LA CHANSON DES COLONS
Comme un rideau se lève au théâtre enfiévré, S'est levé le jour. Haut, et puissamment ouvré. Ouvré par Dieu lui-même, un cap, sortant des ombres, Paraît fenner les eaux. Le fleuve, en stances so,. res,' Exhale au pied du roc, impassible témoin, Son étemel regret de n'aller pas plus loin.
Alors le ciel envend une clameur de joie. La corvette frémit; et la flamme de soie Frissonne allègrement au faîte du grand mât. On évoque la France; on pleure; le cœur bat;
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La voix des matelots s'adoucit et caresse ; Aux baisers du soleU l'onde s'endort d'ivresse, Et les oiseaux, ravis, planent au finnament.
Bientôt un chant nMf monte du bâtiment Et, tour à tour, les fronts rembrunis par le hâle. Vers le ciel où s'en va le couplet simple et mâle. Se dressent radieux. En disant sa chanson. Le colon voit mûrir la future moisson.
«Passe comme un coursier sur le flot qui te berce, Fier vaisseau! Vents, soufflez! U terre où nous allons Est vierge. Mais, demain, la charrue et la herse Feront germer nos blés dans ses riches vallons. Pour tromper l'ennui, la souffrance.
Tout gatment alors nous dirons:
— C'est encor du pain de la France Qu'à l'automne nous mangerons.»
J'entends le cri des bois où l'Indien se cache. Le sifflement des arcs, la plairte du désert. Nous aUons au travaU. Il faut que notre hache Ajoute une voix sainte au profane concert.
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Et conune cela nous soulage Et nous fait aimer nos travaux. De penser & ceux du village Qui ne bûchent que des fagots!
De nos calmes labeurs que l'Indien se moque, S'ill'osel... Dès demain nous serons des guerriers. Tes colons n'aiment pas, France, qu'on les provoque. Et .leur calleuse main sait cueillir des laurier.,.
Prendre le fusil, la faucille,
Triste couplet et gai refrain;
Mais qu'on laboure ou qu'on fusille.
Il faut y mettre de l'entrain.
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Nous sommes des semeurs... à d'autres la javelle I Nous bâtissons des nids que l'amour peuplera. Nos descendants auront une France ncavelle, Qttand le lis de chez nous, hélas! s'effeuillera! Si jamais un décret suprême, France, nous séparait de toi, Crois-le, nous garderions quand même Ton parler doux, ta vive foi !