‹ Recueil général des sottiesChapitre 90 sur 91 · I. Coquillart emploie le même mot · texte numérisé non relu

I. Coquillart emploie le même mot

On ne sentoit que mitglias, Marjolaines et rommarins.

Giroflées, armeries, boucquès...

(Éd. d'Héricault, II, p. 25o.) Cf. L'Amant rendu cordelier, v. 1459 et la note. Le mot muglias paraît avoir désigné aussi une étoffe. Voy. Du Gange, adverb. 2 M. de Mallepaye parle aussi des baguettes (v. 127).

DE FOLLE BOBANCE

Le premier Fol, gentilhomme.

Et faire les choses secrètes Legierement, sans longz quaquetz.

De Bobance sont les acquetz ; Pourtant nully ne s'i doibt faindre 23o

A rompre lances et roques, Autant le grand comme le moindre.

Folle Bobance.

A bobancer riens ne fault plaindre De paour de Testât ravaller.

Le tiers Fol, laboureux.

[aindre] 235

Bruyre,

Le PREMIER Y 01., gentilhomme.

Farcer,

Le second Fol, marchant.

Baller,

Le TIERS Fol, laboureux.

Galler,

Le PREMIER. Fol, gentilhomme.

Faire trop plus qu'on n'a puissance

Le SECOND Fol, marchant.

Et faire les esclas voiler :

Se sontles deduitz de Bobance. 240

Le tiers Fol, laboureux.

Chaînes d'or '.

227 les m. — 228 long — 234, 238, 241 homme m. — 237 Bailler I. Coquillart s'élève aussi contre la mode des chaînes d'or :

Chaînes d'or courront meshouen

Pour feindre millours et grobis ;

Et qui n'avra argent ne rien

Se saindra d'une chaine a puys.

(Éd. d'Héricault, I, p. 78.)

Le premier Fol, gentilhomme.

Colliers d'abondance Pour porter sur ses bas colletz ; Pour mieulx chevaucher a plaisance, Petis courtaulx,

Le second Fol, marchant.

Petis muletz, Le tiers Fol, laboureux.

Petis pages,

Le premier Fol, gentilhomme.

Mais gros variez ', 245

v° Le second Fol, marchant.

Suyvant mes seigneurs au palais :

Le tiers Fol, laboureux .

Ce sont les déduis de Bobance.

De fortune la bonne chance :

Porter anneaulx,

Le premier Fol, gentilhomme.

Perles, rubis ; Deux courtaux sans oultrecuidance ^; 25o

Les élégants exagéraient cette mode d'une façon ridicule : Je rencontray troys dames qui dansoyent braz a braz ; Trois mignons les menoyent, rustres et gorgias, Pourpoints d'orfaverie et manteaulx de damas; Les chesnes en escharpe, trainentes jusqu'en bas.

(G. Paris, Chansons du xv" siècle, pp. 85-86.)

1 . Le gros varlet était le servant de l'homme d'armes. Le franc archer de Bagnolet dit (v. 174-175) :

Je fus gros vallet et puis page, Archier, et puis je pris la lance.

2. M. de Mallepaye, trouve aussi qu'un page ne lui suffit pas :

Baillevant Si j'avoye autant que je doy, Sanz bieu, je seroye chez le roy 5

Un page après moy.

Mallepaye Voire deux.

DE FOLLE BOBANCE 2 55

Le second Fol, marchant.

Mais des filles taster la pance Par le dessoubz de leurs habis; Manger pain blanc.

Le tiers Fol.

Dehors pain bis!

Tous jours avoir grosse pitance Et contrefaire du gros bis : 255

Le premier Fol, gentilhomme.

Se sont les déduis de Bobance.

Avoir d'amour la Jouyssance.

Folle Bobance.

Mais que largement despendez, Vous Tavrez sans nulle doubtance, Se n'estes trop oultrecuydez. 260

Jouer aux tables ;

Le second Fol.

Mais au dez, A la nicque nocque,

Le tiers Fol.

A la chance.

Folle Bobance.

Trompez, pipez et hasardez.

Le premier Fol, gentilhomme Ce sont les déduis deBobance.

En yver prendre sa substance 265

De bon claré ;

Le tiers Fol, labour eux.

Mais d'ipocras ;

263 et m. — 266 [en vedette) labou

Tartes sucrées d'abondance, Bien farcees de fromages gras.

Le premier Fol, gentilhomme.

