SUR LE PRÉJUGÉ, FAUX OU VERITABLE, ATTACHÉ AUX DIVERS ÉTATS DE L'HOMME
Il est un préjugé attaché à chaque état et à chaque fonction d'état. Est-il juste, est-il injuste, est-il ce que dit le mot préjugé : juger par anticipation? Nous allons chercher à éclaircir nos idées à ce sujet, en laissant au lecteur le droit, qu'on ne peut lui' contester, de juger, d'après ses propres sensations, et même d'après ses préjugés, du degré d'estime ou de mésestime qu'il accorde ou conçoit naturellement en observant l'homme dans ses diverses fonctions.
Pousse-culs, huissiers d'explois. Ils ressemblent aux chiens qui dévorent souvent l'honnête homme pour défendre le scélérat. Nous n'aimons ou ne supportons que ceux qui exercent envers nous une profession auxiliaire, et nous détestons les vils agens d'une police néanmoins nécessaire. L'espèce d'horreur qu'on ressent pour ces êtres portant le nom d'homme, provient des tourmens qu'ils font ressentir chaque jour à l'humanité, déjà souffrante avant leurs explois. D'ailleurs, la manière, doucement perfide, qu'ils employent en égorgeant le pauvre monde, est peut-être ce qu'il y a de plus révoltant dans leur état. Le voleur
des grands chemins s'annonce pour ce qu'il est, ou se défend contre ses attaques ; mais point de défense contre un traître qui vous assassine après avoir soufflé l'assignation. « Vos espoirs, vos pousse-culs, sont de la canaille», disoit quelqu'un au lieutenant de police. » — « Donnez-moi, répondit-il, d'honnêtes gens qui veulent faire ces sortes de métiers, je les enrôle sur le
champ. »
On répugne et l'on fuit les miasmes putrides dont le vidangeur est couvert. On craint que le boucher ne contracte l'habitude de verser le sang sans répugnance ( 1).
Quant au bourreau, il est isolé de toutes classes ; je le plains, si son père l'a forcé d'être ce qu'il est.
La plus grande preuve qu'on puisse donner que la reproduction de soi-même est le vœu suprême de la nature, c'est que, malgré sa misérable condition sur la terre sociale, l'homme veut absolument reproduire; et que, partout, l'état de fille publique est permis ou toléré. C'est l'émétique du pléthore ou le quinquina de la fièvre d'amour. L'hypocrisie, dit-on, est un hommage que !e vice rend à la vertu. Je n'ai jamais aimé cette phrase, que certaines gens croyent sublime (2). C'est comme si l'on disoit que la puanteur rend hommage à la rose. La tolérance envers les courtisanes est aussi un hommage qu'on est forcé de rendre à la nature enchaînée par les lotx ; mais, telle que Prothée, elle prend toute sorte de formes pour échapper à ses liens : c'est ce qui forme l'immense code de Cythère.
Partout où l'homme habite, dans les déserts comme dans la ville, sa voix formidable se fait entendre. Quand l'amour éprouve une résistance nuisible, les prêtresses de Vénus sont le contre-poison de ce mal; s'il est trop scandaleux, elles sont en horreur à la société. Quel dommage ! dit-on, quand on voit une belle Phryné... Dommage, quoi ? Qu'elle ne soit pas à toi seul ?
(1) A une noce bourgeoise, j'ai entendu un fils demander, avec importance, à son père boucher : « Que tuerai-je demain, mon papa? » Et le père, après avoir séri. ment réfléchi, de répondre : « Deux moutons, mon cher enfant. » (G.)
(2) « L'hypocrisie est du moins un hommage que le vice rend à la venu, en s'honorant même de ses apparences. » 'Massillon.)
Homme volage et inconstant par nature, tu dédaignes, tu passes condamnation sur tout ce que tu possèdes uniquement dans ce genre; ton épouse, que tu négliges, a toutes les vertus opposées aux vices de cette vile courtisane que tu désires ; répudie la vertu, épouse le vice, et demain tu formeras d'autres souhaits ; connois l'amour, conçois, si tu le peux, cet être à la fois physique et métaphysique, qui vit d'espérance, meurt dans la réalité et qui est le désespoir de l'imagination détrompée.
