‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 112 sur 205 · I. Il faut les j lus vives et le plus proeham · texte numérisé non relu

I. Il faut les j lus vives et le plus proeham

Si les faiblesses de l'amour sont pardonnables, c'est principalement aux femmes, qui régnent par lui

CCCXCVH.

Notre intempérance loue les plaisirs.

CCGXGVIII.

La constance est la chimère de l'amour.

CCGXCIX.

Des hommes simples et vertueux mêlent de la délicatesse et de la probité jusque dans leurs plaisirs.

CGCG.

Ceux qui ne sont plus en état de plaire aux femmes s-'en corrigent.

Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme.

L'utilité de la vertu est si manifeste, que les méchants la pratiquent par intérêt.

GGGCIII.

Rien n'est si utile que la réputation, et rien te donne la réputation si sûrement que le mérite.

GGGGIV,

: La gloire est la preuve de la vertu.

GGGGV.

La trop grande économie fait plus de dupes que la profusion.

GCCGVI.

La profusion avilit ceux qu'elle n'illustre pas.

CCCGVII.

Si un homme obéré et sans enfants se fait quelques rentes viagères, et jouit par cette conduite des commodités de la vie, nous disons que c'est un fou qui a mangé son bien.

GCGGVIII.

Les sots admirent qu'un homme de talent ne soit pas une bête sur ses intérêts.

GCGGIX.

La libéralité et l'amour des lettres ne ruinent personne; mais les esclaves de la fortune trouvent toujours la vertu trop achetée.

GCCGX.

On fait bon marché d'une médaille, lorsqu'on n'est pas curieux d'antiquités : ainsi ceux qui n'ont pas de sentiments pour le mérite, ne tiennent presque pas de compte des plus grands talents.

GGCGXI.

Le grand avantage des talents paraît en ce que la fortune sans mérite est presque inutile.

CGCCXII.

On tente d'ordinaire sa fortune * par des talents qu'on n'a pas.

CCCCXIII.

Il vaut mieux déroger à sa qualité qu'à son génie. Ce serait être fou de conserver un état médiocre au prix d'une grande fortune et de la gloire.

CGCGXIV.

Il n'y a pas de vice qui ne soit nuisible, dénué d'esprit 2.

CGGGXV.

J'ai cherché s'il n'y avait point de moyen de faire sa fortune sans mérite, et je n'en ai trouvé aucun.

GGCCXVI.

Moins on veut mériter sa fortune, plus il faut se donner de peine pour la faire.

^. On tente d'ordinaire sa fortune. Il faut dire tenter fortune on tenter de faire sa fortune. M.

2. Il n'y a pas de vice qui ne soit nuisible, dénué d'esprit. Ce n'est pat le vice qui est dénué d'esprit, niais celui qui l'a et à qui il est nuisible. Cette tournure parait vicieuse. Vauvenargues a dit ailleurs que le vice ne pouvait jamais paraître utile à un esprit bien organisé. S.

CCCCXVII.

Les beaux esprits ont une place dans la bonne compagnie, mais la dernière.

CCCGXVIII.

Les sots usent des gens d'esprit comme les petits hommes portent de grands talons.

Il y a des hommes dont il vaut mieux se taire que de les louer selon leur mérite \

CGGGXX.

Il ne faut pas tenter de contenter les envieux.

L'avarice ne s'assouvit pas par les richesses, ni l'intempérance par la volupté, ni la paresse par l'oisiveté, ni l'ambition par la fortune; mais si la vertu même et si la gloire ne nous rendent heureux, ce que l'on appelle bonheur vaut-il nos regrets 2 ?

1 . Il y a des hommes dont il vaut mieux se taire que de les louer selon leur mérite. C'est-à-dire, je crois, qu'il y a des gens dont le mérite est dan» an genre si frivole et si misérable, que les louer selon leur mérite serait les rendre ridicules. S.

2. On trouva dans le cabinet d'Abdérame, AbdalrahmanouAbdourahman III, calife de Cordone, après sa mort, arrivée le 17 octobre 961 de l'ère chrétienne, suivant l'Art de vérifier les dates, un écrit de sa main ainsi conçu :

« J'ai régné plus de cinquante ans, et le règne à été paisible ou vicfo- « rieux ; j'étais chéri de mes sujets, redouté de mes ennemis, et respecté par • mes alliés. La richesse et les honneurs, la puissance et le plaisir accouraient

CCCCXXÏI.

Il y a plus de faiblesse que de raison à être humilié de ce qui nous manque, et c'est la source de toute faiblesse.

CCCCXXIII.

Le mépris de notre nature est une erreur de notre raison.

CCCCXXIV.

Un peu de café après le repas fait qu'on s'estime. ïl ne faut aussi quelquefois qu'une petite plaisanterie pour abattre une grande présomption.

On oblige les jeunes gens à user de leurs biens comme s'il était sûr qu'ils dussent vieillir.

CCCCXXVI.

A mesure que l'âge multiplie les besoins de la nature, il réserve ceux de l'imagination T.

