‹ Recueil sur la mort de MolièreChapitre 23 sur 48 · ÉPITAPHES · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES

Cy gist qui dans la comédie, Pour dernier acte de sa vie, Voulut représenter le mort :

Pour mieux jouer ce personnage, D'un vray mort prenant le visage, D'un sommeil éternel à la fin il s'endort.

Cy gist qui rit le fou, l'hipocrite et le sage, Et qui joua maint personnage.

Mais, las! par un fatal effort Ayant joué mesmes la Mort, La Mort en conceût tant d'envie Qu'elle se joua de sa vie.

Cy gist Molière dont le sort Le fit railler jusqu'à la mort.

La Mort, qui n'entend raillerie, Fort sérieusement luy retrancha la vie.

Cy gist qui sçavoit plus que son ABCD,

Qui joua toute la nature ; Jouant mesmes la Mort, de la mort possédé,

Fit succéder à sa peinture

La triste et funeste figure

D'un véritable décédé.

Cy gist qui nous fit si bien rire Et nous donna tant de plaisir, Molière, en un mot c'est tout dire.

L'admirable faiseur d'Impromptus à loisir, Quand la Mort vint pour le saisir,

Après l'avoir jouée il ne pût s'en dédire,

Et contr'elle perdant sa comique vertu, Il eût beau faire le folâtre :

Cette mort n'étoit pas une mort de théâtre ;

Il falut tout de bon déloger in promptu!

Cy gist Molière, le folâtre Dont tout Paris fut idolâtre, Et qui fut merveilleux à faire le bouffon. Mille fois il mourut d'une mort de théâtre, Mais une seule fois il est mort tout de bon.

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Cy gist qui parut sur la scène1 Le singe de la vie humaine, Qui n'aura jamais son égal.

Mais voulant de la mort ainsi que de la vie Estre l'imitateur dans une comédie, Pour trop bien réussir, il réussit fort mal ; Car la Mort, en estant ravie, Trouva si belle sa copie Qu'elle en fit un original.

POLIMÉNE,

1. Cette épitaphe a déjà paru dans V Oraison funèbre (tome I de cette collection, p. 20).

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