La belle fille entre les bras, Et river le bis a plaisance 270

Dix foys la nuyt.

Le second Fol.

C'est ung soûlas;

Le tiers Fol, laboureux.

Ce sont les déduis de Bobance.

Folle Bobance.

N'espargnez trésor ne chevance, Combien que soyés droguelès.

Prenez tous ducatz sans balance ; 2/5

Escus sans peser prenez les.

Voz petis courtaux ou muletz, Francs, dorez, bien enharnachez.

Fol. Bi C'est l'honneur des clercs ou des lais ;

Se n'en avez, si en cherchez. 280

Quant par les rues vous marcherez,

Je vous dy, pour le faire court.

Vos pourpointz soient desmanchez

Des robes : c'est le temps qui court.

Contrefaictes gourriers de court, 285

Se me voulez bien maintenir ;

A tant le gentil que le bourt,

Chascun peult Bobance tenir.

Et si debvez entretenir

Jeunes dames, Jeunes pucelles, 290

Pour vostre honneur mieulx soustenir,

Estre tresfort amoureux d'elles,

272 {en vedette) la

DE FOLLE BOBANCE 2^7

En babillant bourdes nouvelles,

Coulant la main soubz la sainture,

Tatant cuisses, genoulx, mamelles, 295

Pour leur faire esmouvoir nature

Et forger quelque créature,

Promettant bagues et anneaux,

Et vous avrez bonne adventure

En amours, se estes loyaulx. 3oo

Le premier Fol, gentilhomme.

J'ay cent escus.

Le Second.

J'ay cent reaulx.

Le Tiers.

Et moy, deux ou troys cens ducas.

Le premier Fol, gentilhomme.

Pour maintenir itelz aveaux ', Fournis sommes de nostre cas.

Fy de procès I

Le Second.

Fy d'avocas ! 3o5

Vive l'amoureuse Bobance !

Le tiers Fol, laboureux .

La harpe sonnera bien bas.

Par le sang bieu, se je ne dance.

Le premier Fol, gentilhomme.

Fy d'orgueil!

Le Second.

Fy d'oultrecuidance!

Qui vive ?

307 bien cas

I. Telles prétentions, tels désirs. Voy. sur le mot aveaux G. Paris, Chanson du xv« siècle, p. 6.

Qui ? Mondein Plaisir. 3io

Vuydez, Maleur !

Le Premier.

Fuyez, Meschance !

Point ne voulons de desplaisir.

Le second Fol, marchant.

Bobance, c'est nostre désir.

Le tiers Fol, laboureux.

Bobance, c'est nostre maistresse ; Tousjours l'avrons jusqu'au mourir, 3i5

y* En démenant joye et liesse.

Le premier Fol, gentil homme.

C'est tout, c'est nostre gentillesse, En aultre qu'elle ne croyons, Sans espargner or ne richesse.

Le second Fol, marchant.

Manger fault poussins

Le Tiers.

Et pigeons, 3 20

[ons]

Jeunes connis entre deux cuisses.

Le premier Fol, gentilhomme .

Carpes, brochetz et esturgeons, Confites en belles espices.

Le second Fol, marchant.

Enguilles rouges.

Le tiers Fol, laboureux.

Escrevisses; 325

3i5 Toujours — Sao Et est suppléé — 32 1 // m. un vers. — 323 homme m.

DE FOLLE BOBANCE 269

Le premier Fol, gentilhomme.

Mais en saison grosse lamproye, Aloses, en saulces propices Pour reconforter nostre foye.

Le second Fol, marchant.

Bon vin blanc bastard ' on essaye.

Le tiers Fol, laboweux.

Vin cuit, vin grec, ou muscadet ^ 33o

Le premier Fol, gentilhomme.

Et puis chercher or ou monnoye Pour payer chascun ce qu'il doibt.

Le second Fol, marchant.

Boire en tasse.

Le tiers Fol, laboureux .

Boire en goudct, Tout nostre saoult,

Le Premier.

A plaine pance.

Le second Fol.

Et puis, s'aulcun nous monstre au doit : 33o Cesont les déduis de Bobance.

Le tiers Fol, laboureux.

Nous portons souvent reverance, Quant nous passons par my la rue,

326 grosses — 327 saulce — 33o Vin cuit grec

1. Le « bastard » était une sorte de vin doux, importé de Candie. Il yen avait du blanc et du rouge. Voy. Œuvres de Gringore, l, p. 253. Cf. Montaiglon, Recueil de Poésies franc., IV, p. 134; VI, p. 236; XI, p. 48; XII, p. 178.