CCCCXXVII.

Tout le monde empiète sur un malade, prêtres, mé-

i à ma voix ; et il semble que rien n'a dû manquer à mon bonheur. Dan» « cette situation, heureuse en apparence, j'ai compté avec soin les journéet « de véritable bonheur qui ont été mon partage : elle se montent à quatorze.., • Mortel, qui que tu sois, ne compte pas sur le bonheur de ce monde. • (Note de M. de Fortia.)

1 . Il réserve ceux de l'imagination. Réserve n'est pas, je crois, le mol propre. Il faut diminue. S.

decins, domestiques, étrangers, amis; et il n'y a pas jusqu'à sa garde qui ne se croie en droit de le gouverner.

CCCCXXVIII.

Quand on devient vieux, il faut se parer.

GGGCXXIX.

L'avarice annonce le déclin de l'âge et la fuite précipitée des plaisirs.

CCCGXXX.

L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions.

GCGGXXXI.

Personne ne peut mieux prétendre aux grandes places que ceux qui en ont les talents.

CCCGXXXII.

Les plus grands ministres ont été ceux que la fortune avait placés plus loin du ministère.

CGGGXXXIII.

La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.

GGGGXXXIV.

La timidité dans l'exécution fait échouer les entreprises téméraires.

ccccxxxv.

Le plus grand de tous les projets est celui de prendre un parti.

CCCCXXXVI.

On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu.

GGCGXXXVIL

L'intérêt et la paresse anéantissent les promesses quelquefois sincères de la vanité.

CCCCXXXVIII.

Il ne faut pas trop craindre d'être dupe.

GCCGXXXIX.

La patience obtient quelquefois des hommes ce qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'accorder. L'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses.

GCCGXL.

Les dons intéressés sont importuns.

CCCGXLI.

S'il était possible de donner sans perdre, il se trouverait encore des hommes inaccessibles.

CGGGXLII.

L'impie eniurci dit à Dieu : Pourquoi as-tu fait des

misérables1?

I. C'est demacder à Dieu pourquoi il a fait des hommes; car s'il y avait

CCCCXLIII.

Les avai es ne se piquent pas ordinairement de beaucoup de choses.

GCGCXLIV.

La folie de ceux qui vont à leurs fins est de se croire habiles.

CCGGXLV.

La raillerie est l'épreuve de l' amour-propre.

CCCGXLVI.

La gaieté est la mère des saillies.

CGGGXLVII.

Les sentences sont les saillies des philosophes*

CGGGXLVIII.

Les hommes pesants sont opiniâtres.

CCGGXLIX.

Nos idées sont plus imparfaites que la lang ie.

La langue et l'esprit ont leurs bornes. La vérité est inépuisable.

seulement deux êtres parfaitement heureux, il y aurait deux dieux, ce qui impliquerait contradiction. Puisqu'il existe des êtres qui ne sont pas des i U doit exii^r des malheureux. [Note de M. de Fortia.)

CCGGLI.

La nature a donné aux hommes des talents divers. Les uns naissent pour inventer, et les autres pour embellir; mais le doreur attire plus de regards que l'architecte.

CCCGLII.

Un peu de bon sens ferait évanouir beaucoup d'es« prit.

GCGGLIII.

Le caractère du faux esprit est de ne paraître qu'aux dépens de la raison.

On est d'autant moins raisonnable sans justesse, qu'on a plus d'esprit l.

CGGGLV.

L'esprit a besoin d'être occupé; et c'est une raison de parler beaucoup, que de penser peu.

CCCGLVI.

Quand on ne sait pas s'entretenir et s'amuser soimême, on veut entretenir et amuser les autres.

CCCCLVII.

Vous trouverez fort peu de paresseux que l'oisiveté

1. C'est-à-dire que, lorsqu'on n'a point de jugement, plus on a d'esprit cl {tins on déraisonne.

n'incommode; et si vous entrez dans un café, vous verrez qu'on y joue aux dames.

CCCCLVIII.

Les paresseux ont toujours envie de faire quelque* chose.

La raison ne doit pas régler, mais suppléer la vertu.

CCCGLX.

Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée, quand nous sommes forcés de la quitter.

CCGCLXI.

Socrate savait moins que Bayle 1 : il y a peu de sciences utiles.

CCCCLXII.

Aidons-nous des mauvais motifs pour nous fortifier dans les bons desseins.

1. L'auteur veut dire que Socrate était plus sage, et Bayle plus savant. La ▼ie de ces deux hommes a été si difléienle, qu'elle ne peut guère être mise en opposition, et il fallait un fait plus évident pour prouver qu'il y a peu de sciences utiles. Sans doute celui qui n'est que savant, et qui reste enfermé dans son cabinet, sans instruire ses semblables par un ouvrage utile, ne vaut pas l'homme vertueux qui a lu peu de livres, mais qui a consacré sa vie à faire du bien à ses semblables. Si cette vérité est celle que l'auteur a voulu prouver par cette maxime, elle n'avait besoin que d'être énoncée, mais il semble que Vauvenargues avai' une sorte d'animosité contre Bayle. (Note du Forlia.) 1

424 VADVENARGUES.

CGGGLXIII.

