‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 118 sur 135 · Il faut les plus vives et le phis prochain · texte numérisé non relu

Il faut les plus vives et le phis prochain

CGCXCVII

Notre intempérance loue les plaisirs.

CCCXGVIII La constance est la chimère de l'amour.

CGCXCIX

Des hommes simples et vertueux mêlent de la délicatesse et de la probité jusque dans leurs plaisirs.

Ceux qui ne sont plus en état de plaire aux femmes s'en corrigent.

CGGCI

Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme.

L'utilité de la vertu est si manifeste que les méchants la pratiquent par intérêt.

GGGGIII

Rien n'est si utile que la réputation et rien ne donne la réputation si sûrement que le mérite.

GCCGIV La gloire est la preuve de la vertu.

CCCGV

La trop grande économie fait plus de dupes que la profusion.

CCGGVI

La profusion avilit ceux qu'elle n'illustre pas.

Si un homme obéré et sans enfants se fait quelques rentes viagères et jouit par cette conduite des commodités de la vie, nous disons que c'est un fou qui a mangé son bien.

GCGGVIII

Les sots admirent qu'un homme de talent ne soit pas une bête sur ses intérêts.

GGGGIX

La hbéralité et l'amour des lettres ne ruinent personne; mais les esclaves de la fortune trouvent toujours la vertu trop achetée.

GGGGX

On fait bon marché d'une médaille lorsqu'on n'est pas curieux d'antiquités : ainsi ceux qui n'ont pas de sentiments pour le mérite ne tiennent presque pas de compte des plus grands talents.

CGCGXI

Le grand avantage des talents paraît en ce que la fortune sans mérite est presque inutile.

On tente d'ordinaire sa fortune ^ par des talents qu'on n'a pas.

CCGGXIII

Il vaut mieux déroger à sa qualité qu'à son génie. Ce serait être fou de conserver un état médiocre au prix d'une grande fortune et de la gloire.

CCCGXIV

n n'y a pas de vice qui ne soit nuisible, dénué d'esprit^.

J'ai cherché s'il n'y avait point de moyen de faire sa fortune sans mérite et je n'en ai trouvé aucun.

CGGCXVI

Moins on veut mériter sa fortune, plus il faut se donner de peine pour la faire.

GGGGXVII

Les beaux esprits ont une place dans la bonne compagnie, mais la dernière.

1. On tente d'ordinaire sa fortune. Il faut dire tenter fortune ou tenter de faire sa fortune. M.

2. n n'y a pas de vice qui ne soit nuisible, dénué d'esprit. Ce n'est pas le vice qui est dénué d'esprit, mais celui qui l'a et à qui il est nuisible. Cette tournure parait vicieuse. Vauvenargues a dit ailleurs que le vice ne pouvait jamais paraître utile à un esprit bien organisé. S.

CCCCXVIII

Les sots usent des gens d'esprit comme les petits hommes portent de grands talons.

Il y a des hommes dont il vaut mieux se taire que de les louer selon leur mérite^.

Il ne faut pas tenter de contenter les envieux.

CCGGXXI

L'avarice ne s'assouvit pas par les richesses, ni l'intempérance par la volupté, ni la paresse par l'oisiveté, ni l'ambition par la fortune; mais si la vertu même et si la gloire ne nous rendent heureux, ce que l'on appelle bonheur vaut-il nos regrets^?

CCCCXXII

n y a plus de faiblesse que de raison à être humilié de ce qui nous manque, et c'est la source de toute faiblesse.

1. n y a des hommes dont il vaut mieux se taire que de les louer selon leur mérite. C'est-à-dire, je crois, qu'il y a des gens dont le mérite est dans un genre si frivole et si misérable, que les louer selon leur mérite serait les rendre ridicules. S.