Quel dédale, quelle contradiction il y a dans le préjugé qui enveloppe la beauté profanée ! On n'ose ni la voir, ni la saluer au grand jour, et l'on court l'adorer dans l'obscurité. On lui prodigue sa fortune, sa vie, et en même temps on rougit de la connoître. Quand on lit la critique de Juvénal contre les femmes sans mœurs, on voit qu'il les connoissoit trop pour n'avoir pas été leur esclave, et peut-être leur dupe.
La satire de Boileau sur le même sujet n'est qu'une imitation de celle de Juvénal appliquée à nos mœurs. Boileau, dit-on, ne pouvoit être dupe des femmes, puisqu'il l'étoit de la nature; mais, à coup sûr, il lui restoit intérieurement la virilité substantielle, le nerf, et la perfection de ses écrits décèle la vigueur virile.
Le fils, la mère et son amant : l'Amour, Vénus et Mars, sont les trois divinités qui accommodent mal le corps des pauvres mortels; tous les estropiés qu'on rencontre et auxquels il manque à qui le nez, un œil, un bras ou une jambe, sont les apôtres vétérans de ces aimables dieux de l'Olympe ; et s'ils guérissoient, et même sans guérir, ils sont capables de recommencer de nouveau à exposer le membre correspondant à celui qu'ils ont perdu. Je disois à un de mes amis de s'arrêter, parce qu'il n'étoit plus jeune ; sa réponse fut, que le remède étoit pis que le mal. Oh ! la sotte chose que nous ! Va donc, homme, te pavaner sur la place et à la Cour avec tes habits d'or; tâche de nous faire accroire que souffrir et mourir n'est rien, pourvu que tu sois admiré, et que tu fasses des dupes de tes admirateurs. Dissimule tes foiblesses, étale tes hauts-faits; mais n'oublie pas que la boîte à tabac que tu portes dans ta poche suffit pour contenir, un jour, la cendre de ton corps, que tu oses nommer individu.
Voltaire invitoit tous ceux et celles qui possédoient les talens de la scène à monter sur le théâtre. L'austère Rousseau eût préféré la moins honorable des conditions à l'état de comédien. L'un prenoit le monde tel qu'il est, et sa voit en jouir; l'autre eût voulu le réformer à sa manière, et il se chagrinoit de l'inutilité de ses efforts. Depuis les Grecs jusques à nous, Diogène et Rousseau sont les deux lyriques qui nous ont le plus frappés. A Athènes, Jean-Jacques eût été Diogène ; à Paris, il n'ose l'être qu'à moitié; la différence des mœurs de ces deux peuples le retint. Nous sommes dissimulés et forcés de l'être; nous n'avons qu'un quart de caractère du véritable homme, qu'en toute chose les Grecs possédoient tout entier.
Voltaire jouoit chez lui la comédie au sein de la plus brillante société, tandis que Rousseau épuisoit le feu de sa lanterne à chercher l'homme de Diogène. Hommes moroses, ce phénix, le cherchez-vous de bonne foi? N'est-ce pas la bile qui vous travaille? Ne seriez- vous pas déjoués dans le ciel, où la perfection de toutes choses ne vous laisseroit plus de motif à vous courroucer? Dans la question qui nous occupe, quel parti
prendre entre deux philosophes si opposés de sentiment?
Celui de Voltaire, qui veut qu'on se voue au talent que la nature inspire fortement, parce que ce n'est qu'à ce prix que nous sommes quelque chose de réel.
Que d'avantages physiques et moraux il faut pour être un Garrick (1), un Lekain (2), un Préville (3), un Mole (4) ! Les
(1) Sur Garrick, voyez plus haut, p. 3g.
