CCCLX
On se décrie beaucoup plus auprès de nous par les
moindres infidélités qu'on nous fait, que par les plus grandes qu'on fait aux autres.
GGGLXI.
La jalousie naît toujours avec l'amour; mais elle ne meurt pas toujours avec lui.
CGGLXII.
La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour les avoir aimés, que pour paroîlre plus dignes d'être aimées.
CCGLXIII.
Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine que celles que nous nous faisons à nous-mêmes.
CGGLXIV.
On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on ne sait pas assez qu'on devroit encore moins parler de soi.
Il y a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts, quand elles sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites, quand elles sont acquises. Il faut, par exemple, que la raison nous fasse ménagers de notre bien et de notre confiance; et il iaut au contraire que la nature nous donne la bonté et la valeur.
GCGLXVI. X,
Quelque défiance çjue nous ayons de la sincérité de
ceux qui nous parient, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux autres.
* CCGLXVII.
Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses dt leur métier.
CCCLXVIII.
La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas.
CCGLXIX.
Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.
CGGLXX.
Il n'y a guère de poltrons qui connoissent toujours toute leur peur.
CCGLXXI.
C'est presque toujours la faute de celui qui aime, de ne pas connoître quand on cesse de l'aimer.
GCGLXXII.
La plupart des jeunes gens croient être naturels, lorsqu'ils ne sont que mal polis et grossiers.
CCGLXXIII.
Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-mêmes, après avoir trompé les autres-
DE LAROCHEFOUCAULP 77
GGCLXXIV.
Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien trompé.
GCCLXXV.
Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée.
CGCLXXVI.
L'envie est détruite par la véritable amitié, et la coquetterie par le véritable amour.
CGCLXXVII.
Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer.
CCGLXXVIII.
On donne des conseils, mais on n'inspire point de conduite.
CCCLXXIX.
Quand notre mérite baisse, notre goût baisse aussi.
La fortune fait paroître nos vertus et nos vices, comme la lumière fait paroître les objets.
CCCLXXXI.
La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une infidélité.
CGGLXXXII.
Nos actions sont comme les bouts-rimés que chacun fait rapporter à ce qu'il lui plaît.
CCCLXXXIII.
L'envie de parler de nous et de faire voir nos défauts du côté que nous voulons bien les montrer, fait une. grande partie de notre sincérité.
GCCLXXXIV.
On ne devroit s'étonner que de pouvoir encore s'étonner.
CCCLXXXV.
On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup d'amour, et quand on n'en a plus guère.
GGCLXXXVI.
11 n'y a point de gens qui aient plus souvent tort, que ceux qui ne peuvent souffrir d'en avoir.
CCCLXXXVII.
Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon.
CGGLXXXVIII.
Si la vanité ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes.
* GGGLXXXIX. Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c'est qu'elle blesse la nôtre.
*CCCXC.
On renonce plus aisément à son intérêt qu'à son
oût.
GGGXGI.
La fortune ne paroît jamais si aveugle qu'à ceux à qui
elle ne fait pas de bien.
Il faut gouverner la fortune comme la santé : eu jouir
quand elle est bonne , prendre patience quand elle est
mauvaise, et ne faire jamais de grands remèdes sans un
extrême besoin.
GCGXGIII.
L'air bourgeois se perd quelquefois à l'armée; mais il ne se perd jamais à la cour.
On peut être plus fin qu'un autre, mais non pas plus fin que tous les autres.
CCGXGV.
On est quelquefois moins malheureux d'être trompé de ce qu'on aime, que d'en être détrompé.
CGGXCVI.
On garde longtemps son premier amant quand on n'en prend point de second.
CCGXGVII.
Nous n'avons pas le courage de dire en général que nous n'avons point de défauts, et que nos ennemis n'ont
point de bonnes qualités; mais en détail nous ne sommes pas trop éloignés de le croire.
•cccxcviii.
De tous nos défauts , celui dont nous demeurons le plus aisément d'accord, c'est de la paresse : nous nous persuadons qu'elle tient à toutes les vertus paisibles, et que, sans détruire entièrement les autres, elle en suspend seulement les fonctions.
GGCXCIX.
Il y a une élévation qui ne dépend point de la fortune : c'est un certain air qui nous distingue, et qui semble nous destiner aux grandes choses; c'est un prix que nous donnons imperceptiblement à nous-mêmes; c'est par cette qualité que nous usurpons les déférences de? autres hommes, et c'est elle d'ordinaire qui nous met plus au-dessus d'eux que la naissance, les dignités et le mérite même.
