LES BRAVES DE
Les braves de I 760
ô vous qui sous vos pieds foulez une poussière
Teinte du noble sang des preux, Reportez, un moment, vos regards en arrière;
Songez à ces temps moins heureux
Où la guerre troublait nos paisibles campagnes; <
Où nos mères pleuraient leur sort; i
Où, des rives du fleuve au pied de nos montagnes, Retentissait un cri de mort!
Alors, grâces au ciel, mille héros surgirent
Pour sauver nos biens et nos droits.
Le combat fut pour eiix une fête. Ils vainquirent,
Mais ce fut la dernière fois.
Sanglant, humilié, le drapeau de la France
Dût repasser les vastes mers.
Le Canadien pleura sa dernière espérance,
Et ses regrets furent amers.
Mais il ne faiblit pas dans sa longue infortune;
Devant son maître il reste grand ; C'était l'arbuste fier que l'orage importune,
Et qui se courbe en murmurant.
Ah! souvent il a vu, dans un radieux rêve
Qui ranimait son cœur brisé, S'avancer, tout semblable au soleil qui se lève,
Le drapeau blanc fleurdelisé !
Or, voici que le vent du midi, sur son aile.
Nous apporte d'étranges sons:
D'un triomphe sacré c'est la voix solennelle,
Après la clameur des canons.
Et des bruits merveilleux de combats, de conquête,
Font tressaillir, dans leur cercueil, Les mânes des guerriers qu'un brillant jour de fête^
Rappelle au monde avec orgueil.
Ô France, après longtemps, sous le ciel d'Amérique
On revoit tes fiers étendards !
Devant tes escadrons, du superbe Mexique
Croulent soudain les hauts remparts !
1 La bénédiction du monument des braves, près de Québec.