‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld, précédées d'une noticeChapitre 118 sur 144 · CCLXXX1V · texte numérisé non relu

CCLXXX1V

L'envie ne saurait se cacher. Elle accuse et juge sans

preuves; elle grossit les défauts; elle a des qualifica- 'ions énormes pour les moindres fautes; son langage 5t rempli de fiel, d'exagération et d'injure. Elle s'acharne avec opiniâtreté et avec fureur contre le mérite éclatant. Elle est aveugle, emportée, insensée, brutale.

GCLXXXV.

Il faut exciter dans les hommes le sentiment de leur prudence et de leur force, si on veut élever leur génie. Ceux qui, par leurs discours ou leurs écrits, ne s'attachent qu'à relever les ridicules et les faiblesses de l'humanité, sans distinctions ni égards, éclairent bien moins la raison et les jugements du public, qu'ils ne dépravent ses inclinations.

GGLXXXVI.

Je n'admire point un sophiste qui réclame contre la gloire et contre l'esprit des grands hommes. En ouvrant mes yeux sur le faible des plus beaux génies, il m'apprend à l'apprécier lui-même ce qu'il peut valoir. Il est le premier que je raye du tableau des hommes illustres.

CGLXXXVII.

Nous avons grand tort de penser que quelque défaut que ce soit puisse exclure toute vertu, ou de regarder l'alliance du bien et du mal comme un monstre ou comme une énigme. C'est faute de pénétration que noua concilions si peu de choses.

REFLEXIONS ET MAXIMES. 3»l

GGLXXXVIII.

Les faux philosophes s'efforcent d'attirer l'attention des hommes, en faisant remarquer dans notre esprit des contrariétés et des difficultés qu'ils forment euxmêmes; comme d'autres amusent les enfants par des tours de cartes qui confondent leur jugement, quoique naturels et sans magie. Ceux qui nouent ainsi les choses, pour avoir le mérité de les dénouer, sont des charlatans de morale.

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