‹ Rédemption: comédie en cinq actes et un prologue (volume 2)Chapitre 46 sur 61 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Monsieur... j'ai failli attendre!

MAURICE

Eh bieni soit... Mon noble parent ne vous a dit que la vérité, suivant sa coutume. Seulement, il aurait pu ajouter, car il a vu souvent cette enfant chez moi, qu'el.e était vraiment digne de l'intérêt extraordinaire qu'elle m'avait inspiré, (l* petite Bertba s'éTouie

peu à peu et écoute. )

LE COMTE

Ça, c'est exact! Une petite fille charmante... un peîi pâle... de grands yeux noirs... un petit front tragique... l'air distingué et intelHgenl... très-gentille, ça!

MAURICE

Enfin, j'avais pris mon rôle paternel très au sérieux. Une vieille gouvernante que j'ai me secondait dans ma tâche, qui du reste m'était fort douce. L'intelligence ardente de cette enfant me charmait et m'effrayait presque; son caractère était une énigme attachante... Je ne sais quel mélange de fierté farouche et de tendressd voilée... inexplicable à cet âge!... Elle semblait comprendre ce que je faisais pour elle... et cependant jamais un mot de remercîment... Seulement, quand elle se retirait pour reprendre s6s jeux après quelque leçon que je lui avais donnée, elle attachait sur moi un regard si profond, si sérieux... que j'en demeurais tout attendri... pauvre enfant!

d'estival.

Tâchez de profiter, Rosette!

ERLOFF.

J'aime ces détails simples!

SHEFFIED.

Bibliques !

MAURICE, se lire.

Messieurs I

MADELEINE

Ne faites pas attention, Maurice... Ces messieurs sont dans les vignes de Sicile!... Continuez! (ManriceM nieitJ.)

MAURICE

Je passai ainsi près de cette clière créature deux années auxquelles je ne puis comparer aucune espèce de bonheur dans ma pensée... pas même celui qui attend llun de vous, messieurs, dans un instant I

LES HOMMES, protestant.

Ohl...

MADELEINE

Silence donc t

MAURICE, hésitant.

Mademoiselle, je vous serais vraiment obligé de me dispenser...

MADELEINE, areo tendresse.

Je vous en prie...

MAURICE la regrarde.

Soit! [La petite Bertha, debout près du fauteuil, écoute areo une attention croissante.) Il y a dix-huit mois, la santé de Marguerite s'altéra : elle ne souffrait pas, disait-elle... cependant elle s'affcublissait, et ses yeux grandissaient tous les jours... Enfin, on me conseilla... je la conduisis à Aix-la-Chapelle... Là, nous trouvâmes un jeune médecin de talent qui la prit tout de suite en affection... On ne pouvait la voir sansTaimer, cette enfantl... Le voyage l'avait fatiguée : à peine arrivée, elle fut prise d'une fièvre terrible... jour et nuit à son chevet, j'avais de cruelles pensées... Cependant le médecin me rassurait... il espérait une crise salutaire vers le dixième jour... et, en effet, quand ce jour arriva, elle était si bien qu'elle put se lever, elle se sentait ressuscitée, disait-elle... Le soir, le médecin, m'aida à la porter sur le balcon de l'hôtel... Je n'oublierai jamais cette soirée... il n'y en eut jamais de plus douce, de plus riantq... De ce balcon, je vois encore tout cela... on apercevait des coteaux, des vignes où le soleil jetait ses derniers rayons... des jeunes gens chantaient au loin... elle les écoutait, et murmurait même... je me sou- ^viens, les airs qu'ils chantaient... Moi, j'écoutais aussi... Après tant d'heures désespérées, cette scène si paisible me plongeait dans une langueur divine... je tenais sa main... je pleurais sans penser... j'étais au ciel!... Tout h coup le jeune médecin qui était à mes côtés tressaillit et posa doucement sa main sur mon épaule! je le regardai; il était livide... je regardai Marguerite... elle sou-

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