Je dois ajouter, etc. Un peu confus. V
î- Ces idées sont, etc. C'est-à-dire qu'il y a de la folie dans les sages. V.
Celui qui voit1 avec un microscope aperçoit sans doute dans les choses plus de qualités; mais il ne les aperçoit point dans leur proportion naturelle avec la nature de l'homme, comme celui qui ne se sert que de ses yeux. Image des esprits subtils, il pénètre souvent trop loin : celui qui regarde naturellement les choses a le bon sens.
Le bon sens se forme d'un goût naturel pour la justesse et la médiocrité; c'est une qualité du caractère, plutôt encore que de l'esprit. Pour avoir beaucoup de bon sens, il faut être fait de manière que la raison domine sur le sentiment, l'expérience sur le raisonnement.
Le jugement va plus loin que le bon sens; mais ses principes sont plus variables.
De la profondeur.
La profondeur est le terme de la réflexion2. Quiconque a l'esprit véritablement profond, doit avoir la force de fixer sa pensée fugitive, de la retenir sous ses yeux pour en considérer le fond, et de ramener à un point une longue chaîne d'idées : c'est à ceux principalement qui ont cet esprit en partage, que la netteté et la justesse sont plus nécessaires. Quand ces avant
1 Celui qui voit, etc. Fin et vrai. V.
î. La profondeurt etc., c'est-à-dire ce qui suppose le plus de force * la réflexion. S.
194 YAUVENARGUES.
tages leur manquent, leurs vues sont mêlées d'illusions et couvertes d'obscurités. Et néanmoins, comme de tels esprits voient toujours plus loin que les autres dans les choses de leur ressort, ils se croient aussi bien plus proches de la vérité que le reste des hommes ; mais ceux-ci ne pouvc.nt les suivre dans leurs sentiers ténébreux, ni remont ar des conséquences jusqu'à la hauteur des principes, ils sont froids et dédaigneux pour cette sorte d'esprit qu'ils ne sauraient mesurer.
Et même entre les gens profonds, comme les uns le sont sur les choses du monde, et les autres dans les sciences, ou dans un art particulier, chacun préférant son objet dont il connaît mieux les usages, c'est aussi de tous les côtés matière de dissension.
Enfin, on remarque une jalousie encore plus particulière entre les esprits vifs et les esprits profonds, qui n'ont l'un qu'au défaut de l'autre; car les uns marchant plus vite, et les autres allant plus loin, ils ont la folie de vouloir entrer en concurrence, et ne trouvant point de mesure pour des choses si différentes, rien n'est capable de les rapprocher.
De la délicatesse, de la finesse, et de la force.
La délicatesse vient essentiellement de l'âme * : c'est une sensibilité doit la coutume, plus ou moins hardie,
' 1. La délicatesse vient essentiellement de l'dme. La délicatess2 est, ce me semble, finesse et grâce. V.
détermine aussi le degré *. Des nations ont mis de la délicatesse où d'autres n'ont trouvé qu'une langueur sans grâce; celles-ci au contraire. Nous avons mis peut-être cette qualité à plus haut prix qu'aucun autre peuple de la terre : nous voulons donner beaucoup de choses à entendre sans les exprimer, et les présenter sous des images douces et voilées; nous avons confondu la délicatesse et la finesse, qui est une sorte de sagacité sur les choses de sentiment 2. Cependant la nature sépare souvent des dons qu'elle a faits si divers : grand nombre d'esprits délicats ne sont que délicats; beaucoup d'autres ne sont que fins ; on en voit même qui s'expriment avec plus de finesse qu'ils n'entendent, parce qu'ils ont plus de facilité à parler qu'à concevoir. Cette dernière singularité est remarquable ; la plupart des hommes sentent au delà de leurs faibles expressions; l'éloquence est peut-être le plus rare comme le plus gracieux de tous les dons.
La force vient aussi d'abord du sentiment, et se caractérise par le tour de l'expression ; mais quand la netteté et la justesse ne lui sont pas jointes, on est dur au lieu d'être fort , obscur au lieu d'être précis, etc.
1. C'est une sensibilité, etc. La coutume, les mœurs du pays qu'on habite, déterminent le degré de délicatesse et de sensibilité qu'on porte sur cartaines choses, c'est-à-dire qu'elles forment en nous des habitudes qui rendent cette délicatesse plus ou moins sévère, cette sensibilité plus ou moins vive. V
2. On n'a jamais dit que la finesse fût une sorte de sagacité sur les choses de sentiment. Cela ne pourrait se dire que de la délicatesse de l'âme. S.
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De l'étendue de l'esprit
Rien ne sert au jugement et à la pénétratioE comme l'étendue de l'esprit. On peut la regarder, je crois, comme une disposition admirable des organes, qui nous donne d'embrasser beaucoup d'idées à la fois sans les confondre.
Un esprit étendu considère les êtres dans leurs rapports mutuels : il saisit d'un coup d'oeil tous les rameaux des choses; il les réunit à leur source1 et dans un centre commun ; il les met sous un même point de vue. Enfin il répand la lumière sur de grands objets et sur une vaste surface.
On ne saurait avoir un grand génie sans avoir l'esprit étendu ; mais il est possible qu'on ait l'esprit étendu sans avoir du génie; car ce sont deux choses distinctes. Le génie est actif, fécond : l'esprit étendu, fort souvent, se borne à la spéculation ; il est froid, paresseux et timide.
Personne n'ignore que cette qualité dépend aussi beaucoup de l'àme, qui donne ordinairement à l'esprit *3S propres bornes, et le rétrécit ou l'étend , selon l'essor qu'elle-même se donne.