2. Sur le muscadet ou mouscadet, voy. Montaiglon, Recueil de Poésies franc., III, p. 82; VI, p. 236; XI, p. 48. Cf. I, p. i5; V, p. 102.

A tous folz de nostre aliance ;

Bobance veult qu'on les salue. 340

Folle Bobance.

A tous mes folz de grant value, Pour Bobance ne ravaller, S'aulcun vous regarde ou vous loue, Premier le debvez saluer ; Vous en serez plus a louer. 845

Et plus gentement maintiendrez L'estat, sans prester ne louer, Quant au bonnet la main tendrez.

Qui vous prestera, vous prendrez, Tandis qu'avez ung bon crédit; 35o

Fol. Bij Ne vous chaille quant le rendrez. Retenez bien ce que j'ay dit.

Le premier Fol, gentilhomme.

Vostre dit n'en sera desdit;

J'ay ja vendu cent francs de rente

Pour tenir Bobance en délit ; 355

Encor m'en fault il vendre trente.

Le second Fol, marchant.

Bobance si m'est si plaisante

Que j'ay destruit mains bons marchans ;

Pour forvoyer la droicte sente,

Les ay faict pouvres et meschans. 36o

Le tiers Fol, laboureux.

J'ay vendu mes prés et mes champs; J'ay vendu terres, vignes, granges.

Et destruict femmes et enfans

342 ne est suppléé— 346 gentillement — 35oung m.

DE FOLLE BOBANCE 20 I

Pour porter gorre et larges manches '.

Le premier Fol, gentilhomme.

Voler nous fault bas par les branches. 365

Folle Bobance.

Pour quoy ?

Le second Fol, marchant.

Il n'y a plus que frire.

Quel remède ?

Folle Boeance.

Pescher des tanches '.

Le tiers Fol.

Esse cela ?

Folle Bobance.

Voicy pour rire.

[ire]

[ise] 370

[ire]

Le premier Fol.

Nous vestirons ?

Folle Bobance.

Robe de Frise.

364 gorres — 365 pour les — 365-372 Cette strophe est incomplète de trois vers. — 366 Que vestirons nous

1. Nous ignorons si le mot gorre s'appliquait à une partie déterminée du costume, ou si « porter la gorre » équivaut à « faire la gorre », se livrer au luxe, être gorrier (cf. G. Paris, Chanso7is françaises du xv" siècle, p. i3o). Sur les grandes manches, voy. la note du v. 83 ci-dessus.

2. Nous ignorons le sens précis de cette locution proverbiale. Elle se rencontre dans les Nouveaulx Droit^ de Coquillart :

On souloit faire au corps les manches

Par compas, mais on voit desja

Que en tous estans on pesche tanches.

(Éd. d'Héricault, I, p.65.)

Le second Fol, marchant.

Et dessoubz ?

Folle Bobance

Nouée chemise.

Le tiers Fol.

La chausse ?

Folle Bobance Toute dessiree.

Le premier Fol.

Comment dea ? Est-ce votre guise ? 3/5

Estes vous enfin si rusée?

Folle Bobance.

Vous ne m'avez pas espousee, Galans; mal l'avez entendu.

Se vostre avoir n'a plus durée, Despendu l'avez en temps du. 38o

Le second Fol, marchant.

C'est mal prins.

Folle Bobance.

Mal avez tendu.

v° Qui plus hault monte qu'il ne doibt.

Quant ung fol homme a tout perdu, Tantost chascun le monstre au doyt.

Le premier Fol, gentilhomme.

Helas! chacun bien apparçoit 385

Que je rabesse gentilesse ; Mais fol ne croyt tant qu'il reçoit ; Maintenant ce mot mon cueur blesse..

373 Chemise nouée. L'inversion est moins naturelle^ mais elle rétablit l'ordre des rimes.

DE FOLLE BOBANCE 203

Le second Fol, marchant.

J'ay despendu, las ! grant richesse Que je doy a plusieurs marchans. 390

Pour bobancer par trop largesse, Maintenant suis nud et meschans.

Le tiers Fol, laboureux . J'ay mangé mes prés, vignes, champs.

Que mes parens m'avoient laissez.

Pour bobancer par folz enchans, SqS

J'ay les deniers tous despencez.

Puis que pouvres nous délaissez, Conseillez nous que debvons faire.

Folle Bobance.