GCGG.
Il y a du mérite sans élévation, mais il n'y a point d'élévation sans quelque mérite.
GCGGI.
L'élévation est au mérite ce que la parure est aux belles personnes.
CCGCII.
Ce qui se trouve le moins dans la galanterie, c'est de l'amour.
La fortune se sert quelquefois de nos défauts pour
nous élever; et il y a des gens incommodes dont le mérite seroit mal récompensé, si on ne vouloit acheter leur absence.
*CCCCIV.
Il semble que la nature ait caché dans le fond de notre esprit des talents et une habileté que nous ne connoissons pas ■ les passions seules ont le droit de les mettre au jour, et de nous donner quelquefois des vues plus certaines et plus achevées^ que l'art ne sauroit faire.
CGGCV.
Nous arrivons tout nouveaux aux divers âges de la vie, et nous y manquons souvent d'expérience, malgré le nombre des années.
GCGCVI.
Les coquettes se font honneur d'être jalouses de leurs amants, pour cacher qu'elles sont envieuses des autres femmes.
GCCGVII.
Il s'en faut bien que ceux qui s'attrapent à nos finesses ne nous paroissent aussi ridicules que nous nous le paroissons à nous-mêmes, quand les finesses dès autres nous ont attrapés.
•ccccviii.
Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes qui ont été aimables, c'est d'oublier qu'elles ne le sont plus.
CCGGIX.
Nous aurions souvent honte de nos plus belles ao
tions, si le monde voyoit tous les motifs qui les produisent.
CGCGX.
Le plus grand effort de l'amitié n'est pas de montrer nos défauts à un ami, c'est de lui faire voir les siens.
CGGGXI.
On n'a guère de défauts qui ne soient plus pardonnables que les moyens dont on se sert pour les cacher.
GGGGXII.
Quelque honte que nous ayons méritée, il est presque toujours en notre pouvoir de rétablir notre réputation.
* CCCGXIII.
On ne plaît pas longtemps, quand on n'a qu'une sorte d'esprit1.
CGCGXIV.
Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur.
GCCCXV.
L'esprit nous sert quelquefois hardiment à faire des sottises.
GCGGXVI.
La vivacité qui augmente en vieillissant ne va pas Loin de la folie.
1. Var. C'est une grande pauvreté de n'avoir qu'une sorte d'esprit. Valante indiquée par Brotier,
CCCCHJU
En amour, celui qui est guéri le premier est toujours le mieux guéri.
CCCCXVIIL
Les jeunes femmes qui ne veulent point paroître coquettes, et les hommes d'un âge avancé qui ne veulent pas être ridicules, ne doivent jamais parler de l'amour comme d'une chose où ils puissent avoir part.
GCGCXIX.
Nous pouvons paroître grands dans un emploi audessous de notre mérite; mais nous paraissons souvent petits dans un emploi plus grand que nous.
CGGGXX.
Nous croyons souvent avoir de la constance dans Les malheurs, lorsque nous n'avons que de l'abattement, et nous les souffrons sans oser les regarder, comme les poltrons se laissent tuer, de peur de se défendre.
GGCGXXI.
La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit.
CGGGXXII.
Toutes les passions nous font faire des fautes 9 mais l'amour nous en fait faire de plus ridicules.
CGGGXXIII.
Peu de gens savent être vieux, A
GCCGXXIV.
Nous nous faisons honneur des défauts opposés h ceux que nous avons; quand nous sommes foibles, nous nous vantons d'être opiniâtres.
CCCGXXV.
La pénétration a un air de deviner, qui flatte plus notre vanité que toutes les autres qualités de l'esprit.
* GCCGXXVI.
La grâce de la nouveauté et la longue habitude, quelque opposées qu'elles soient, nous empêchent également de sentir les défauts de nos amis.
GCCCXXVII.
La plupart des amis dégoûtent de l'amitié, et la plupart des dévots dégoûtent de la dévotion.
CCCCXXVIII.
Nous pardonnons aisément à nos amis les défauts qui ne nous regardent pas.
CCCGXXIX.
Les femmes qui aiment pardonnent plus aisément les grandes indiscrétions que les petites infidélités.
GGGGXXX.
Dans la vieillesse de l'amour, comme dans celle de l'âge, on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
CCCCXXXI.
Rien n'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paroître.
CCCGXXXII.
C'est en quelque sorte se donner part aux belles actions que de les louer de bon cœur.
GCCGXXXIII.
La plus véritable marque d'être né avec de grandes qualités, c'est d'être né sans envie.
