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LES FLEURS

terre, vil monceau de boue Où germent d'épineuses fleurs, Rendons grâce à Dieu, qui secoue

Sur ton sein ses fraîches couleurs!

Sans ces urnes où goutte à goutte Le ciel rend la force à nos pas , Tout serait désert, et la route Au ciel ne s'achèverait pas.

Nous dirions : « A quoi bon poursuivre Ce sentier qui mène au cercueil?

Puisqu'on se lasse en vain à vivre, Mieux vaut s'arrêter sur le seuil. »

Mais pour nous cacher les distances, Sur le chemin de nos douleurs Tu sèmes le sol d'espérances.

Comme on borde un linceul de fleurs!

i86 NOUVELLES MEDITATIONS POÉTIQUES.

Et toi, mon cœur, coeur triste et tendre, Où chantaient de si fraîches voix; Toi qui n'es plus qu'un bloc de cendre Couvert de charbons noirs et froids,

Ah! laisse refleurir encore Ces lueurs d'arrière-saison !

Le soir d'été qui s'évapore Laisse une pourpre à l'horizon.

Oui, meurs en brûlant, ô mon âme, Sur ton bûcher d'illusions, Comme l'astre éteignant sa flamme S'ensevelit dans ses rayons!

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