Non pa" Y estime^ mais V admiration. S
VAUVE NARGUE S.
Ceux qui manquent de probité dans les plaisirs n'en ont qu'une feinte dans les affaires. C'est la marque d'un naturel féroce, lorsque le plaisir *ne rend point humain1.
Les plaisirs enseignent aux princes à se familiariser avec les hommes.
Le trafic de l'honneur n'enrichit pas.
Ceux qui nous font acheter leur probité ne nous vendent ordinairement que leur honneur2.
La conscience, l'honneur, la chasteté, l'amour et l'estime des hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des richesses.
Celui qui sait rendre ses profusions utiles a une grande et noble économie.
1 . Ceux qui manquent de probité, etc. C'est la marque d'un naturel, etc. >s deux pensées ne semblent pas bien liées l'une à l'autre. Probité et humanité n'ont pas un rapport assez immédiat. S.
2. On pourrait peut-être accuser cette pensée d'un peu de subtilité venant Tun défaut de précision dans les termes. Il est sûr que celui qui vend sa pro~ 3ité n'en a déjà plus, puisqu'il consent à la vendre. Ainsi on ne verni point si probité; mais on se fait payer de n'en point avoir. S.
RÉFLEXIOiNS ET MAXIMES. 343
lu.
Les sots ne comprennent pas les gens d'esprit. LUI.
Personne ne se croit propre, comme un sot, à duper les gens d'esprit.
Nous négligeons souvent les hommes sur qui la nature nous donne quelque ascendant, qui sont ceux qu'il faut attacher et comme incorporer à nous, les autres ne tenant à nos amorces que par l'intérêt, l'objet du monde le plus changeant.
Il n'y a guère de gens plus aigres que ceux qui sont doux par intérêt.
L'intérêt fait peu de fortunes1.
Il est faux qu'on ait fait fortune lorsqu'on ne sait pas sn jouir.
L'amour de la gloire fait les grandes fortunes entre les peuples.
' . Par intérêt, Vauvenargues enfend ici le vice ou la passion qui 'lotniée o*ns un caractère intéressé. I) li'esl pas d'usage en ce sens. S.
VAUVE NARGUE S.
Nous avons si peu de vertu, que nous nous trouvoni ridicules d'aimer la gloire.
La fortune exige des soins. Il faut être souple, amusant, cabaler, n'offenser personne, plaire aux femmes et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires, cacher son secret, savoir s'ennuyer la nuit à table, et jouer trois quadrilles sans quitter sa chaise : même après tout cela on n'est sûr de rien. Combien de dégoûts et d'ennuis ne pourrait-on pas s'épargner, si on osait aller à la gloire par le seul mérite I
Quelques fous se sont dit à table : Il n'y a que nous qui soyons bonne compagnie; et on les croit.
Les joueurs ont le pas sur les gens d'esprit, comme ayant l'honneur de représenter les gens riches.
Les gens d'esprit seraient presque seuls, sans les sots qui s'en piquent.
Celui qui s'habille le matin avant huit heures pour entendre plaider à l'audience ou pour voir des tableaux étalés au Louvre, ou pour se trouver aux répétitions
d'une pièce prête à paraître, et qui se pique de juger en tout genre du travail d' autrui, est un homme auquel il ne manque souvent que de l'esprit et du goût.
Nous sommes moins offensés du mépris des sots, que d'être médiocrement estimés des gens d'esprit.
C'est offenser les hommes que de leur donner des louanges qui marquent les bornes de leur mérite; peu de gens sont assez modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
Il est difficile d'estimer quelqu'un comme il veut l'être1.
On doit se consoler de n'avoir pas les grands talents, comme on se console de n'avoir pas les grandes places. On peut être au-dessus de l'un et de l'autre par le cœur.
La raison et l'extravagance, la vertu et le vice ont leurs heureux. Le contentement n'est pas la marque du mérite.
1. Il faudrait dire, comme il veut être estimé, ou qu'il j eût précédemment un participe au lieu de l'iafinilif. M,
La tranquillité d esprit passerait-elle pour une m.eilïeure preuve de la vertu? La santé la donne1.
Si la gloire et le mérite ne rendent pas les hommes neureux, ce que Ton appelle bonheur mérite-t-il leurs regrets? Une âme un peu courageuse daignerait-elle accepter ou la fortune, ou le repos d'esprit, ou la modération, s'il fallait leur sacrifier la vigueur de ses sen* timents et abaisser l'essor de son génie? 9 j cime ^nuuv^ Tiitxj f&lBftaiiui aSs&f; n'io<\ *^$j^Ê
La modéi ation des grands hommes ne borne que leurs
ïices.
La modération des faibles est médiocrité.
LXXIY.
Ce qui est arrogance dans les faibles est élévation dans les forts; comme la force des malades est frénésie, et celle des sains est vigueur.
Le sentiment de nos forces les augmente.
1 . La tranquillité d'esprit passerait-elle pour une meilleure preuve, etc, Meilleure se rapporte ici à la maxime précédente, dont celle-ci est la suite. S,