De la superstition de Tite-Live
On accuse Tite-Live de faiblesse et de superstition, parce qu'il rapporte très-sérieusement uns foule de protliges. Je ne sais s'il faut en conclure qu'il les1 croyait. Le plus souvenl il ne les donne que pour des traditions reet il ne pouvait se dispenser d'en parler. Les proétaient une partie essentielle de L'histoire, dans an empire où tout était présage et auspke, où l'on ne faisait pas une démarche importante sans observer l'heure du jour et l'état du ciel. Les livres des sibylles que l'on ouvrait de temps en temps, étaient évidemment comme les centuries* de Noslradamus, où l'on trouve tout ce que l'on vnit ; mais on se moque de Nostradàmus, et l'un révérait les sibylles. Ces notions suffisent pour nous persuader que Tite-Live et les autres historiens se croyaient obligés de ne rien témoigner de ce qu'ils pensaient de ces prodiges, et se souciaient fort peu de détromper personne.
(LAUAItl'E.)
12. — Belle conduite des deux consuls à la bataille du Metaure.
Pans cette importante action qui eut de si grandes suites5, et qui, à proprement parler, décida du sort de la
l.Oudirail aujourd'hui qu'il y croyait. I trains ou de sixains Traduisez comme "i. Il s'agit ici des prédictions de Nos- s'il y avait prédictions. Ira Jaunis, ranges par centaines dequa-J 5. C'est-a-dire : conséquence».
seconde guerre punique, les consuls font tous deux un beau et grand personnage1, et il me semble que s'il fallait prendre un parti pour l'un ou pour l'autre, on serai! embarrassé auquel des deux on devrait donner la préférence. La hardiesse du dessein que forma Néron, la singularité de l'entreprise, jointe surtout à l'heureux succès dont elle fut suivie, jette un éclat qui frappe, qui étonne et qui enlève les suffrages. D'un autre côté, la conduite de Livius n'est pas moins digne d'admiration. On sait combien les généraux romains, même les plus sages, étaient jaloux de terminer seuls et par eux-mêmes une entreprise ou une guerre qu'ils avaient commencée, et combien ils craignaient qu'un rival ne vînt la leur enlever ou même la partager avec eux. Livius ne fait rien paraître de celte faiblesse ordinaire aux plus grands hommes, ou plutôt de cette délicatesse de gloire et d'honneur2. Il était en étal d'arrêter et de vaincre par lui-même Asdrubal, ou du moins il pouvait s'en flatter; cependant il voit sans jalousie son collègue, peu de temps auparavant son ennemi déclaré, venir partager avec lui l'honneur de la victoire.
^Rollin.)