Les ruines de Lacédémone
Quel beau spectacle, mais qu'il était triste! L'Eurotas coulant solitaire sous les débris du pont Babyx; des ruines de toutes parts, et pas un homme parmi ces ruines ! Je restai immobile, dans une espèce de stupeur, à contempler cette scène. Un mélange d'admiration et de douleur arrêtait mes pas et ma pensée; le silence était profond autour de moi ; je voulus du moins faire parler l'écho dans les lieux où la voix humaine ne se faisait plus entendre, et je criai de toute ma force : «Léonidas! » Aucune ruine ne répéta ce grand nom, et Sparte même sembla l'avoir oublié. Tout cet emplacement de Lacédémone est inculte; le soleil l'embrase en silence et dévore incessamment le marbre des tombeaux. Quand je vis ce désert, aucune plante n'en décorait les débris, aucun oiseau, aucun insecte ne les animait, hors des millions de lézards qui montaient et descendaient sans cesse le long des murs brûlants. Une douzaine de chevaux à demi sauvages paissaient ça et là une herbe flétrie; un pâtre cultivait dans un coin du théâtre quelques pastèques. (Cuateaubriand.)