Du sénat sous l'empire
Lorsque Tibère commença à régner, quel parti ne tirat-il pas du sénat? Il apprit que les armées d'Illyrie et de Germanie s'étaient soulevées : il leur accorda quelques demandes, et il soutint que c'était au sénat à juger des au-
très; il leur envoya des députés de ce corps. Ceux qui ont cessé de craindre le pouvoir, peuvent encore respecter l'autorité. Quand on eut représenté aux soldats comment, dans une armée romaine, les enfants de l'empereur et les envoyés du Sénat romain couraient risque de la vie, ils purent se repentir, et aller jusqu'à se punir eux-mêmes : mais quand le Sénat fut entièrement abattu, son exemple ne toucha personne. En vain Othon harangua-t-il ses soldats pour leur parler de la dignité du Sénat ; en vain Vilellius envoie-t-il les principaux sénateurs pour faire sa paix avec Vespasien, on ne rend point, dans un moment, aux ordres de l'Etat, le respect qui leur a été ôté si longtemps. Les armées ne regardèrent ces députés que comme les plus lâches esclaves d'un maître qu'elles avaient déjà réprouvé. (Montesquieu.)