(2) Henri-Louis Cain, dit Lekain, tragédien français (1729-1778). Il se voua particulièrement aux productions de Voltaire, qui avait encouragé ses débuts. Sa camarade, Mc,le Clairon, qui lui donna souvent la réplique à la Comédie-Française, a dit de lui : «Simple artisan, n'ayant qu'une figure déplaisante et sale, une taille mal prise, un organe sourd, un tempérament foible, Lekain s'élance de l'atelier au théâtre, et, sans autre guide que le génie, sans autre secours que l'art, se montre le plus grand acteur, le plus beau, le plus imposant, le plus intéressant des hommes... Son bon temps est ce qu'on n'a jamais vu de plus approchant de la perfection. »
(3) Préville, voyez deuxième vol., ch. XXV, (tome II, p. 57 et note).
(4) François-René Mole, comédien français (1734-1802). Grétry écrit «Molet», suivant une orthographe parfois adoptée. Avec Lekain et Préville, il fut une des plus grandes illustrations de la scène dramatique française. Il excellait dans les rôles de fatuité légère et spirituelle et de verve joyeuse, non moins que dans les rôles tendres ou pathétiques. Son talent, loin de s'affaiblir, ne fit que se développer avec l'âge. « Il a soixante-cinq ans, disait de lui MeUe Contât, et il n'existe pas un jeune homme qui se jette si bien aux genoux d'une femme. »
François ne croiront pas ce que je vais dire : mais que de choses de plus encore il faut pour être à la fois excellent chanteur et acteur ! On est acteur parlant en six mois, il faut six ans d'étude pour bien chanter; alors, on ne juge l'acteur chantant que comme musicien, ce talent efface l'autre : tel est l'empire de la musique, partout oublie paroît, elle domine, et partout où elle est sans effet, elle est profanée, prostituée ; on croit en France qu'il est plus difficile de bien parler que de bien chanter; singulière erreur que les Italiens sentent mieux que nous, et dont la France, plus généralement musicienne, appellera comme d'abus, si les chefs-d'œuvre en musique se multiplient autant que ceux qui n'exigent que la parole. O qu'alors le fredonneux de notes non écrites sera conspué, s'il substitue ses inepties au chant naturel de la chose ! Je ne verrai pas ce temps heureux ; mais, du fond de mon cabinet, je siffle d'avance le téméraire, comme on siffleroit aujourd'hui celui qui substitueroit ses ignorantes expressions à celles de Racine et de Voltaire.
C'est une classe honnête, autant qu'elle est utile, que celle qui travaille aux arts mécaniques, depuis le diamant, l'or et l'argent, jusqu'à l'argile du potier; la fortune dont elle est favorisée et l'opinion que nous avons de ces hommes tiennent au prix de la matière qu'ils employent, à leur goût et à leur dextérité.
Les marchands en détail sont gens utiles, et qui seroient plus estimés, si le mensonge ne sortoit de leur bouche à chaque parcelle des denrées qu'ils nous vendent. En général, l'aspect du menteur, utile, divertissant, ou imposant par son pouvoir, porte avec lui des traces invincibles de suspicion qui gênent la conscience de l'honnête homme. C'est peut-être ce qui afflige, parmi le peuple, l'état du comédien; c'est parce qu'il change chaque jour de de rôle et d'habit, selon l'homme qu'il représente. Je me rappelle que jadis nous offrîmes, Marmontel et moi, le rôle de Cliton, dans Y Ami de la maison, à Caillot, qui le refusa, en . disant qu'il ne voudroit pas être effectivement cet homme-là dans
le monde ( 1). Quand on a cette délicatesse, on pourroit dire qu'il faut renoncer au métier, car il n'est pas de pièce de théâtre où il n'y ait quelque rôle fort éloigné du moral de l'acteur qui le joue.
Quel bel état que celui de négociant ! On peut y faire fortune et rester honnête homme. Le commerce est une grande et utile chaîne qui lie les peuples entre eux. Le probe négociant, au milieu de ses magasins, ressemble au bon père qui protège sa nombreuse famille. — Il ne donne rien pour rien, dira-t-on. — Il donne à tous, dirons-nous, en employant un nombre infini d'individus qu'il fait subsister.