Les conseils faciles à pratiquer sont les plus utiles.

CGCGLXIV.

Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs d'agir qu'ils ignorent.

CGCGLXV.

C'est être injuste d'exiger des autres qu'ils fassent pour nous ce qu'ils ne veulent pas faire pour euxmêmes.

GCCGLXVI.

Nous nous défions de la conduite des meilleurs esprits, et nous ne nous défions pas de nos conseils.

CCGGLXVII.

L'âge peut-il donner le droit de gouverner la raison?

CGGCLXVIII.

Nous croyons avoir droit de rendre un homme heureux à ses dépens, et nous ne voulons pas qu'il l'ait lui-même.

CGCGLXIX.

Si un homme est souvent malade, et qu'ayant mangé une cerise il soit enrhumé le lendemain, on ne manque ©as de lui dire, pour le console^, que c'est sa faute

GGGGLXX

Il y a plus de sévérité que de justice.

CCCCLXXI.

La libéralité de l'indigent est nommée prodigalité.

CCCGLXXII.

Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs K

CCCGLXXIII.

On n'est pas toujours si injuste envers ses ennemis qu'envers ses proches.

CCCCLXXIV.

On peut penser assez de mal d'un homme et être tout à fait de ses amis; car nous ne sommes pas si délicats que nous ne puissions aimer que la perfection, et il y a bien des vices qui nous plaisent, même dans autrui.

CCGCLXXV.

La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié.

CGGGLXXVI.

En amitié, en mariage, en amour, en tel autre commerce que ce soit, nous voulons gagner; et comme le commerce des amis, des amants, des parents, des frères, etc., est plus étendu que tout autre, il ne faut

i. Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs. Les fautes qui n'en seraient pas est incorrect. Il faut les fautes qui ne seraient pas des fautes. M.

pas être surpris d'y trouver plus d'ingratitude et d'injustice,

CCCCLXXVII.

La haine n'est pas moins volage que l'amitié.

CCCCLXXVIII.

La pitié est moins tendre que l'amour.

CGGGLXXIX.

Les choses que l'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.

CCCCLXXX.

Au défaut des choses extraordinaires, nous aimons qu'on nous propose à croire celles qui en ont l'air.

CGGGLXXXI.

L'esprit développe les simplicités du sentiment, pour s'en attribuer l'honneur.

CGGGLXXXII.

On tourne une pensée comme un habit, pour s'en

servir plusieurs fois.

CCGGLXXXIII.

Nous sommes flattés qu'on nous propose comme un mystère ce que nous avons pensé naturellement.

CGGCLXXXIV.

€e qui fait qu'on goûte médiocrement les philoso-

phes, est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons.

CGCGLXXXV.

La paresse et la crainte de se compromettre ont introduit l'honnêteté dans la dispute.

GGGGLXXXVI.

Les grandes places dispensent quelquefois des moindres talents.

GCCGLXXXVII.

Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places, il y en a peut-être encore plus à les bien remplir.

GGCGLXXXVIII.

Si les grandes pensées nous trompent, elles nous amusent.

GGCGLXXXIX.

Il n'y a point de faiseur de stances qui ne se préfère à Bossuet, simple auteur de prose; et dans l'ordre de la nature, nul ne doit penser aussi peu juste qu'un génie manqué.

GCGGXG.

Un versificateur ne connaît point de juge compétent de ses écrits; si on ne fait pas de vers, on ne s'y connaît pas ; si on en fait, on est son rival.

GGGGXGI.

Le même croit parler la langue des dieux, lorsqu'il

ne parle pas celle des hommes. C'est comme un mauvais comédien qui ne peut déclamer comme l'on parle.

CGCGXCII.

Un autre défaut de la mauvaise poésie est d'allonger la prose, comme le caractère de la bonne est de l'abréger.

GGCGXCIII.

Il n'y a personne qui ne pense d'un ouvrage en prose: Si je me donnais la peine, je le ferais mieux. Je dirais à beaucoup de gens : Faites une seule réflexion digne d'être écrite.

GGGGXGIV.

Tout ce que nous prenons dans la morale pour défaut n'est pas tel.

CGGGXGV.

Nous remarquons peu de vices pour admettre peu ae vertus.

CGGGXGVI.

L'esprit est borné jusque dans l'erreur, qu'on dit son domaine.

CCCGXGVII.

L'intérêt d'une seule passion, souvent malheureuse, tient quelquefois toutes les autres en captivité; et la raison porte ses chaînes sans pouvoir les rompre.

CCGGXGVIII.

Il y a des faiblesses, si on l'ose dire, inséparables de notre nature-

CGGGXGIX.

Si en aime la vie, on craint la mort ».

La gloire et la stupidité cachent la mort sans triompher d'elle 2.

DL

Le terme du courage est l'intrépidité dans le péril*.

du.

La noblesse est un monument de la vertu, immortelle comme la gloire.

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