‹ Réflexions d'un solitaire (volume 4)Chapitre 57 sur 98 · IO · texte numérisé non relu

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positif à l'existence de l'être : c'est l'homme m partibus. Mais la gélatine est l'homme commencé; il n'a plus qu'à suivre sa formation naturelle. Cependant, tel germe, tel homme, à moins qu'on ne le dégrade par des excès ultérieurs (i). Si l'homme songeoit au bonheur ou au malheur de sa race, il regarderoit l'acte de sa reproduction comme le plus solennel de sa vie.

Le foetus est le germe et la gélatine consolidés ; le coeur bat, le mouvement est donné, la mort seule peut l'arrêter. Qu'est-ce donc que la vie ? Le mouvement. Qu'est-ce donc que la mort? La cessation totale du mouvement. Où est le mouvement? Dans les esprits qui s'élèvent ; dans les solides qui pèsent et s'abaissent; dans les liquides qui s'insinuent. Où est le rapprochement ou l'éloignement des substances entre elles ? Dans leur affinité ou leur hétérogénéité physique. Qui a fait tout cela? Celui seul qui pouvoit le faire.

La naissance à terme est le fruit mûr qui se sépare de l'arbre. Si l'on hâte ou si l'on retarde sa maturité par des excès, il s'en détache avec effort; alors, nous accusons la nature de cruauté, tandis que le mal que nous éprouvons est notre ouvrage. Il semble d'ailleurs que la nature montre partout une compensation opposée entre ses actes : après le plaisir, la peine suit; après la peine, suit le plaisir; et puisque rien n'est durable dans les deux mondes physique et moral, il en doit être ainsi : continuité de peines, continuité de' plaisirs, n'est pas une marche naturelle. J'ai souvent dit aux femmes grosses qui redoutent l'accouchement de ne pas croire être délivrées à chaque douleur qu'elles ressentent pendant le travail; il en faut autant qu'on a commis d'irrégularités ou d'excès antérieurs, leur disois-je : c'est fa. peine du talion.

La stérilité est un mystère pour nous, elle peut provenir des deux germes des époux, ou des organes génitaux qui ne sont point en rapports convenables. Tel homme et telle femme qui ont eu beaucoup d'enfans n'en ont aucun étant mariés. Tels époux restent dix ans sans postérité, après quoi elle paroît belle et forte ; l'âge des époux a changé leur tempérament ; ils n'étoient pas en rapports utiles, mais perfectibles ; ils y sont maintenant.

(i) Je ne pense pas qu'on puisse réparer de même les vices d'organisation provenant du germe de ses générateurs. (G.)

Dans toutes les choses de première nécessité, la nature produit au-delà du besoin; elle compte sur les accidens. Si chaque désir, chaque acte d'amour étoit productif, le globe seroit trop petit; si tous les enfans devenoient pères, la peste et la guerre régneroient de continuité sur la terre. Avant de finir ce paragraphe, disons que ce n'est pas assez d'arriver à terme, il faut des enfans bien constitués et disposés avantageusement du côté de l'esprit. Quant à la bonne constitution, c'est le rapport entre père et mère qui en décide ; quant à l'esprit vif et pénétrant, quelque bon Allemand nous révélera quelque jour cet important secret. Passons à l'enfance.

L'enfance est l'âge du bonheur : c'est le court passage sur la terre où l'homme vit de concert avec les anges. Excepté la vertu proprement dite (car, à cet âge, on ne sait faire aucun sacrifice), excepté la vertu, l'enfance est douée de toutes qualités aimables, puisque c'est l'âge de la vérité. L'innocence qui supplie arrache notre assentiment : tous ses désirs sont subreptices. Pour peu qu'ils soient raisonnables, notre cœur se dilate en accordant à l'enfance ce qu'elle demande avec tant de grâce et d'ingénuité ; elle ordonne en suppliant ; deux baisers que nous prenons sur deux joues de roses suffisent pour notre dédommagement.

La puberté et l'adolescence sont presque confondus chez l'enfant qui appartient aux peuples instruits. Aujourd'hui que les méthodes d instruction sont perfecfionnées, et se perfectionnent chaque jour, le pubère surveille, surpasse souvent en raison l'adolescent déjà dominé par ses passions. Je ne sais si Rousseau, dans son exil, a bien distingué ces deux âges, mais il me semble que c'est dans celui de la puberté qu'il faut donner à l'éhfant l'initiative des sciences ou arts auxquels on le destine, sous peine d'être un jour un homme des bois, et non un citadin. Poussé d'une sève printanière, il peut tout dans cette prémice sentimentale; il faut profiter des avantages de cet âge d'autant qu'il passe rapidement et qu'à chaque instant l'enfant pubère peut devenir adolescent. Je me rappelle cet instant magique, sublime et presque surnaturel, puisqu'alors l'esprit l'emporte sur la matière peu volumineuse; je me rappelle que, n'osant répondre à l'affection des jolies femmes (qui à cet âge font des caresses trop

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