A M. DEC AISNE APRÈS AVOIR VU SON TABLEAU DE LA CHARITÉ
femme, e'clair vivant dont l'éclat me renversel O vase de splendeur qu'un jourde Dieu transperce! ^Pourquoi nos yeux ravis fondent-ils sous les tiens : Pourquoi mon âme en vain sous ma main comprimée S'élance t-elle à toi comme une aigle enflammée Dont le feu du bûcher a brisé les liens ?
Déjà l'hiver blanchit les sommets de ma vie. Sur la route au tombeau , que mes pieds ont suivie , Ah! j'ai derrière moi bien des nuits et des jours! Un regard de quinze ans, s'il y daignait descendre. Dans mon cœur consumé ne remuerait que cendre , Cendre de passions qui palpitent toujours!
Je devrais détourner mon cœur de leur visage, Me ranger en baissant les yeux sur leur passage , Et regarder de loin ces fronts éblouissants, Comme l'on voit monter de leur urne fermée
LA FEMME. iSg
Les vagues de parfum et de sainte fumée
Dont les enfants de chœur vont respirer Tencens.
Je devrais contempler avec indifférence Ces vierges, du printemps rayonnante espérance. Comme Ton voit passer sans regret et sans pleurs , Au bord d'un fleuve assis, ces vagues fugitives Dont le courant rapide emporte à d'autres rives Des flots où des amants ont effeuillé des fleurs.
Cependant plus la vie au soleil s'évapore, O tilles de TÉden , et plus on vous adore ! L'odeur de nos soupirs vous parfume les vents; Et même quand l'hiver de vos grâces nous sèvre, Non, ce n'est pas de l'air qu'aspire votre lèvre : L'air que vous respirez, c'est Tàme des vivants!
Car l'homme éclos un jour d'un baiser de ta bouche. Cet homme dont ton cœur fut la première couche Se souvient à jamais de son nid réchauffant, Du souffle où de sa vie il puisa l'étincelle , Des étreintes d'amour au creux de ton aisselle , Et du baiser fermant sa paupière d'enfant.
Mais si tout regard d'homme à ton visage aspire , Ce n'est pas seulement parce que ton sourire Embaume sur tes dents l'air qu'il fait palpiter, QuQ sous le noir rideau des paupières baissées On voit l'ombre des cils recueillir des pensées Où notre âme s'envole et voudrait habiter;
Ce n'est pas seulement parce que de ta tête La lumière glissant, sans qu'un angle l'arrête, Sur l'ondulation de tes membres polis,
T'enveloppe d"en haut dans ses rayons de soie Comme une robe d'air et de jour , qui te noie Dans réther lumineux d'un vêtement sans plis;
Ce n'est pas seulement parce que tu déplies Voluptueusement ces bras dont tu nous lies, Chaîne qui d'un seul cœur réunit les deux parts, Que ton cou de ramier sur l'aile se renverse , Et que s'enfle à ton sein cette coupe qui verse Le nectar à la bouche et l'ivresse aux regards :
Mais c'est que le Seigneur, ô belle créature. Fit de toi le foyer des feux de la nature. Que par toi tout amour a son pressentiment, Que toutes voluptés, dont le vrai nom est femme. Traversent ton beau corps ou passent par ton âme, Comme toutes clartés tombent du firmament !
Cette chaleur du ciel, dont ton sein surabonde, A deux rayonnements pour embraser le monde, Selon que son foyer fait ondoyer son feu. Lorsque sur un seul cœur ton âme le condense. L'homme est roi, c'est l'amour! 11 devient providence Quand il s'épand sur tous et rejaillit vers Dieu.
Alors on voit l'enfant, renversé sur ta hanche, Etfeuiller le bouton que ta mamelle penche. Comme un agneau qui joue avec le flot qu'il boit ; L'adolescent, qu'un geste à tes genoux rappelle. Suivre de la pensée au livre qu'il épelle La sagesse enfantine écrite sous ton doigt;
L'orphelin se cacher dans les plis de ta robe , L'indigent savourer le regard qu'il dérobe,