2. On trouva dans le cabinet d'Abdérame Abdalrahman ou Abdourahman m calife de Cordoue, après sa mort, arrivée le 17 octobre 961 de l'ère chrétienne soivant l'Art de vérifier les dates, un écrit de sa main ainsi conçu :

« J'ai régné plus de cinquante ans, et le règne a été paisible ou victorieux, j'étais chéri de mes sujets, redouté de mes ennemis, et respecté par mes alliés. lia richesse et les honneurs, la puissance et le plaisir accouraient à ma voix;

CCGCXXIII

Le mépris de notre nature est une erreur de notre raison.

CCCGXXIV

Un peu de café après le repas fait qu'on s'estime. n ne faut aussi quelquefois qu'une petite plaisanterie pour abattre une grande présomption.

CCCGXXV

On oblige les jeunes gens à user de leurs biens comme s'il était sûr qu'ils dussent vieillir.

CGGCXXVI

A mesure que l'âge multiplie les besoins de la nature, il réserve ceux de l'imagination^.

GGCGXXVII

Tout le monde empiète sur un malade, prêtres, médecins, domestiques, étrangers, amis ; et il n'y a pas jusqu'à sa garde qui ne se croie en droit de le gouverner.

GGGGXXVIII

Quand on devient vieux il faut se parer.

• et il semble que rien n'a dû manquer à mon bonheur. Dans cette situation « heureuse en apparence, j'ai compté avec soin les journées de véritable bonheur « qui ont été mon partage : elle se montent à quatorze... Mortel, qui que tu sois, € ne compte pas sur le bonheur de ce monde. » (Jsote de M. de Fortia.)

1. n réserve ceux de V imagination. Réserve n'est pas, je crois, le mot propre. Il faut dimimu:. &.

CCCCXXIX

L'avarice annonce le déclin de l'âge et la fuite précipitée des plaisirs.

CCCGXXX

L'avarice est la dernière et la plus absolue de nos passions.

CGGCXXXI

Personne ne peut mieux prétendre aux grandes places que ceux qui en ont les talents.

CCCGXXXII

Les plus grands ministres ont été ceux que la fortune avait placés plus loin du ministère.

GGGGXXXIII

La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.

GGGGXXXIV

La timidité dans l'exécution fait échouer les entreprises téméraires.

GCGGXXXV

Le plus grand de tous les projets est celui de prendre un parti.

GGGGXXXVI

On promet beaucoup pour se dispenser de donner peu.

CCCCXXXVII

L'intérêt et la paresse anéantissent les promesses quelquefois sincères de la vanité.

CCCCXXXVIII Il ne faut pas trop craindre d'être dupe.

CCCCXXXIX

La patience obtient quelquefois des hommes ce qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'accorder. L'occasion peut même obliger les plus trompeurs à effectuer de fausses promesses.

CCGGXL Les dons intéressés sont importuns.

CGGCXLI

S'il était possible de donner sans perdre il se trouverait encore des hommes inaccessibles.

GCCCXLII

L'impie endurci dit à Dieu : Pourquoi as-tu fait des misérables^?

GGGGXLIII

Les avares ne se piquent pas ordinairement de beaucoup de choses.

1. C'est demander à Dieu pourquoi il a fait des hommes; car s'il y avait seulement deux êtres parfaitement heureux, il y aurait deux dieux, ce qui impliquerait contradiction. Puisqu'il existe des êtres qui ne sont pas des dieux, il doit exister des malheureux. (,Note de M. de Fortia.)

CCCCXLIV

La folie de ceux qui vont à leurs fins est de se croire habUes.

La raillerie est l'épreuve de l'amour-propre.

CCGGXLVI La gaieté est la mère des saillies.

GCCGXLVII Les sentences sont les saillies des philosophes.

GGGGXLVIII Les hommes pensants sont opiniâtres.

GGGGXLIX Nos idées sont plus imparfaites que la langue.

GGGGL

La langue et l'esprit ont leurs bornes. La vérité est inépuisable.

