MORT DE MONSIEUR MOLIERE
Quoy, faut-il donc que Fon soupire, Qu'on pleigne vôtre sort, cher Molière, à ce jour, Vous dont les vers bouffons nous ont souvent fait rire
Et diverti toute la Cour?
I. Cette pièce de vers se trouve imprimée en un placard in-folio, surmonté d'une ancienne gravure en bois qui représente le Temps mesurant au compas les diverses parties du globe terrestre avec celte devise : Tempus ego immensum spatiis dimetior orbeni. Ce placard, publié à Lyon, se vendait chez le libraire Marcelin Gautherin, qui annonçait en même temps « un Poème, composé par le R, P. de La Rue, de la compagnie de Jésus, sur les conquêtes du Roy en Rolande, traduit de latin en françois par M"" Pierre Corneille ». La pièce originale est reliée dans un recueil de pièces en vers, provenant du P. Menestrier, et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque publique de Lyon. Elle a été publiée pour la première fois en fac-similé héliographique dans la ire livraison du Moliérisie{i^r avril 1879), ainsi que le placard précédent.
On VOUS regrette, mais on doute Si vôtre ame jouit de l'éternel repos : Car c'est bien rarement que celle-là le goûte Qu'on sçait l'avoir aux gens ravi mal ù propos.
En lisant vos plaisans écrits, On dit que vous aimiés les douceurs du comique. 11 restoit que le Ciel fit voir à nos esprits. Par vôtre triste mort, les horreurs du tragique.
Vous nous avés appris, en bien peu de parole. Les maux que les maris aux femmes font souffrir^; Mais vôtre mort devoit plutôt estre une école Où l'on apprît sans peine à saintement mourir.
Nous ne vous verrions pas, des prêtres rebroûé, Ne pouvoir obtenir pour vos os aucuns gittes. Et ces bons médecins, que vous avés joûc, Vous jouer encor mieux que pour lors vous ne fites.
On ne sçauroit des sots fascheux »
En mieux parler que vous, ou bien en mieux écrire ; Mais la mort irapréveuc est plus fascheuse qu'eux :
C'est ce que vous nous déviés dire.