LU
Les sots ne comprennent pas les gens d'esprit.
LUI
Personne ne se croit propre, comme un sot, à duper les gens d'esprit.
Nous négligeons souvent les hommes sur qui la nature nous donne quelque ascendant, qui sont ceux qu'il faut attacher et comme incorporer à nous, les autres ne tenant à nos amorces que par l'intérêt, l'objet du monde le plus changeant.
Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt.
L'intérêt fait peu de fortunes l,
Il est faux qu'on ait fait fortune lorsqu'on ne sait pas sn jouir.
L'amour de la gloire fait les grandes fortunes entre les peuples.
' . Par intérêt, Vauvenargues entend ici le vice ou la passion qui «k'imae dans un caractère intéressé. Il n'est pas d'usage en ce sens. S.
Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvons ridicules d'aimer la gloire.
La fortune exige des soins. Il faut être souple, amusant, cabaler, n'offenser personne, plaire aux femmes et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires, cacher son secret, savoir s'ennuyer la nuit à table, et jouer trois quadrilles sans quitter sa chaise : même après tout cela on n'est sûr de rien. Combien de dégoûts et d'ennuis ne pourrait-on pas s'épargner, si on osait aller à la gloire par le seul mérite !
Quelques fous se sont dit à table : Il n'y a que nous
qui soyons bonne compagnie; et on les croit. )
Les joueurs ont le pas sur les gens d'esprit, comme ayant l'honneur de représenter les gens riches.
Les gens d'esprit seraient presque seuls, sans les sots qui s'en piquent.
Celui qui s'habille le matin avant nuit heures pour entendre plaider à l'audience ou pour voir des tableaux étaiés au Louvre, ou pour se trouver aux répétitions
d'une pièce prête à paraître, et qui se pique de juger en tout genre du travail d' autrui, est un homme auquel il ne manque souvent que de l'esprit et du goût.
Nous sommes moins offensés du mépris des sots, que d'être médiocrement estimés des gens d'esprit.
C'est offenser les hommes que de leur donner dea louanges qui marquent les bornes de leur mérite; peu de gens sont assez modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
Il est difficile d'estimer quelqu'un comme il veut l'être1.
On doit se consoler de n'avoir pas les grands talents, comme on se console de n'avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l'un et de l'autre par le cœur.
La raison et l'extravagance, la vertu et le vice oui leurs heureux. Le contentement n'est pas la marque du mérite.
I . Il faudrait dire, comme il veut être estimé, ou qu'il v eût précédemment un participe au lieu de l'infinitif. M.
La tranquillité d'esprit passerait-elle pour une meilleure preuve de la vertu? La santé la donne1.
Si la gloire et le mérite ne rendent pas les hommes neureux, ce que l'on appelle bonheur mérite-t-il leurs regrets? Une âme un peu courageuse daignerait-elle accepter ou la fortune, ou le repos d'esprit, ou la modération, s'il fallait leur sacrifier la vigueur de ses sentiments et abaisser l'essor de son génie?
La modéi ation des grands hommes ne borne que leurs irices.
La modération des faibles est médiocrité.
Ce qui est arrogance dans les faibles est élévation dans les forts; comme la force des malades est frénésie, et celle des sains est vigueur.
Xe sentiment de nos forces les augmente.
i . La tranquillité d'esprit passerait-elle pour une meilleure preuve, etc. Meilleure se rapporte ici à la maxime précédente, dont celle-ci est la suite. S,