Le poète est bien le plus aimable libertin d'imagination qui soit, en nous amusant et nous consolant par de douces ou terribles fictions. Excepté le satirique ad hominem, qui est, comme on l'a dit, « un mauvais coquin qui crache des épingles », on ne voit pas le poète sans ressentir je ne sais quoi de reconnoissant pour le plaisir qu'il donne. C'est souvent un menteur, mais qui convient du mensonge délectable qu'il apporte au soulagement de la triste réalité qui de toute part nous oppresse.
Les artistes sont de bons enfans qui existent au sein de la nature, qu'ils étudient avec ravissement. Réunis entre eux, ils s'aiment, s'estiment, s'apprécient : ils savent que chaque art a diverses parties, que l'un plus que l'autre artiste possède": ils ne sont désunis que par le public qui, dans son ignorance, accorde souvent à l'un d'eux d'injustes prérogatives. Sans les beaux-arts, point de charme dans la société : ils sont le refuge du riche oisif,
(1) Joseph Caillot, acteur et chanteur de la Comédie-Italienne (1732-1816), créa de la façon la plus brillante Lucile (rôle de Biaise), le Huron et Silvain. Grétry, dans ses Essais, à propos de ces trois ouvrages, a parlé avec enthousiasme de cet artiste remarquable, dont il orthographiait le nom « Cailleau ». Il n'a rien dit alors de l'incident qu'il raconte ici ; mais Marmontel, parlant, dans ses Mémoires, de Y Ami de la maison, confirme en tous points le récit de son collaborateur. En refusant le rôle principal, Caillot répondit aux auteurs : « Si je jouois Y Ami de la maison comme vous l'entendez et comme je le sens, aucune mère ne voudrait plus me laisser auprès de sa fille. » A quoi Marmontel répliqua : « Et Tartufe, ne le joueriez-vous pas? » — « Tartufe, répondit Caillot, n'est pas si près de nous. »
qui sans cette ressource se livreroit aux passions viles de l'avarice, du jeu et du libertinage. Si l'on doit aimer l'instrument du plaisir et du bonheur, on doit chérir l'artiste ; on doit lui sourire comme à l'aimable innocence. L'étranger aux beaux-arts est l'être matériel au suprême degré.
L'homme de lettres, en général, est plus vain que l'artiste, parce qu'il s'occupe continuellement de la manière de faire et de présenter les choses, plus que de la chose même; et tel est l'homme; moins il est fondé en principes, plus il a de prétentions. Si Dieu lui-même nous gouvernoit sur la terre, il n'auroit pas besoin du faste des rois ; sa puissance seroit telle que nul ne pourroit en douter. Mais parlons de l'homme, et ne prétendons pas pénétrer les secrets du grand Inconnu, qui tel veut être. Excepté le vrai philosophe, les gens de lettres, en général, et surtout réunis en académie, ont tous la prétention d'être beaux parleurs. Ils sont plus occupés de l'envie de briller par la forme de leurs discours que par celle d'éclaircir la question qu'ils traitent. Si, chez l'artiste, chacun veut être primus in ter pares, chez l'homme de lettres c'est inter omnes, et plaise au ciel qu'ils s'en contentent. J'ai toujours dit et pensé qu'il est deux sortes de littérateurs : bon, aimable, sans prétention, si son talent est naturel ; orgueilleux, vaniteux, d'un amour-propre inabordable, si chez lui le talent est acquis par un travail obstiné. Nous sommes tous suffisamment fournis d'amour-propre, mais celui de l'homme de lettres de la seconde classe est le plus insultant, le plus insupportable qu'il y ait parmi l'espèce bipède. On ne pourroit comparer une république de pareilles gens qu'à l'oiseau de Junon et à l'essaim volatile dont les Jésuites ont gratifié nos basses-cours (1).
