SCÈNE III
MATTÉUS, MADELEINE.
MADELEINE, sur le seuil.
Le docteur Wolfram Mattéus?
MATTÉUS, d'un ton galant.
Il est sous VOS yeux, charmante dame... C'est le vieillard en robe de chambre feuille morte qui vous parle.
MADELELNE le regarde et éclate de rire. ^
Pardon, monsieur, je ne sais ce^qui me prend... C'est nerveux, je crois...
MATTÉUS, fermant la porte.
Riez, riez, mon enfant... Je sais que mon aspect est un peu sin-
3i RÉDEMPTION.
gulier... D'ailleurs votre rire est doux comme une cascade en
juillet. ( U prend l'eiMbean tout en parlant et le porte pris de son fanteidl.j
Pourquoi suis-je pauvre , fillette ? Je vous le solderais en perles fines... Asseyez -vous au moins sur cet escabeau, le seul que^a nécessi^té ne m*ait pas réduit à brûler.
MADELEINE, elle i*aMied.
J'accepte, généreux vieillard... docteur. On m'a dit que vous disiez la bonne aventure, et que vous .vendiez du poison?
MATTÉUS, a'assejant.
Pardon, ma gracieuse, on vous a* trompée. La loi ne me permet point cela, et "j'ai toujours respecté la loi avec scrupule... Je donne des conseils, et je vends des produits chimiques.
MADELEINE
SoitI Eh bien! conseillez-moi d'abord, nous verrons ensuite... Vous avez vécu de longs jours, docteur, et vous devez être un sage!
HATTÉUS.
J'en ai la prétention, mon enfant.
MADELEINE
Me connaissez-vous ?
• MATTÉUS.
Si je vous connais, mignonne?... Jeunesse, benuté et talent... joie des yeux et tourment des cœurs!... Oui, Madeleine, je te connais I
MADELEINE
Eh bien! puisque vous me connaissez, vous savez quelle fête est ma vie I Croiriez-vous que je ne suis pas heureuse ?
MATTÉUS.
Bah! vraiment?
MADELEINE
Non... Depuis quelque temps... au fond de tous les plaisirs, de tous les succès, je ne trouve que lassitude morne et dégoût profond... Le passé me pèse, le présent m'ennuie... l'avenir...
T'épouvante... Bon!... n'achève pas... Je connais ton mal! Du sein de ta gloire, tu jettes un regard d'envie sur le pot-au-feu des