‹ Réflexions d'un solitaire (volume 4)Chapitre 59 sur 98 · EFFETS DE LA FOUDRE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA FOUDRE

Il est évident que les substances élémentaires sont les mêmes dans l'atmosphère que sur la terre et dans le centre de la terre, avec cette différence que le soleil ne pompe que l'essence ou l'esprit de toutes choses appartenant aux trois règnes, animal, végétal et minéral. Il est donc également évident que la foudre, telle ou quelle qu'elle soit, a des rapports physiques avec tout ce qui est sur la terre et dans ses entrailles. Après cet énoncé, on ne peut être étonné des effets divers du tonnerre, qui foudroyé une chose en laissant l'autre intacte. Le feu et Tesprit de toutes choses, lancés par l'explosion, s'attachent à leurs analogues, comme la mère est attachée à son enfant parce qu'il est de même nature qu'elle et qu'il fut engendré par elle.

Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.

On m'a dit, et je l'ai cru, qu'une commode à trois tiroirs avoit été dernièrement incendiée ainsi qu'il suit : que le tiroir d'en-bas et celui d'en-haut. remplis d'effets appartenant au maître de la maison, avoient été réduits en poudre, tandis que les effets contenus dans le tiroir du milieu et appartenant à la femme, n'avoient été nullement endommagés. 11 est aisé de

concevoir que les hardes du mari, la plupart sans doute portées par lui, étoient en rapport avec la foudre actuelle, et que celles de la femme ne l'étoient point.

On dit que la chaîne électrique est interrompue, si un castrat se trouve mêlé parmi les êtres entiers cette expérience devroit être constatée ou rejetée depuis longtemps.

L'électricité doit être en grand rapport avec les essences séminales. Je demandois un jour à une paysanne, ma voisine de campagne, comment il se faisoit que son chien étoit attaqué par tous ceux de son espèce, mâles et femelles. « Je n'en sais rien, me dit-elle, mais il est coupé. » D'autres prétendent que les femelles seules attaquent les châtrés de leur espèce : expérience à faire. Nos femmes en Italie ne sont pas autant que les bêtes subjuguées par la nature; elles se sacrifient volontiers à la longue espérance de terminer leur bonheur.

Tout ce qui est fortement électrisé attire la foudre, qui est toute électrique. L'autre jour, en retournant chez moi à l'Hermitage pendant que le tonnerre grondoit, je trouvai sur mon chemin un couple d'amans réfugiés sous un arbre; le jeune homme et la jeune fille se tenoient embrassés, et brûloient, sans doute, du même feu que celui de la foudre. Je réfléchis un instant sur leur position, et je leur conseillai de se séparer jusqu'à ce qu'il ne tonnât plus; car le tonnerre, ajoutai-je, n'aime pas les amoureux, ou peut-être il les aime trop. « Vous risquez de perdre la vie si vous restez ensemble. » L'arbre sous lequel ils étoient est, comme on sait, un puissant conducteur; eux brûlaient d'amour, car je les connoissois... Je les crus en danger plus que moi, plus que d'autres; ils se séparèrent à mon invitation. Rentré chez moi, je racontai cette historiette, à laquelle quelqu'un répondit que mes amoureux ne s'aimoient pas infiniment, puisqu'ils s'étoient séparés.

Les moeurs des amans sont en péril dans un temps d'orage, le feu de la foudre et celui dont ils brûlent sont trois feux qui ne cherchent qu'à se réunir : Didon et le pieux Enée ne résistèrent point à ce puissant magnétisme. Pope, dans ses lettres à M™'= de Montagne (i), dit aussi que deux amans furent foudroyés

(i) Mary Pierrepont, lady Wortley Montague, fut célèbre par son esprit autant que par sa beauté. Pope la chanta en verset en prose, puis l'attaqua vivement pour la punir d'avoir

sous un hêtre, reposant ou, pour mieux dire, soupirant dans les bras l'un et l'autre, sur une meule de foin ; il leur fit élever un tombeau et composa leur épitaphe. Toujours et à tout âge, on s'intéresse, ou l'on envie peut-être le sort des amans. C'est le temps des orages physiques et moraux, mais c'est celui où la vie est à son apogée : amour, c'est vie ; indifférence, c'est mort.

Finissons par une scène assez plaisante qui eut lieu chez moi à la suite d'un coup de tonnerre. Ma maison de campagne étoit alors à Auteuil, rue des Garennes, aujourd'hui rue Molière. Le tonnerre écrase et brûle un abricotier dans mon jardin ; une dame, qui étoit avec nous dans le salon, se croyant foudroyée, court dans l'escalier et de chambre en chambre, en criant de toute sa force à tous ceux qui vouloient la suivre pour la rassurer : « Je suis morte, ne me touchez pas, je tomberois en poussière ! »

répondu à une déclaration d'amour par un éclat de rire. Ses Lettres, écrites à ses amis d'Angleterre pendant un séjour qu'elle fit en Turquie, sont charmantes ; Pope, qui n'était pas encore brouillé avec elle, lui adressa plusieurs lettres aussi. Le tout a été publié à Londres et traduit en français par Anson (i8o5).

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