Le savant des sciences exactes, habitué à la recherche du vrai et à la précision, peut être sévère dans tout ce qui concerne sa science; mais ses autres goûts sont doux et
(i) 11 s'agit du dindon, que les Jésuites sont réputés avoir introduit d'Amérique en Europe.
accessoires à sa passion dominante. Ceux qui n'honorent pas un tel homme sont bannis du sanctuaire où réside l'auguste vérité.
Le magistrat, pour qu'il inspire le respect qu'exige son ministère, doit être juste et impassible comme la loi, mais toujours plus indulgent qu'elle, chaque fois qu'il le peut sans injustice. Si, par ses mœurs et l'exercice de sa charge, il n'inspire confiance et respect au peuple, la crainte les remplace; on le salue par terreur, ou l'on se détourne pour ne pas le saluer.
Rien de plus grand que les grands qui le sont, en effet, par leurs vertus et leurs bienfaits. Oh ! que la noblesse est belle dans cet appareil ! Mais le noble et le grand sans effet comme sans vertus font tache dans l'écusson de leur illustre famille.
Le souverain est l'atlas moral qui porte tout le fardeau de la société; pour bien vivre, il ne doit vivre que pour les autres, et les honneurs qu'on lui rend ne compensent point les peines qu'il se donne. S'il est digne de la place qu'il occupe, sa plus grande prérogative est de disposer, pour le salut de l'Etat, de la fortune et de la vie des citoyens; mais la plus belle de toutes, c'est d'absoudre le coupable que la loi condamne quand il juge le crime grâciable, et le criminel susceptible d'amendement. Il commande la paix et la guerre sous sa responsabilité. Quand même la guerre est injuste, le guerrier valeureux n'inspire d'autre sentiment que celui de la reconnoissance publique ; aux armées, dans les combats, il obéit à la loi ; il frappe l'ennemi qui vouloit le frapper.
Les prêtres furent les précepteurs du genre humain. Jusqu'à nos jours, ils conservèrent les sciences, les arts, l'agriculture, et perfectionnèrent les vins. Mais ils étoient hommes, ils abusèrent, et de leurs abus naquit la philosophie qui s'interposa
entre le prêtre et le peuple. Alors, les sciences fleurirent hors des cloîtres et se propagèrent : mieux on connut la terre et l'homme, moins on interrogea les cieux et ses interprètes.
N'est-il donc point de fonction humaine qui inspire un sentiment pur et sans nuage ? Il est inutile de le dire : la vertu, dans tous les états, la vertu seule, bien connue et reconnue, a cette prérogative auguste. Elle seule établit une confiance plénière entre l'homme et l'homme, que nul autre caractère humain ne peut inspirer. Près de l'homme vertueux, c'est-àdire, celui qui sait se vaincre (ô vertu, tu n'es donc que la résistance au mal !), près de lui, dis-je, votre femme, votre fille, votre fortune, votre réputation sont en sûreté ; est-il étonnant qu'il fasse sourire l'âme de ceux qui l'approchent? Mais que ce titre glorieux est rare et difficile à mériter, et plus difficile à soutenir dans toute sa vigueur ! Il est toujours, hélas ! un endroit foible dans l'homme, comme dans la machine la mieux organisée, et ce point de foiblesse a sa source commune dans le penchant irrésistible qui entraîne un sexe vers l'autre. Là, s'ébranle la vertu la plus pure; là, l'insigne probité ose quelquefois calculer avec le vice. Qui te donnera, ô homme ! assez de force pour braver le péril dont tu es sans cesse menacé? Tel que le nautonnier qui échappe à Charybde, n'iras-tu pas te précipiter dans Scylla? Sauras-tu toujours résister à cette charmante partie de la création, dont la puissance émane de ses regards, de ses traits, de ses gestes, de ses douces paroles, et de tout son être? S'il n'est pas consenti par la loi, heureux qui résiste à ce charme surhumain... malheureux qui le brave toujours sans péril !