Former un corps de raison. Il faut de raisons. S
2. Du goût d'écrire. On a déjà observé que cette expression était indirecte. S.
402 VAUV.ENARGUES.
principes? jetez-les d'abord sur le papier. Quand vous n'auriez rien à gagner par cet usage du côté de la réflexion, ce qui est faux manifestement, que n'acquerriez-vous pas du côté de l'expression? Laissez dire h ceux 1 qui regardent cette étude comme au-dessous d'eux. Qui peut croire avoir plus d'esprit, un génie plus grand et plus noble que le cardinal de Richelieu? qui a été chargé de plus d'affaires et de plus importantes? Cependant nous avons des Controverses de ce grand ministre, et un Testament politique : on sait même qu'il n'a pas dédaigné la poésie. Un esprit si ambitieux ne pouvait mépriser la gloire la plus empruntée et la plus à nous qu'on connaisse. Il n'est pas besoin de citer, après un si grand nom, d'autres exemples : le duc de La Rochefoucauld, l'homme de son siècle le plus poli et le plus capable d'intrigues, auteur du livre des Maximes; le fameux cardinal de Retz, le cardinal d'Ossat 2, le chevalier Guillaume Temple 3, et une infinité d'autres qui sont aussi connus par leurs écrits que par leurs actions immortelles. Si nous ne sommes pas à même d'exécuter de si grandes choses que ces hommes illustres, qu'il paraisse du moins par l'expression de nos pensées, et par ce qui dépend de nous, que nous n'étions pas incapables de les concevoir.
1 . Laissez dire à ceux. Il faut, ce semble, laissez dire ceux. B.
2. Arnaud, cardinal d'Ossat, auteur de lettres regardées comme des chefsd'œuvre de politique, mourut à Rome le 13 mars 1604. B.
3. Guillaume Temple, célèbre négociateur anglais, auteur d'un grand nombre d'ouvrages historiques, mourut dans le comté de Susse* ou \ricr 1 098. B.
Sur la vérité et l'éloquence.
GCGXXXVII.
Deux études sont importantes : l'éloquence et la vérité; la vérité pour donner un fondement solide à l'éloquence, et bien disposer notre vie; l'éloquence, pour diriger la conduite des autres hommes et défendre la vérité.
CGGXXXVIII.
La plupart des grandes affaires se traitent par écrit; il ne suffit donc pas de savoir parler : tous les intérêts subalternes, les engagements, les plaisirs, les devoirs de la vie civile, demandent qu'on sache parler; c'est donc peu de savoir écrire. Nous aurions besoin tous les jours d'unir l'une et l'autre éloquence : mais nulle ne peut s'acquérir, si d'abord on ne sait penser; et on ne sait guère penser, si l'on n'a des principes fixes et puisés dans la vérité. Tout confirme notre maxime : l'étude du vrai la première, l'éloquence après.
Pensées diverses.