‹ Rédemption: comédie en cinq actes et un prologueChapitre 17 sur 127 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ce que c'est que la Madeleine du Théâtre-Impérial, mon père? Elle est née sous un joyeux rayon de soleil qui n'a plus quitté son front I Sa vie est une fête qui n'a pas de lendemains... Les fleurs poussent le matin sous ses pieds et peuvent sur sa tête le soir. C'est une créature aimée de la fortune, applaudie, adorée, heureuse de vivre, qui promène à travers le monde ébloui sa gaieté sans trêve et son insouciance éternelle! Voilà comme je m'ennuie, mon pèrel

LE PRIEUR

Vous me jugerez opiniâtre, mademoiselle, mais j'en suis pour ce que j'ai dit. Vous vous ennuyez (areo force), et mortellemeall

MADELEINE, se rasseyant brusquement et d'une voix sombre.

Eh bien! c'est vrai I avec tout cela, je m'ennuie, et mortellement, c'est le mot! Et voilà pourquoi je me suis mise en marche ce soir brusquement pour aller do rivage en rivage, je ne savais où... ici d'abord, consulter les sages et les saints. sur le mal étrange quia fondu sur moi tout à coup et qui me dévore au milieu de mes triomphes et de ma splendeur!

LE PRIEUR, areo graTité.

Ce mal est le bien suprême, ma fille, et son nom, c'est l'âme.

UADELEIN^, amèrement.

L'âme!... je ne connais pas cela, mon père... Je n'y crois pas!

LE PRIEUR

Non... vous n'y croyez pas... Et cependant cette vie brillante que vous me décriviez tout à l'heure, Madeleine, quelles joies refuse-t-elle à vos sons ou à votre esprit? S'il n'y a rien de plus en vous, pourquoi souffrez-vous? Cette voix dont le gémissement vous ^trouble au milieu de votre ivresse, d'où vient-elle, dites-le-moi?

MADELEINE

Mon père... (elle se lire.)

LE PRIEUR, selerani.

Ah! c'est qu'il y a; ma fille, je l'ai éprouvé, il y a dans la vie de tous ceux qui ont égaré leur jeunesse, une heure inévitable, solennelle, où le principe divin qu'ils ont pu endormir, mais non étouffer, se réveille et leur parle! Il prononce à leur oreille avec un attrait irrésistible des mots inconnus : devoir, piété, sacrifice...

C'est l'heure où les libertins et les courtisanes, éloignés soudain par un morne dégoût de tout ce qui leur fut cher, rôdent furtivement autour de la vertu, n^osant l'approcher et voulant la connaître. C'est l'heure, ma fille, où les reines de beauté ôtant leurs diamants avec pudeur, et se couvrant de leurs robes les plus simples, s'échappent de leurs palais pour venir à pied, dans la neige, faire visite aux pauvres !

MADELEINE

Ahl mon père, ne me poussez pas! car si je croyais à. cela, si je croyais à Dieu, ce serait donc pour le maudire, ce Dieu qui m'aurait jetée, seule, sans guide, avant l'àge de raison, dans une vie irréparable, ne me laissant, le jour pu cette' vie me ferait hor~ reur, d'autre ressource que le désespoir!

LE PRIEUR

Ma fille, ceux que les vices du monde ont placés hors ùb la loi commune, croyez que Téternelle bonté ne les abandonne pas 1 Elle leur réserve plus d'un moyen de consolation, de salut, et celui qu'elle vous garde est peut-être le plus doux et le plus puissant de tous...

MADELEINE

De quoi parlez -vouSj^ mon père?

LE PR'iEUR.

Mon enfant, ces vertus, ces joies, ces douleurs même dont vous êtes altérée, un seul sentiment peut vous les donner toutes, si jamais il jaillit pour vous d'une source pure.

MADELEINE

Mon père, je ne sais si je vous comprends, mais jamais tendresse humaine n'est entrée ni n'entrera dans ce sein de marbre.

LE PRIEUR

Le marbre ne reçoit qu'une empreinte, mais éternelle.

MADELEINE

Mon père, il n'est pas de souffle humain qui puisse éveiller une étincelle dans cet amas de cendres que j'ai à la place du cœur.

LE PRIEUR

La foudre enflamme jusqu'aux cendres, Madeleine, et vous serez frappée de la foudre... Allez en paix, mon enfant.

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