‹ Réflexions d'un solitaire (volume 3)Chapitre 30 sur 89 · Force d'amour-propre · texte numérisé non relu

Force d'amour-propre

Ainsi protégé, ne peut-il oblitérer ses foiblesses? Hors une peut-être. La force du germe antérieur à sa naissance fixe la durée de sa vie, elle lui donne la santé et le rend propre, sinon à toutes choses, du moins à quelques-unes dans lesquelles il peut exceller (1).

La force vitale provient (outre la puissance germinale et antérieure à son être) de l'équilibre organique et de la qualité des humeurs. Dans cet état, il ne peut faillir que par corruption morale, qui entraine à celle physique. La force des nerfs provient encore du germe, et surtout de l'absence des chagrins qui aigrissent les humeurs. Les maux de nerfs sont presqu'inconnus où la morale est pure, à moins que le défaut d'exercice ne les force à y suppléer par une agitation naturelle. Si la vie n'est pas entièrement dans le système nerveux, il en est le siège capital. Le bonheur dilate et délecte les nerfs; le chagrin les comprime ; les excès les affectent; l'amour les vivifie : ils sont là à leur apogée, un point de plus que ce plaisir majeur seroit une mort assurée. La musique les force à se régulariser, si leur rythme est inexact. 11 n'est, je le dis encore, qu'une seule et unique harmonie dans l'univers, et celle produite par les sons a quelque prééminence sur toutes les harmonies qui ne sont

(1) En parlant ici des forces auxiliaires de l 'lion mie, nous n'ignorons pas que li ;eriw antérieur à notre existence esl souvent défectueux, et est la cause première «.le no

physiques et moraux. C'est ce qu'o ne maladies héréditaires, même incurables, que,

cependant, un régime suivi et uni Il peuvent encore pallier, s'ils ne les

détrui ent i ;olument. (G.)

qu'une, mais appliquées .'i toutes 1rs réunions d'objets phyi i |ues analogues entre eux, e1 de conséquences morali M i |ue et mathématiques me semblent une même chose (i), quoique l'une soit active et L'autre passive relativement aux sensations qu'elles produisent. L'irrégularité des nerfs jette la confusion dans les idées recluses dans les libres du cerveau. Rien de plus extravagant que les fantômes créés par les nerfs en désordre \u contraire, quand ils sont en harmonie et tendus en justes proportions, l'individu est d'aplomb, les facultés sont nettes, et il en jouit pleinement et avec satisfaction. La force morale provient de l'éducation, et surtout de l'exemple. Les mauvais exemples sont l'écueil des meilleures éducations. La force de l'amour-propre est aussi forte chez nous que toutes les autres forces réunies, ("est l'amour-propre qui fait courir le guerrier à une chance presque mortelle. L'es-, lui qui tue les jolies femmes françoises en exposanl leurs membres débiles à la froide température du climat et a variations subites et

continuelles; c'est encore lui qui fait les athées et les prêtres superstitieux et intolérans. L'homme ose s adresser à Dieu, lui désignant des choses impossibles comme : « Il nous a créés sans nous, mais sans nous il ne peut nous sauver. » C'est l'amourpropre, c'est lui qui charge de ridicule l'inepte qui veut être savant, malgré Minerve. C'est lui qui me fait écrire sur tant de sujets par pur instinct... Mais c'est aussi lui, c'est l'amour-propre qui est le vrai générateur de tous les biens et de toutes les bonnes actions de ce monde. C'est une arme à feu dont il faut se servir avec prudence. Plus souvent décisif en mal qu'en bien, il faut l'observer, le contenir sans cesse, parce que sans cesse il tend à sortir de sa sphère. L'homme n'est au-dessus de la bête que par son amour-propre; c'est celui-ci qui le provoque, le tente, l'élève jusqu'aux conceptions les plus sublimes, jusqu'à la connoissance de son dieu Créateur, dont il mérite récompense s'il le glorifie dans ce monde en maintenant la dignité de sa créature favorite.

(i) L'idée ii était pas nouvelle. Les théoriciens du moyen-âge l'exprimaient déjà en ces

termes : Musica est disciplina juae de numeris loquitur, qui inveniuntur in sitonis. L'assimi-

le la musique aux mathématiques est d'ailleurs juste en ce sens que les intervalles

musicaux correspondent à autant de divisions du monocorde exprimables en chiffres proportionnels.

La force de la femme, nous l'avons dit cent fois, est dans le sentiment de l'amour. C'est là où elle est forte, et c'est là où est toute la foiblesse de l'homme. Il falloit, dans les sexes, que ces deux points fussent en opposition, l'équilibre entre eux n'eût rien produit qu'un calme pernicieux ; le mouvement et l'agitation sont de l'essence d'amour. L'amour est une guerre, et la paix lui est funeste. L'homme possède la force physique, en général ; mais en amour, la force physique et morale est le domaine de la femme. Il en doit être ainsi, ou la femme eût été notre victime. L'homme vagabond eût convoité le sexe tout entier, qui lui eût à peine suffi ; et dans cette multiplicité de rapprochemens forcés, les conséquences eussent été au dépérissement de l'espèce. Et si en amour les deux sexes eussent été d'égale force, il en fût résulté le statu quo, ou combat à outrance, également funeste La femme maîtresse de son choix, ou ne cédant que par séduction, qui suppose le mérite du séducteur, se décide par instinct, s J'aime cet homme » veut dire : « Il est propre au vœu de la nature respectivement à moi. » Aussi préfère-t-elle la jeunesse de l'homme, par vœu de nature. Elle aime en lui la grâce, la vivacité, l'intelligence, l'esprit, la force et le courage, bien plus que la sainte et froide sagesse : par vœu de nature. L'homme froid lui est indifférent, si ce n'est plus. Tu ne sais pas aimer, lui dit-elle, pourquoi voudrois-tu l'être ? (i)

Laissons donc faire la nature auprès de laquelle nous ne sommes qu'apprentis. Mais, femme, ne vous fiez pas trop à la nature corrompue des sociétés; elle boite : et si l'expérience, la sagesse et quelquefois la vertu ne lui servent de béquilles, sa monstrueuse allure, moitié nature, moitié préjugés, le tout enveloppé d'un amour-propre excessif, ne donne que peu de satisfaction, toujours menacée du précipice. Au reste, voyez le charmant résultat de nos mœurs factices, et jugez vous-même.

Puisque, dans ce chapitre, nous avons nombre les défauts de l'homme, n'omettons pas le pire de tous les vices : c'est

(1) Nous avons maint exemple île femmes violées qui oui donné au monde d'excellent! sujets, et ceci paroît contredire ce que nous venons d'avancer Nous répondrons, d ibord qu'on n'est pre que jamais sur si le viol est complet. Nou dirom ensuite que dans la

violence il y a délire, ardeur, mouvement, qui, je croi . dam ce il pn

à l'impassible immobilité de l'âme. (G.)

l'habitude du mensonge. C'esl dans ce sens que Platon condamnoit les arts d'imitation, qu'il exiloil de sa république ; il croyoil que l'habitude de la fiction et de l'imitation, soil poétique, musicale, pittoresque ou autre, induisoil au mensonge M République elle-même n'est-elle pas une véritable supposition 1 () divin Platon ! tu exagères trop le vrai, pour nous taire aimer la vérité. Qu'on me trompe donc, pourvu qu'on me rende heureux, et que ce ne soit au dépens de personne (1).

(i) Je me serois étendu or le vice le plus immoral, le plus monstrueux, sur

l'hubituJe du mensonge, si je " ré trois volun lans mon h

Vérité. (G.)

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