GCCGXXXIV.
Quand nos amis nous ont trompés, on ne doit que l'indifférence aux marques de leur amitié; mais on doit toujours de la sensibilité à leurs malheurs.
* CGGGXXXV.
La fortune et l'humeur gouvernent le monde.
'CCCCXXXVI.
Il est plus aisé de connoître l'homme en général, que de connoître un homme en particulier.
* GCGGXXXVII.
On ne doit pas juger du mérite d'un homme par tes grandes qualités, mais par l'usage qu'il en sait faire.
GCCGXXXVIII.
Il y a une certaine reconnoissance vive qui ne nous acquitte pas seulement des bienfaits que nous avons
reçus, mais qui fait même que nos amis nous doivent en leur payant ce que nous leur devons.
* CGGGXXXIX.
Nous ne désirerions guère de choses avec ardeur, si nous connoissions parfaitement ce que nous désirons.
Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de l'amitié, c'est qu'elle est fade quand on a senti de l'amour.
GGGGXLI.
Dans l'amitié, comme dans l'amour, on est souvent plus heureux par les choses qu'on ignore, que par celles que l'on sait.
CGGGXLII.
Nous essayons de nous faire honneur des défauts que nous ne voulons pas corriger.
CCCCXLIII.
Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du relâche; mais la vanité nous agite toujours.
GGGGXLIV.
..Les vieux fous sont plus fous que les jeunes.
GCGGXLV, La foiblesse est plus opposée à la vertu que le vice.
GGGGXLVI.
Ce qui rend les douleurs de la honte et de la jalousie
DE LAROCHËFOtrCAULD. 87
i aiguës, c'est que la vanité ne peut servir à les sup- >orter.
* CCCCXLVII.
La bienséance est la moindre de toutes les lois, et la )lus suivie.
GGGGXLVIII.
Un esprit droit a moins de peine de se soumettre aux isprits de travers, que de les conduire.
CCCGXLIX.
Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant me grande place, sans nous y avoir conduits par degrés ou sans que nous y soyons élevés par nos espérants, il est presque impossible de s'y bien soutenir, et de >aroître digne de l'occuper.
GCCCL.
Notre orgueil s'augmente souvent de ce que nous reranchons de nos autres défauts.
GGGGLI.
Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont le l'esprit.
*GGGGLII.
Il n'y a point d'homme qui se croie, en chacune de es qualités, au-dessous de l'homme du monde qu'il esime le plus.
GGGGLIII.
Dans les grandes affaires, on doit moins s'appliquer à
faire naître des occasions qu'à proiiter de celles qui se présentent.
CGCGLIV.
Il n'y a guère d'occasion où l'on fît un méchant marché de renoncer au bien qu'on dit de nous, à condition de n'en dire point de mal.
GGGGLV.
Quelque disposition qu'ait le monde à mal juger, il fait encore plus souvent grâce au faux mérite, qu'il ne i lit injustice au véritable.
CCGGLVI.
On est quelquefois un sot avec de l'esprit; mais on ne 1 est jamais avec du jugement.
GCGGLVII.
Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d'essayer de paroître ce que nous ne sommes pas.
CCCCLVIII.
Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugements qu'ils font de nous, que nous n'en approchons nous-mêmes
CCGCLIX.
Il y a plusieurs remèdes qui guérissent de l'amour, mais il n'y en a point d'infaillible
GCCGLX.
Il s'en faut bien que nous commissions tout ce que nos passions nous font faim
* CGCGLXI.
La vieillesse est un tyran qui défend, sur peine de la vie, tous les plaisirs de la jeunesse,
CCCCLXII
Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous croyons exempts nous porte à mépriser les bonnes qualités que nous n'avons pas.
GCGGLXIII.
Il y a souvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre les malheurs de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommes au-dessus d'eux, que nous leur donnons des marques de compassion.
CCGGLXIV.
Il y a un excès de biens et de maux qui passe notre sensibilité.
CCGCLXV.
Il s'en faut bien que l'innocence trouve autant de protection que le crime.
GCCGLXV1.
De toutes les passions violentes, celle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour.
CGCGLXVII.
La vanité nous fait faire plus de choses contre notre goût que la raison.
*CCCCLXVIIL
Il y a de méchantes qualités qui font de grands talents,
CCCGLXIX.
On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par raison.
* CCCCLXX.
Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses, en bien comme en mal; et elles sont presque toutes à la merci des occasions.
* CCCCLXXI.
Dans les premières passions, les femmes aiment l'amant; et dans les autres, elles aiment l'amour.
