‹ Recueillements poétiquesChapitre 33 sur 126 · DE MADAME LEONTINE DE GENOUDE · texte numérisé non relu

DE MADAME LEONTINE DE GENOUDE

AUVRES petits enfants, qui demandez sans cesse A votre père en deuil ce que c'est que la mort, Et pourquoi vos berceaux s'éveillent sans caresse, Et quand donc finira le sommeil qu'on y dort ;

Taisez-vous, grandissez! Vous n'aurez plus qu'en songe Ces baisers sur le front , ces doigts dans vos cheveux , Ce nid sur deux genoux où votre cou se plonge. Ce cœur contre vos cœurs, et ces yeux dans vos yeux.

L'amour qui vous sevra vous fait la vie amère; Votre lait s'est tari , comme à ce pauvre agneau Q u'un pasteur vigilant sépare de sa mère. Pour lui faire brouter l'herbe avec le troupeau.

Vous n'aurez qu'une vague et lointaine mémoire De tout ce qu'au matin la vie a de plus doux. Et l'amour maternel ne sera qu'une histoire Qii'un père vous dira, seul et pleurant sur vous!

' Cette pièce et les suivantes ont été ajoutées, en 1S49, ^^'^ Rccueilleiuents poétiques.

i5o RECUEILLEMENTS POÉTIQUES.

Q.uand vous voudrez, enfants, retrouver dans votre àme Ces souvenirs scellés sous le marbre étouîTant, Ces sons de voix, ces mots, ces sourires de femme, Où l'àme d'une mère est visible à l'enfant ;

Q.uand vous voudrez rêver du ciel sur cette terre, Que de pleurs sans motif vos yeux déborderont; Quand vous verrez des fils sur le sein de leur mère , Qu'un père entre ses mains vous cachera le front.

Venez sur cette tombe, où l'herbe croît si vite, \'ous asseoir à ses pieds pour prier en son nom , Appeler Léontine, et du ciel qu'elle habite Implorer son regard, dont Dieu fasse un rayon !

De l'éternel séjour, le regard de son âme Est un astre toujours sur ses enfants levé'. Ainsi l'aigle est au ciel ; mais son regard de flamme \'eille encor de si haut le nid qu'elle a couvé.

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