XLVIII
La félicité est dans le goût et non pas dans les choses; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux et non par avoir ce que les autres trouvent aimable.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine-.
1. Var. L'attachement ou rmdiŒérence pour la vie sont des goûts de l'amourpropre, dont on ne doit non plus disputer que de ceux de la langue ou du choix des couleurs (1665 — n" 52).
2. Var. On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on avoi^ espéré (1665 — n° 59). — On u'est jamais si heureux ni si malheureux que l'on penï-'e (1606 — n» 60).
Ceux qui croient avoir du mérite se font un honneur d'être malheureux pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune^
Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes que de voir que nous désapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autres
LU
Quehjue dilîérence qui paroisse entre les fortunes, il y a néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales 3.
LUI
Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle seule, mais la fortune avec elle, qui fait les héros*.
Le mépris des richesses étoit, dans les philosophes, un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de
1. Vwr. Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être malheureux pour persuader aux autres et à eux-mêmes quils sont au-dessus de leurs malheurs et qu'ils sont dignes d'être en butte à la fortune (1665 — n" 57). On trouve dans la même édition (n» 60) la même pensée ainsi rédigée : « On se console souvent d'être malheureux par un certain plaisir qu'on trouve à le paroitre ».
2. Var. Eien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nousmêmes que de voir que nous avons été contents dans l'état et dans les sentiments que nous désapprouvons à cette heure (1665 — n" 58).
3. Yar. Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une f-ertaine proportion de biens et de maux qui les rend égales (1C65 ■ — n" Cl).
4. Var. Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune, qui fait les h^ro^i (ICGû -- n" tiJ).
la fortune par le mépris des mêmes biens dont elle les privoit; c'étoit un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté; c'étoit un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvoient avoir par les richesses.
La haine, pour les favoris, n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le dépit de ne pas la posséder se console et s'adoucit par le mépris que l'on témoigne de ceux qui la possèdent et nous leur refusons nos hommages, ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce que l'on peut pour y paroître étabU.
Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard^.
Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu'on leur donne.
Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les
1. Var. Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de leurs actions elles sont bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein (1666
habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner à leur préjudice.
La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise^.