CCGGLXXII.
L'orgueil a ses bizarreries comme les autres passions : on a honte d'avouer que l'on ait de la jalousie, et on se fait honneur d'en avoir eu et d'être capable d'en avoir.
CCCGLXXIII.
Quelque rare que soit le véritable amour, il Test encore moins que la véritable amitié.
* CGCGLXXIV.
Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.
CCCCLXXV.
L'envie d'être plaint ou d'être admiré fait souvent la plus grande partie de notre confiance.
CGGGLXXVI.
Notre envie dure toujours plus longtemps que le bonheur de ceux que nous envions.
GGGGLXXVII.
La même fermeté qui sert à résister à l'amour sert aussi à le rendre violent et durable; et les personnes foibles, qui sont toujours agitées des passions n'en sont presque jamais véritablement remplies.
GGGGLXXVIII.
L'imagination ne sauroit inventer tant de diverses contrariétés, qu'il y en a naturellement dans le cœur de chaque personne.
* GCGCLXXIX.
Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir une véritable douceur; celles qui paroissent douces, n'ont ordinairement que de la foiblesse, qui se convertit aisément en aigreur.
CGGGLXXX.
La timidité est un défaut dont il est dangereux de reprendre les personnes qu'on en veut corriger.
CGCCLXXXI.
Rien n'est plus rare que la véritable bonté; ceux
même qui croient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la foiblesse.
CGGGLXXXII.
L'esprit s'attache par paresse et par constance à ce qui lui est facile ou agréable. Cette habitude met toujours des bornes à nos connoissances; et jamais personne ne s'est donné la peine d'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pourroit aller.
GCGGLXXXIII.
On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.
GGGGLXXXIV.
Quand on a le cœur encore agité par les restes d'une passion, on est plus près d'en prendre une nouvelle, que quand on est entièrement guéri.
GCCGLXXXV.
Ceux qui ont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie heureux et malheureux d'en être guéris.
CCCCLXXXVI.
Il y a encore plus de gens sans intérêt que sans envie.
GCGGLXXXVI1.
Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps.
CCCCLXXXVÏII.
Le calme ou l'agitation de notre humeur ne dépend
pas tant de ce qui nous arrivede plus considérable dans la vie, que d'un arrangement commode ou désagréable de petites choses qui arrivent tous les jours.
* CCCCLXXXIX.
Quelque méchants que soient les hommes, ils n'oseroicnt paroître ennemis de la vertu; et lorsqu'ils la veulent persécuter, ils feignent de croire qu'elle est fausse, ou ils lui supposent des crimes.
GGGGXG.
On passe souvent de l'amour à l'ambition; mais on ne revient guère de l'ambition à l'amour.
* GGGGXGI.
L'extrême avarice se méprend presque toujours; il n'y a point de passion qui s'éloigne plus souvent de son but, ni sur qui le présent ait tant de pouvoir, au préjudice de l'avenir.
* CCCCXCII.
L'avarice produit souvent des effets contraires : il y a un nombre infini de gens qui sacrifient tout leur bien à des espérances douteuses et éloignées; d'autres mépri sent de grands avantages à venir pour de petits intérêts présents.
CCCCXCIII.
Il semble que les hommes ne se trouvent pas assez de défauts : ils en augmentent encore le nombre par de certaines qualités singulières dont ils affectent de se parer, et ils les cultivent avec tant de soin, qu'elles de-
viennent à la lin des défauts naturels qu'il ne dépend plus d'eux de corriger.
CCCCXCIV.
Ce qui fait voir que les hommes connoissent mieux leurs fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite : le même amour-propre qui les aveugle d'ordinaire, les éclaire alors, et leur donne des vues si justes, qu'il leur fait supprimer ou déguiser les moindres choses qui peuvent être condamnées.
* CCCCXGV.
Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient honteux ou étourdis : un air capable et composé se tourne d'ordinaire en impertinence.
CGCCXGVI.
Les querelles ne dureroient pas longtemps, si le tor n'étoit que d'un côté.
* GCGGXGVII
Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune.
GGCGXGVIII.
Il y a des personnes si légères et si frivoles, qu'elles sont aussi éloignées d'avoir de véritables défauts, que des qualités solides.
GGGGXGIX.
On ne compte d'ordinaire la première galanterie des femmes que lorsqu'elles en ont une seconde.
DE LAROCHEFOÙCAULD. 95
FI y a des gens si remplis d'eux-mêmes, que, lors qu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion, sans l'être de la personne qu'ils aiment.