Je conseille que me laissez Ces habis ; si vous sont contraire. 400

Le premier Fol, gentilhomme.

Comment dea? Nous voulez vous traire Nos habis qu'avons trop payez ?

Fort estes de tresmale affaire ; Hors de rayson vous desvoyez.

Le second Fol, marchant.

Dame Bobance, bien voyez : 405

Par vous avons nécessité ; Si vous pry que nous convoyez Au chemin de Prospérité.

Folle Bobance.

Non, j'ayme mieux l'auctorité De vous mener la droicte voye 410

Au chemin de Mendicité.

Si voulez que vous y convoyé Pour donner a vostre cueur joye, Puis que m'avez long temps servie, De tresbon vouloir vous octroyé 41 5

409 Non non

Pouvreté toute vostre vie.

Nully n'avra sur vous envie Quant vous n'avrez plus de monnoye.

Le fol gentilhomme convie D'aller en quelque morte poye, 420

Et luy commande qu'a sa voye Il me plante de beaux rosiers ' ; Fo/.5//;S'aulcun a soupper le convoyé, Qu'il le preigne tresvoulentiers.

Le second Fol, marchant.

Conseillez moy, dame Bobance, 425

Dictes que voulez que je face.

Je doy tant d'or et de chevance Que ne m'ouse trouver en place.

FoLLLE Bobance.

Tien cy, empoigne ceste masse ^; Fais contre tous bancque rompue, 430

Sans impetrer respit ne grâce; Puis cherche aultre part ta repue.

Le second Fol, marchant.

Bobance, dyablesse cornue.

Qui as plusieurs marchans destruis, Mauldit soit Theure que t'ay crue ; 435

Tu m'as mis au point ou je suis.

Folle Bobance.

Je donne confort et apuis A tous mes fols comme argent dure;

1. Planter un rosier signifiait peut-être manger ou boire sans payer. On lit dans le Monologue des Perruques :

Planter ung beau rosier cheuz l'oste; De l'ostesse avoir la coppie. . .

(Coquillart, éd. d'Héricault, II, p. 274.)

2. Ce vers indique un jeu de scène. Le marchand prend une masse pour rompre sa banque, c'est-à-dire pour faire « banqueroute ».

DE FOLLE BOBANCE 205

Quant sont devenus povres, puis

Il fault bien que chascun endure 440

Le second Fol, marchant.

Ta mescongnoissance m'est dure Quant par toy ay crédit perdu.

Folle Bobance.

Il fault penser au résidu.

As tu bancque rompue ?

Le Second.

Ouy; Tous bons marchans l'ont bien ouy. 446

Maintenant suis a deshonneur.

Le tiers Fol, laboureux.

Helas! que j'ay grant dueil au cueur Que je n'ay plus denier ne maille.

Helas! conseillez moy ou j'aille, Ou je trouve argent a planté. 460

Folle Bobànce.

Je vous menray, vaille que vaille, Dans le chasteau de Pouvreté; La vivres en mendicité' Jusques a la tin de voz jours.

Le premier Fol, gentilhomme.

C'est a vous grant crudelité. 455

Folle Bobance.

La vivrez en mendicité.

Je n'y veulx point estre bouté.

Pour y demourer a tous jours.

439 Quant il sont deuenus poures et puis — 441 trop dure

Folle Bobance.

v" Lavivrés en mendicité

Jusques a la fin de vos jours. 460

Le tiers Fol, laboureux.

Ha ! Bobance, sont ce tes tours, Quant nous t'avons si bien servie ?

Tu nous rens plus vilz que vielz ours Pour nous et nostre folle vie.

Folle Bobance.

Je fais congnoistre la folie 465

A tous folz de prime venue.

Je leur montre chère jolie Tant qu'ilz ont rente et revenue ; Mais quant ont toute dépendue La rente, l'argent et les biens, 470

De les bouter en ceste mue De Pouvreté, n'en donne riens.

Quant hommes sont grans terriens, Riches marchans ou laboureux, Tant qu'ilz en ont, les entretiens, 4/5

Tant qu'enfin les rens souffreteux Et en ce chasteau ténébreux Les enferme, tous mors defain, Tous dessirez et malheureux.

Le premier Fol, gentilhomme.

Tel est de Bobance le train. 480

A ! Bobance, folle putain, Qui maintiens les folz en folie Tant qu'ilz ont en bource du pain, Croy ce, tu monstres chère lie En démenant vie jolie, 485

469 Mais quant ilz ont — 471 De les mettre — 484 monstre — 485 Et démenant

DE FOLLE BOBANCE 267

Tant comme dure leur finance; Mais quant leur bource est amolie, Tu les rends a malle meschance.