GGGGLI

La nature a donné aux hommes des talents divers. Les uns naissent pour inventer et les autres pour embeUir; mais le doreur attire plus de regards que l'architecte.

GGGGLII

Un peu de bon sens ferait évanouir beaucoup d'esprit.

398 VAUVENAROUES

CCCGLIII

Le caractère du faux esprit est de ne paraître qu'aux dépens de la raison.

GCCGLIV

On est d'autant moins raisonnable sans justesse qu'on a plus d'esprit^.

CGCGLV

L'esprit a besoin d'être occupé; et c'est une raison de parler beaucoup que de penser peu.

CCGGLVI

Quand on ne sait pas s'entretenir et s'amuser soimême on veut entretenir et amuser les autres.

CGGGLVII

Vous trouverez fort peu de paresseux que l'oisiveté n'incommode; et si vous entrez dans un café, vous verrez qu'on y joue aux dames.

GGGGLVIII

Les paresseux ont toujours envie de faire quelque chose.

GGGGLIX

La raison ne doit pas régler, mais suppléer la vertu.

1. C'est-à-dire que, lorsqu'on n'a point de jugement, plus on a d'esprit et plu? on déraisonne.

RÉFLEXtONS ET MAXIMES 399

CGCCLX

Nous jugeons de la vie d'une manière trop désintéressée quand nous sommes forcés de la quitter.

CCCGLXI

Socrate savait moins que Baylc^ : il y a peu de sciences utiles.

CCCCLXII

Aidons-nous des mauvais motifs pour nous fortifier dans les bons desseins.

CCCCLXIII Les conseils faciles à pratiquer sont les plus utiles.

CCCCLXIV

Conseiller, c'est donner aux hommes des motifs d'agir qu'ils ignorent.

CCCGLXV

C'est être injuste d'exiger des autres qu'ils fassent pour nous ce qu'ils ne veulent pas faire pour euxmêmes.

1. L'anteur vent dire que Socrate était plus sage, et Bayle plus savant. La vie de ces deux hommes a été si différente qu'elle ne peut guère être mise en opposition et il fallait un fait plus évident pour prouver qu'il y a peu de sciences utiles. Sans doute celui qui n'est que savant et qui reste enfermé dans son cabinet sana instruire ses semblables par un ouvrage utile, ne vaut pas l'homme vertueux qui a lu peu de livres, mais qui a consacré sa vie à faire du bien à ses semblables. Si cette vérité est celle que l'auteur a voulu prouver par cette maxime, elle n'avait besoin que d'être énoncée, mais il semble que Vauvenarguea avait une sorte d'animosité contre Bayle. (^^otc de Forlia.)

CCCCLXVI

Nous nous défions de la conduite des meilleurs esprits et nous ne nous défions pas de nos conseils.

CCCCLXVII L'âge peut-il donner le droit de gouverner la raison?

CCCCLXVIII

Nous croyons avoir droit de rendre un homme heureux à ses dépens, et nous ne voulons pas qu'il l'ait lui-même.

CGCGLXIX

Si un homme est souvent malade, et qu'ayant mangé une cerise il soit enrhumé le lendemain, on ne manque pas de lui dire, pour le consoler, que c'est sa faute.

GGCCLXX

H y a plus de sévérité que de justice.

GCGGLXXI La hbérahté de l'indigent est nonmiée prodigalité.

GGGLXXII

Il faudrait qu'on nous pardonnât au moins les fautes qui n'en seraient pas sans nos malheurs^.

1. fl faudrait qu'on nous pardonriâi au moins les fautes qui 7i'en seraient pas sans nos malheurs. Les fauUi qui n'en seraient pas est incorrect. H faut les fautes qui ne seraient pas des fautes. M.

CGCGLXXIII

On n'est pas toujours si injuste envers ses ennemis qu'envers ses proches.

