‹ Réduction des Luxations à l’Anesthésie Locale: (Solution de Cocaïne à 1/300 Adrénalinée)Chapitre 18 sur 19 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION Î (LASSERRE, in-Journal de Médecine de Bordeaux)

Luxation externe du coude

R. C.., 13 ans +}, est amené à l’hôpital des enfants le 23 mai 1922 vers 22 heures. Cet enfant est tombé des barres parallèles vers 21 heures, pendant une séance de gymnastique. La chute s’est produite sur la paume de la main et on a aussitôt remarqué une énorme déformation du coude droit. À l’entrée, l’avant-bras est en extension à peu près complète sur le bras, la main est en supination. En dedans fait saillie la plus grande partie de l'extrémité inférieure de l’humérus dont on perçoit les reliefs osseux. Le radius et le cubitus ont conservé entre eux leurs rapports normaux et sont perceptibles en dehors. Le diamètre transversal du coude est très élargi. Il y a des mouvements de latéralité très étendus. Battements normaux de l’artère radiale. Pas de signe de compression nerveuse. Il s’agit cliniquement d’une luxation. externe du coude. La radioscopie immédiatement pratiquée, confirma le diagnostic clinique. Elle nous montre, répondant au, condyle, la cavité sigmoïde du cubitus. La tête radiale s’est portée en dehors et déborde notablement l’épicondyle. La luxation se complète d’un arrachement de l’épitrochlée. Nous pratiquons alors une infiltration de solution à la cocaïne à 1/300° adrénalinée. (XX gouttes de solution à 1/1000°). Une injection intra-articulaire et deux injections péri-articulaires ont rapidement raison de la contracture et des phénomènes douloureux. 15 ce. ont été injectés. La

réduction est immédiatement opérée sans la moindre douleur et.

MRC ApUE

comporte les deux temps classiques : translation latérale puis traction sur l’avant-bras en extension supination. Cetté manœuvre entraîne la réduction.

Les suites ont été simples et l’enfant présente un retour «ad

integrum des mouvements articulaires.

OBSERVATION IL (MASSÉ-COSTEDOAT) Luxation du coude en dehors

Il s’agit d’un garçon de 13 ans 4, qui vient des Landes, envoyé d'urgence à l’hôpital des enfants pour une luxation du coude droit. Le 25 mai 1922, à 17 heures, l'enfant tombe de 1 m. 30 sur le coude droit. Il se relève le membre supérieur en extension, la flexion étant devenue impossible. Le médecin, appelé, tente de réduire, mais ne peut y parvenir malgré des tentatives réitérées que le malade déclare extrêmement douloureuses.

Le médecin envoie l’enfant à Bordeaux, où nous le voyons le 26 mai 1922, à 3 heures de l’après-midi. C’est un enfant très développé pour son âge, à la musculature déjà forte. Il maintient son bras malade avec le bras sain, car il a voyagé sans appareil.

Il souffre beaucoup et ne se laisse examiner qu’avec répugnance.

A l’inspection, l’avant-bras est très légèrement fléchi en supination sur le bras, l’axe anti-brachial passe en dedans de l’axe bra-

chial, le coude paraît élargi.

. L’épicondyle fait saillie en dehors.

L’avant-bras paraît moins long que du côté sain. A la palpation on sent la saillie de l’épiphyse humérale sous les téguments. On sent en dedans et en arrière l’extrémité supérieure du cubitus qui a perdu ses rapports avec l’humérus. Le radius n’est pas perceptible. =

Les mouvements actifs sont impossibles et très douloureux, les mouvements passifs douloureux montrent que l'extension peut: être exagérée, la flexion est très limitée, des mouvements de latéralité sont possibles. On ne note aucun trouble de compression vasculaire ni nerveuse.

Cliniquement on porte le diagnostic de luxation du coude en

dedans. Ce diagnostic est vérifié à l’écran. Le malade reste étendu

sur la table de radioscopie et on injecte à l’aide de la seringue de Pauchet 20 ce. de solution à 1/300° de cocaïne dans le sérum de Hayem, plus XV gouttes d’adrénaline Clin (solution à 1/1000°).

Trois injections sont faites : une au niveau de l'épitrochlée, une seconde au niveau de l’épicondyle, la troisième en arrière et au niveau du bec de l’olécrâne; l'aiguille ayant chaque fois pénétré dans l'articulation. A ce moment l'enfant déclare qu'il ne souffre plus et les muscles, tout à l’heure contracturés, n’opposent plus aucune résistance; aussi est-ce avec la plus grande facilité que nous réduisons en tirant l’avant-bras en bas et en dehors, puis flexions progressive et propulsion d’arrière en avant de l’olécrâne, l’aide faisant la contre-extension sur le bras.

La vérification de la réduction fut faite immédiatement à la radioscopie et le malade fut placé dans une gouttière, l’avant-bras fléchi sur le bras.

Toutes ces manœuvres ont été faites sans aucune douleur pour le patient. &

On le fit coucher le reste du jour et alimenter. Le lendemain, une radiographie montra que la luxation était parfaitement réduite mais qu’il y avait en plus une fracture de l’épithrochlée.

L'enfant fut renvoyé chez lui le 27 mai. Revu depuis, il a

recouvré tous ses mouvements et se sert de son bras parfaitement.

OBSERVATION III (MASsÉ-LABUCHELLE, in-Journal de médecine

de Bordeaux) ;

Luxation de l'épaule

D. J.., 48 ans, plombier, envoyé le 21 juillet 1922 à l'hôpital

Saint-André pour une luxation de l’épaule droite.

