‹ Recueillements poétiquesChapitre 106 sur 126 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

De la fenêtre où Je veille, Tout pensif, à tes accords, Pendant qu'ici tout sommeille, Mon âme s'enfuit dehors.

Ah! si j'avais donc tes ailes, O mon cher petit oiseau!

Je sais bien où tu m'appelles; Mais regarde ces barreaux!...

Je crois que mes sœurs absentes T'ont dit là-bas leurs secrets, Et que les airs que tu chantes

Ah! dis-moi de leurs nouvelles, Gris messager de la nuit; Sous l'églantier rose ont-elles, Au printemps, trouvé ton nid?

Ont-elles penché leur tête Et jeté leurs cris joyeux En voyant, tout inquiète.

Ta femelle sur ses œufsr...

Ont-elles épié l'heure Où tes petits sont éclos, Tout près de notre demeure.

Pour jouir de tes sanglots?

Dis-moi si tu les vois toutes Folâtrer, comme jadis.

Dans l'herbe où tu bois les gouttes Qui tombent du paradis.

3io POESIES DIVERSES.

Dis-moi si le sycomore Prend ses feuilles de printemps; Si ma mère y vient encore Garder ses jolis enfants;

Si sa voix qui les appelle A des accents aussi doux; Si la plus petite épelle Le livre sur ses genoux;

Si sa harpe, dans la salle, Fait toujours, à l'unisson, Tinter, comme une cigale, Les vitres de la maison;

Si la source où tu te penches.

Pour boire avant le matin, Dans le bassin des pervenches.

Jette un sanglot argentin;

Si ma mère qui l'écoute, En retenant mal ses pleurs, De ses yeux mêle une goutte A l'eau qui pleut sur ses fleurs

Et si ma sœur la plus chère, En regardant le ruisseau.

Voit rimage de son frère Passer en rêve avec l'eau.

LA ROSE FANEE

||s-TU tombée au vent qui fait plier la tige, O rose qui meurs sur mon sein?

|Du tendre rossignol qui sur les fleurs voltige, Es-tu le nocturne larcin?

Non , d'une robe , au bal , tu tombas de toi-même Sous les pas distraits des danseurs.

Dans une nuit d'ivresse , ô triste et pâle emblème De ces fleurs vivantes , tes sœurs 1

Ils foulèrent aux pieds la fleur venant de naître.

Et la danseuse , avec dédain Se courbant, te jeta pâle par la fenêtre ,

Com.me un vil débris du jardin.

Mais moi , glaneur d'épis brisés près de la gerbe ,

Je te recueillis sur mon cœur.

Pour chercher sous ta feuille, ô fleur morte sur l'herbe,

Une autre ivresse que l'odeur!

Ah! repose à jamais dans ce sein qui t'abrite, Rose qui mourus sous ses pas.

Et compte sur ce cœur combien de fois palpite Un rêve qui ne mourra pas!

LHIRONDELLE

A MADEMOISELLE DE VIXCY

jjouRQuoi me fuir, passagère hirondelle?

Viens reposer ton aile auprès de moi.

jPourquoi me fuir? c'est un cœur qui t'appelle Ne suis-je pas voyageur comme toi?

Dans ce désert le destin nous rassemble : Va, ne crains pas d'y nicher près de moi. Si tu gémis, nous gémirons ensemble :

Ne suis-je pas isolé comme toi ?

Peut-être, hélas! du toit qui t'a vu naître Un sort cruel te chasse ainsi que moi. Viens t'abriter au mur de ma fenêtre : Ne suis-je pas exilé comme toi?

As-tu besoin de laine pour la couche De tes petits, frissonnant près de moi? J'échaufferai leur duvet sous ma bouche : N'ai-je pas vu ma mère comme toi?

Page 1