CGGGLXXIV

On peut penser assez de mal d'un homme et être tout à fait de ses amis; car nous ne sommes pas si délicats que nous ne puissions aimer que la perfection, et il y a bien des vices qui nous plaisent, même dans autrui.

GGGGLXXV

La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié.

GGGGLXXVI

En amitié, en mariage, en amour, en tel autre commerce que ce soit, nous voulons gagner; et comme le commerce des amis, des amants, des parents, des frères, etc., est plus étendu que tout autre, il ne faut pas être surpris d'y trouver plus d'ingratitude et d'injustice.

GGGGLXXVII

La haine n'est pas moins volage que l'amitié.

CGGGLXXVIII La pitié est moins tendre que l'amour.

GCCCLXXIX

Les choses que l'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.

402 vauvenargUës

CCCCLXXX

Au défaut des choses extraordinaires, nous aimons qu'on nous propose à croire celles qui en ont l'air.

CCCCLXXXI

L'esprit développe les simplicités du sentiment pour s'en attribuer l'honneur.

CCCCLXXXII

On tourne une pensée comme un habit pour s'en servir plusieurs fois.

CCCGLXXXIII

Nous sommes flattés qu'on nous propose comme un mystère ce que nous avons pensé naturellement.

CCGCLXXXIV

Ce qui fait qu'on goûte médiocrement les philosophes est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons.

CCCCLXXXV

La paresse et la crainte de se compromettre ont introduit l'honnêteté dans la dispute.

GCCCLXXXVI

Les grandes places dispensent quelquefois des moindres talents.

ÏIÉFLEXIONS ET MAXIMES 403

CCCCLXXXVII

Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places, il y en a peut-être encore plus à les bien remplir.

CCCCLXXXVIII

Si les grandes pensées nous trompent, elles nous amusent.

CCCCLXXXIX

Il n'y a point de faiseur de stances qui ne se préfère à Bossu et, simple auteur de prose; et dans l'ordre de la nature, nul ne doit penser aussi peu juste qu'un génie manqué.

GCCCXC

Un versificateur ne connaît point de juge compétent de ses écrits ; si on ne fait pas de vers, on ne s'y connaît pas; si on en fait, on est son rival.

CCGGXGI

Le même croit parler la langue des dieux lorsqu'il ne parle pas celle des hommes. C'est comme un mauvais comédien qui ne peut déclamer comme l'on parle.

GGGGXGII

Un autre défaut de la mauvaise poésie est d'allonger la prose, comme le caractère de la bonne est de l'abréger.

GCCCXGIII

Il n'y a personne qui ne pense d'un ouvrage en prose : Si je me donnais la peine, je le ferais mieux. Je

dirais à beaucoup de gens. : Faites une seule réflexion digne d'être écrite.

CCCGXCIV

Tout ce que nous prenons dans la morale pour défaut n'est pas tel.

Nous remarquons peu de vices pour admettre peu de vertus.

CCCCXCVI

L'esprit est borné jusque dans l'erreur, qu'on dit son domaine.

CCCCXCVII

L'intérêt d'une seule passion, souvent malheureuse, tient quelquefois toutes les autres en captivité; et la raison porte ses chaînes sans pouvoir les rompre.

CCCCXCVIII

Il y a des faiblesses, si l'on ose dire, inséparables de notre nature.

CCCCXCIX

Si on aime la vie, on craint la mort^.

La gloire et la stupidité cachent la mort sans triompher d'elle^.

1. Cela paraît hors de doute. Cependant, on rencontre souvent telle ou telle personne qui aime peu la vie et qui craint infiniment la mort. F.

2. La gloire et la stupidité cachent la mort sans triompher d'elle. H faut, je crois, l'amour de la gloire. Sans triompher d'elle, c'est-à-dire, je pense sans la faire mépriser. S.

DI

Le terme du courage est l'intrépidité dans le périP.

DU

La noblesse est un monument de la vertu, immortelle comme la gloire.

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