‹ Recueillements poétiquesChapitre 63 sur 126 · A LAURENCE · texte numérisé non relu

A LAURENCE

Du regard je t'aurais suivie!

O Dieu! qui me rendra ma vie?

Ma part de temps me fut ravie, Puisque je vécus avant toi.

Jour à jour, d'ivresse en ivresse,

Tu m'aurais conduit comme en laisse,

Sans autre chaîne qu'une tresse,

Depuis l'aube jusqu'au trépas;

Sur tout l'univers dispersée.

Et dans mille coupes versée,

Ma vie, immobile pensée.

N'eût été qu'un pas sur tes pas!

Retour perdu vers l'impossible!

Le Temps sous son aile intlexible A passé ma vie à son crible.

Ainsi qu'un rude moissonneur; Un peu de terre amoncelée Dira bientôt dans la vallée :

c( De ses jours la gerbe est foulée.

Et voilà la part du glaneur! »

Ces heures, en cercle enchaînées, Qui dansaient au seuil des années.

Sortent du cœur découronnées, Et leur aspect se rembrunit; La dernière vers moi s'avance, El du doigt me montre en silence La couche où le sommeil commence Sur un oreiller de granit.

i02 NOUVELLES MEDITATIONS POÉTIQUES.

Est-ce l'heure d'ouvrir son âme A ces songes aux traits de femme, Qui brûlent d'un poison de flamme Les yeux d'abord, le cœur après, Quand des jours l'espace et le nombre Se borne au petit cercle d'ombre Que décrit sur un tertre sombre La flèche d'un jeune cyprès:

Mais toi, si tu viens jeune encore.

Au bras de l'époux qui t'adore, Voir une marguerite éclore De ce gazon qui fleurit tard, Dis, en marchant sur ma poussière :

(( Celui qui dort sous cette pierre Conserve au ciel, dans sa paupière.

Un rayon qui fut mon regard! »

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