Le TIERS Fol, laboureux.

Sesont les déduis de B o b a n c e, Mais trop tard l'avons apperceuz. 490

Par trop mener folle plaisance Maintz hommes ont estez deceuz.

Folle Bobance.

Tenez vous la sans grongner plus, C'est le chasteau des Prodigueux.

Mains folz y ont esté reclus, 49^

Par leurs bobances oultrageux.

Par trop hanter femmes et jeux, Vestir robes d'auctorité, Chaînes d'or et habis pompeux, Viennent bientost a pouvreté. 5oo

Le premier Fol, gentilhomme.

Vecy ung lieu fort habité.

Le second Fol, marchant.

Plusieurs y sont par leur deffault.

Le tiers Fol, laboureux.

Mains malostrus y ont esté, Car c'est le chasteau Tout y fault '.

Folle Bobance.

Maint bobancier et maint ribault, 5o5

Mains orgueilleux oultrecuidez,

490 apperceu — 492 deceuct — 496 leur bobance — 5o5 Mains... mains

I. Parmi les personnages que les confréries joyeuses de Lille faisaient figurer dans les fûtes populaires, il y avait un abbé de Tout luy fault. Voy. Archives du Nord de la France, III< série, VI (1857), p. 10.

Mains hommes que Fortune assault,

Mains hazardeurs joueux de dez,

Mainz folz qui ont cerveaux vuidez,

Entrez : vella vostre demeure. 5io

C'est le droit lieu ou tous tendez,

Pour tous dancer la chantepleure.

Le premier Fol, gentilhomme.

Folle Bobance, de mal heure Entre nous troys t'avons connue.

Folle Bobance.

Paier fault l'ouvrier selon l'euvre 5 1 5

Et aux quoquars leur bienvenue.

Le premier Fol, gentilhomme.

Chasteau merveilleux.

Lieu tresperilleux, Comblé de tristesse,

Le second Fol.

Faictz nos cueurs piteux. 5 20

Et fort marmiteux, Remplis de destresse.

Le tiers Fol.

Mauldicte dyablesse, Qui les corps nous blesse, Telz sont tes faulz jeux. 525

Le premier Fol.

Par folle jeunesse En nostre viellesse Serons souffreteux.

Le Second.

Helas ! se j'avoye

514 conuie

DE FOLLE BOBANCE 269

L'or et la monnoye 53o

Et aussi l'argent. . .

Le premier Fol.

Jamais n'en feroye

A Bobance joye ;

Mais tressaigement

Vivroyc soubrement ; 535

Sans bobancement

Si les despendroye.

Le tiers Fol.

Ou sont mes vignes, mes raisins, Qui me rendoient de si bons vins ?

Las ! j'ay tout perdu 540

L'argent despendu " A mener bobance.

Le premier Fol, gentilhomme.

C'est mal entendu ; Chier nous est vendu En grande souffrance. 545

Le second Fol, marchant.

Mirez vous icy, jeunes hommes, Mirez vous a nostre folie.

Le tiers Fol, laboureux.

Voyez l'estat ou venus sommes Par Bobance, qui les folz lye,

Le second Fol, marchant.

De pouvreté, qui contrelye. 55o

Chascun maintienne son estât.

Car, quant la bourse est amolye, Le marchant est tombé tout plat.

535 Viure — 549 le folz

Le tiers Fol, laboureux .

C'est de Bobance le barat De mettre gens a pouvreté 555

Le premier Fol, gentilhomme .

C'est son déduit,

Le second Fol, marchant.

C'est son esbat D'aymer cueurs plains de lascheté.

Le tiers Fol, laboureux.

S'ung roy prent par auctorité Aulcun nouveau habillement,

Le premier Fol, gentilhomme.

Ung pouvre villain non rente 5 60

Viendra faire pareillement.

Le second Fol, marchant.

Par ce point tout va meschamment, Car tel veult maintenir bobance

Le tiers Fol, laboureux.

Qui ne scet fasson ne comment D'y gaigner la folle despense. 565

Folle Bobance.

Pour tant, seigneurs, chascun y pense : Qui prent de moy gouvernement Rantes luy fault, ou grant chevance.

Prenez en gré l'esbatement.

Cy fine Folle Bobance.

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