Le malade raconte que l’après-midi,-alors qu’il était monté sur une échelle, il glissa et tomba sur l'épaule droite; il ressentit à . ce moment une douleur violente et quand il se releva, il s’aperçut qu'il ne pouvait remuer l’épaule. Il va voir son médecin qui diagnostique un luxation postérieure. Il essaie de réduire sans y

parvenir, malgré plusieurs tentatives.

Le blessé est alors dirigé sur l'hôpital où nous le voyons à 11

heures du soir, le 22 juillet 1922. Il s’agit d’un homme à la muscu-

lature très développée, qui n’a jamais été malade et il n'y à à retenir de ses antécédents personnels qu’un accident datant de deux ans, ayant causé une fracture du bassin, une luxation de la hanche droite et une luxation de l'épaule droite. Il a le souvenir d’avoir beaucoup souffert lorsqu'on a réduit cette précédente luxation et il ajoute qu’il n’a pas fallu moins de quatre aides

pour en venir à bout.

: À l'inspection, on voit que la saillie antérieure du moignon de l'épaule a disparu, le bras est en rotation interne, le coude en dehors et un peu en avant. En arrière, au-dessous de l’acromion, il y a une saillie anormale très appréciable à la palpation et qui roule sous le doigt quand on imprime des mouvements de rotation au membre: supérieur. Toute exploration est rendue très difficile par suite de la douleur violente qu’on détermine quand on examine la région. On ne note pas de plaies au niveau des téguments; pas de compression des vaisseaux ni de lésion des

nerfs; en particulier, pas d’anesthésie sur le trajet du circonflexe.

Bien entendu, nous n’avons pu vérifier notre diagnostic, à l’aide de la radiographie, pas plus d’ailleurs que nous n’avons pu réduire sous l’écran, les services d’urgence ne bénéficiant pas de cette aide pourtant précieuse. L’articulation fut badigeonnée à la teinture d’iode, le malade couché sur la table d’opération, et Von injecta à l’aide d’une seringue de Luer de 10 ce. et d’aiguilles d’acier longues et flexibles, une solution de cocaïne à 1/300° avec quelques gouttes d’adrénaline. On injecta 10 cc. en avant en passant immédiatement au-dessous de l’extrémité externe de la clavicule. 10 cc. furent poussés dans l’articulation en prenant comme point de repère le bord externe de l’acromion. Enfin 10 ce. fureu: encore injectés en arrière et toujours l'aiguille pénétra dans l’articulation én passant au ras de l’acromion.

À ce moment on a pu examiner à loisir l’épaule, car toute contracture et toute douleur ont disparu. 2e side embrasse le corps pour faire la contre-extension, tandis qu’on tire oblique-

ment le bras, en avant et en dehors.

La première manœuvre échoue maïs la seconde fois l’abduction

ayant été un peu plus accentuée, la tête repoussée d’arrière en

LA avant se réduit très facilement.

Le malade déclare n’avoir rien senti, et il est bon juge puisqu’il a déjà subi une réduction pour une luxation analogue réduite sans anesthésie. è

On lui met une écharpe de Mayor et une radiographie faite deux jours après montre que la luxation est bien réduite. Le malade fut massé et mobilisé très légèrement le cinquième jour, et au bout de quinze jours il a à peu près récupéré tous les mou-.

vements de son articulation.

OBSERVATION IV (GALLÉ et MASsSÉ, Journal de médecine

de Bordeaux) Luxation phalango-phalangienne X.., 35 ans, marin, glisse et-en tombant place son médius droit entre deux barres de fer. Il se relève et constate qu’il ne peut plus plier son médius. Il se présente dix-sept heures après à l’hôpital Saint-André, le 8 août 1922, avec une luxation phalango-phalan- -gienne du médius droit. On essaie de réduire, maïs la douleur est telle qu’on n’y parvient pas. Injection intra-articulaire de 1 cc. 4 de cocaïne, solution à 1/300°. Après trois minutes d’attente, sans

la moindre difficulté, réduction de la luxation. Le malade, surpris

de n'avoir pas souffert nous demande, quand il nous voit nous :

éloigner : « Eh bien, c’est trop difficile, vous n’y parvenez pas ? »

= OBSERVATION V (JEANNENEY et LABUCHELLE) (Journal de médecine de Bordeaux)

MM. Jeanneney et Labuchelle présentent un sujet de 32 ans, très musclé, atteint d’une luxation du coude en arrière et en dedans par accident de voiture. Le blessé est envoyé par un confrère qui devant la contracture et la douleur n’a pas réduit la luxation et a envoyé l’accidenté à l'hôpital pour y être endormi. On pratique contre l'extrémité inférieure de l’humérus au niveau de la zone conoïde du condyle et de la dépression épitrochléo-olécrinienne une injection de 10 cc. d’allocaïne Lumière. 1 ce. est injecté autour du nerf radial dans la gouttière bicipitale externe. Au bout de 10 minutes la réduction est tentée et obtenue sans incident

ni douleur.

SES Deux heutes après, le blessé était transporté chez lui. 48 heures

après le blessé est en excellent état local: quelques ecchymoses;

tous les mouvements sont possibles.

L’anesthésie locale s’est montrée ici efficace cont-e la douleur et la contracture. La simplicité de son administration, son inoccuité en font l’anesthésique de choix pour ce genre d'intervention

d'urgence. (Journal de médecine de Bordeaux, 10 mars 1920.)

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