LE COMTE, MAURICE
LE COMTE, loi prenant la main.
Mon pauvre et cher Maurice I
MAURICE
Mon Dieu I cousin , je ne vous dirai pas que je nage dans la joie, ce serait mentir! Mais je suis homme, et ce qui m*adoucit par-dessus tout cette déception... c'est de voir en de dignes mains ce qui m'échappe. Et croyez bien que j'aime assez mes amis pour les aimer heureux!
LE COMTE
Âh! la fortune est décidément aveugle, car vous valez mieux que moil... et tenez, Maurice, je ne veux pas vous voler votre amitié : je n'en suis plus digne. J'ai accueilli des soupçons sur votre probité! et tout à l'heure, pendant votre entretien avec ce misérable, j'écoutais!...
MAURICE
Ahl eh bien, vous avez failli lui sauver la viel car, moi, j'ai failli l'étrangler!...
LE COMTE
J'écoutais, et je doutais de vous, quand je suis entré... c'est odieux, n'est-ce pas?
MAURICE
Ce n'est pas bien ! mais les meilleures âmes ont leurs défaillances ! Vous me rendrez peut-être quelque jour l'absolution que je vous donne en ce moment de grand cœur, (u lui tend u main. )
LE COMTE
De grand cœur!... Prouvez-le-moi!
MAURICE
Je vous le dis, mon ami!
LE COMTE
Il me faut un plus fort témoignage sans lequel je ne croîs ni à votre pardon, ni à votre amitié.
MAURICE
Mais qu'estrce donc ?
LE COMTE
Acceptez de moi votre part d'héritage!
MAURICE
Non!
LE COMTE, loi prenant 1a m&in.
Maurice, je vous en supplie...
MAURICE
Mon ami, un seul mot : sur votre honneur, ce que vous me demandez , le feriçZ-VOUS ? { Le comte baisse la t«te sans' répondre. ) Eh bien I
c'est jugé! Mais vous allez voir que je ne suis pas fier... Vous pouvez m'obligerl
LE COMTE
 la bonne heure !
MAURICE
J'ai terminé mes études; Prague est un séjour maussade, j'aime les arts, le théâtre; enGn, je désire habiter Vienne... D'ailleurs, cela me rapprochera de vous... Seulement mes ressources... bref, obtenez-moi quelque emploi dans un ministère, à la chancellerie, par.exemple, je serai ravi I
Mon pauvre ami, rien de plus facile ; seulement, c'est trop peu... cela ne compte pas... Voyons, que pourrais-je donc faire pour contenter mon amitié et pour vous être sérieusement agréable?
MAURICE, souriant.
Eh bien!...
LE COMTE
Quoi donc?...
MAURICE
Embrassez-moi ! ( Us s'ombrassent. )