; les joueurs de farces ne parlèrent plus qu'à mots couverts.
Voici en quelques mots la donnée de la sottie : Trois Pèlerins c des Vaulx », ou plutôt trois c dévots » Pèlerins, sortent de leur retraite pour voir ce qui se passe dans le monde; Malice leur apprend que tout y est changé. Ce sont les femmes qui gouvernent; quant aux hommes, ils ne recherchent que les plaisirs et ne savent que se faire battre. « La désordre » est partout : à la cour, dans Téglise, dans la justice, à la guerre, chez les marchands ; les Pèlerins feront bien de rester chez eux.
Aux Pèlerins qui demandent où ils doivent porter leur pas, Malice répond :
Premyerement sçays les contrées Ou plusieurs se sont acoustrés En estât defemynin gerre.
Le poète reproduit sans doute ici le parler de la cour. Dans La vrajr disant Advocate des dames y Jehan Marot fait dire aux femmes :
I. Ibid,^ p. 234. — Les pièces citées ont été retrouvées par M. Georges Guiffrey et publiées par Moataiglon et Rothschild {Recueil, XII, pp. igS-aSy).
De voz gueuUes vomisses impropere(s) Et vitupere(s),*meurtrissant nostre gerre,
(Montaiglon et Rothschild, Rtcueilt X» p. 334*)
Et plus loin :
Quelz maulx trouvés vous en nous? Nulz.
Tout bien vient de féminin gerre.
{Ibid., X, p. 258.)
L'auteur anonyme du Monde qui est crucifié (i523) vise Louise de Savoie quand, après avoir fait allusion aux revers éprouvés en Italie par Tarmée française, que la cour avait laissé manquer de tout, il s'écrie :
Ce grant malheur vient du femynin gerre.
{Ibid., Xll, p. 322.)
Les spectateurs devaient, dans la sottie, saisir le sens de cette allusion.
Sous le gouvernement des femmes^ le désordre a pénétré môme dans l'église :
Malice.
Ouy, car ceulx de religion Veulent tenir sa région Et mesmes grans histoyriens Veulent estre luthériens . 64
Ces derniers vers, rapprochés d'un autre passage, montrent que la pièce a été écrite dans les premiers temps de la Réforme, Plus loin en efifet (v. 1 36-141) un des Pèlerins parle des persécutions qui pourront être dirigées contre les novateurs, et il ajoute (v. 142-144) :
Et puys y s'en repentiront Ces brouaulx 1 II en mentiront De ce que veulent mettre sus.
Parmi les autres signes de désordre que les quatre acteurs énumèrent il en est un qui nous parait donner une date plus précise encore (v. 66-68) :
Le Troisième.
Et puys voyla Pourquoy vient yver cet esté ', Qui nous mainctient en pauvreté.
L'année i52i avait été marquée par des intempéries qui avaient rendu la vie difficile; il y avait eu des pluies continuelles et le blé, qui avait pourri en terre, avait atteint un prix extrêmement élevé * . La cherté avait duré jusqu'à la récolte de i522. L'année suivante, il y eut de nouvelles calamités. « L'an mil cinq cens xxiii, environ la fesie de la Nativité de monseigneur sainct Jehan Baptiste [24 juin], fut en aulcuns lieux veue gelée et glace, qui estoit une chose non accoustumee a veoir; par quoy on ne sçavoit que présupposer, sinon que /ust ultion divine pour les vices et iniquitez lors regnans ^ ». En cette même année 1 523,. les blés gelèrent, à la Saint-Martin d'hiver *.
Les guerres malheureuses .dont parlent les Pèlerins et Malice, ces guerres qui ont
. . . .mainct faict inhumer
Loin d'une église ou cymetiere,
Sans faire confession entière (v. 117-119),
}^ La correction que nous avons dû apporter au manuscrit paraît certaine.
2. Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Lud, Lalanne^ 1854, pp. 96-97; cf. Cronique du roi Françoys premier, publiée par Georges Guiffrey, 1860, p. 29.
3. Les Grandes Croniques 4e Bretaigne, par Alain Bouchart, additions (édition des bibliophiles bretons, 1886, in-4, fol. 291 a)*
4. Ibid», fol. 292 a; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 186.
doivent donc être les campagnes de 1 522 en Italie et en Picardie. Le poète dit (v. ii6) que le désordre s'est montré
En guerre, par terre ou par mer.
L'expédition maritime à laquelle il fait allusion est sans doute la descente de la flotte anglaise sur les côtes de Normandie.
L'auteur du Monde qui est crucifié dit de même :
J'ay d'ung cousté les Anglois qui me assaillent; Souventes foys dessus ma terre saillent.
Car de la mer ilz ont la jouyssance.
(Montaiglon et Rothschild, Recueil^ XII, p. 323.)
Nous ne pouvons dire sur quel théâtre la pièce fut représentée, La forme on pour « nous », aux vers 38 et 214 nous fait penser que ce fut en Normandie, probablement à Rouen, comme la plupart des pièces que nous a conservées le ms. du duc de La Vallière.
BIBLIOGRAPHIE
a, Biblioth. nat., ms. fr. 24841 (ancien La Val- Hère 63), fol. 373-376.
h. Recueil de Farces, Moralités et Sermons joyeux, publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale par Leroux de Lincy et Francisque Michel. PariSy Che^^ Techener, librairey 1837. 4 vol. in-8.
Les trois Pèlerins et Malice sont contenus dans le t. IV, 66* pièce.
c. Le Théâtre français avant la Renaissance, i45o-i55o : Mystères, Moralités et Farces. Précédé d'une introduction et accompagné de notes pour Tin-
telligence du texte, par M. Edouard Fournier
PariSj Laplace^ Sanchei et C>«, éditeurSy S. d. [1872]^ gr. in-8 à 2 col.
La sottie occupe les pp. 406-41 1.
Fol. 3j3 Malick, qui c
Ou sont ces Pèlerins des Vauix?
Veulent Hz poinct suyvre Malice Par chans, villages et hameaux?
Ou sont ces pèlerins des Vaulx? Quoy ! veulent il estre enormaulx ?
Sortes, ou s'y metray police.
Ou sont ces pèlerins des Vaulx?
Veulent y poinct suivre Malice.
Le premier pèlerin, namm^. . .
Quant a moy, j'en tendray la lice '.
Car je ne me saroye tenir.
Titre : le ms. porte : de troys pèlerins et malice qui ci — I des maulx. La correction ett de Foumier — 3 viftges - 4, 7, des maalx -~ 10 me est suppléé