‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 43 sur 205 · CCLVII · texte numérisé non relu

CCLVII

La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les défauts de l'esprit.

* CGLVIII.

Le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit.

alors on le voit les yeux baissés, dans une contenance modeste et reposée ; toutes ses paroles sont douces et respectueuses, pleines d'estime pour les autres et de dédain pour lui-même. Si on l'en veut croire, il est indigne de tous les honneurs, il n'est capable d'aucun emploi, il ne reçoit les charges où on l'élève que comme un effet de la bonté des hommes, et de la faveur aveugle de la fortune. C'est l'orgueil qui joue tous les personnages que l'on prend pour l'humilité (1665— n° 277).

i . Var. Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, un geste et de» mines qui leur sont propres; ce rapport, bon ou mauvais, fait les bons ci les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent (1 665— n° 278).

2. Var. Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun ee fait une mine et un extérieur qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le mérite ; de sorte que tout le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver rien de réel (1665 — H«Î79).

CGLIX.

Le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a, que par celle que l'on donne.

* GGLX.

La civilité est un désir d'en recevoir, et d'être estimé poli.

•GGLXI.

L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire.

* GGLXII.

Il n'y a point de passionoù l'amour de soi-même règne si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime, qu'à perdre le sien.

* CGLXIII.

Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons1.

* GGLXIV.

La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d' autrui. C'est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber. Nous donnons du secours aux autres, pour les engager à nous en donner en de semblables occasions; et ces ser-

Var. Il n'y a point de libéralité ; ce n'est que la vanité de donner quo aimons mieux que ce que nous donnons (1665 — n. 286).

vices que nous leur rendons sont, à proprement parler,

des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par

avance.

La petitesse de 1 esprit fait l'opiniâtreté, et nous ne

croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous

voyons ' .

C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en être souvent la maîtresse; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit, et y consume insensiblement les passions et les vertus.

CGLXVII.

La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné, est un effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.

GGLXVIII.

Nous récusons de- juges pour les plus petits intélêts, et nous voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie ou par leur préoccupation, eu parleur peu de lumières; et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur, que g

1 . La seconde partie de cette réflexion se trouve répétée deux fois dans la première édition (n°» 257, 288).

nous exposons en tant de manières notre repos et notre vie1.

Il n y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait.

L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.

* GGLXXI.

La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la raison*.

CGLXXII.

Rien ne devroit plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes louanges, que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses.

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