‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld, précédées d'une noticeChapitre 86 sur 144 · Amour-propre encore employé ici pour amour de soi. S · texte numérisé non relu

Amour-propre encore employé ici pour amour de soi. S

4. C'est-à-dire qui ne réserve rien. La sincérité ne dit que ce qu'on lui demande ; la franchise dit souvent ce qu'on ne lui demande pas. S.

L'imposture est le masque de la vérité; la fausseté, une imposture naturelle; la dissimulation, une imposture réfléchie; la fourberie, une imposture qui veut nuire; la duplicité, une Lnposture qui a deux faces.

La libéralité est une branche de la générosité; la bonté, un goût à faire du bien et à pardonner le mal; la clémence, une bonté envers nos ennemis.

La simplicité nous présente l'image de la vérité et de la liberté.

L'affectation est le dehors de la contrainte et du mensonge : la fidélité n'est qu'un respect pour nos engagements; l'infidélité, une dérogeance; la perfidie, une infidélité couverte et criminelle.

La bonne foi est une fidélité sans défiance et sans artifice.

La force d'esprit est le triomphe de la réflexion, c'est un instinct supérieur aux passions, qui les calme ou qui les possède l; on ne peut pas savoir d'un homme qui n'a pas les passions ardentes, s'il a de la force d'esprit; il n'a jamais été dans des épreuves assez difficiles.

La modération est l'état d'une âme qui se possède; elle naît d'une espèce de médiocrité dans les désirs, et de satisfaction dans les pensées, qui dispose aux vertus civiles.

L'immodération, au contraire, est une ardeur inaltérable2 et sans délicatesse, qui mène quelquefois à de grands vices.

1 . Posséder n'est pas le mot propre. On ne dit pas posséder les passions On dirait mieux ou qui les domine, B.

î. Inaltérable n'est pas le mot propre; ce serait plutôt insatiable. M.

VAUVE NARGUES.

La tempérance n'est qu'une modération dans les plai sirs, et l'intempérance au contraire.

L'humeur est une inégalité qui dispose à l'impatience. La complaisance est une volonté flexible; la douceur, un fonds de complaisance et de bonté.

La brutalité, une disposition à la colère et à la grossièreté; l'irrésolution, une timidité à entreprendre; l'incertitude, une irrésolution à croire; la perplexité, une irrésolution inquiète.

La prudence, une prévoyance raisonnable; l'imprudence, tout au contraire \

L'activité naît d'une force inquiète; la paresse, d'une impuissance paisible.

La mollesse est une paresse voluptueuse.

L'austérité est une haine des plaisirs, et la sévérité, des vices.

La solidité est une consistance et une égalité d'esprit; la légèreté, un défaut d'assiette et d'uniformité de passions ou d'idées.

La constance est une fermeté raisonnable dans nos sentiments; l'opiniâtreté, une fermeté déraisonnable; la pudeur, un sentiment de la difformité du vice et du mépris qui le suit 2.

1 . Tout au contraire, etc. Il faudrait tout le contraire. M.

2 . La pudeur est un sentiment de la difformité du vice et du mépris qui te suit» La pudeur est plutôt la crainte de la honte, à quoi que ce soit qu'on l'attache : on peut éprouver la honte sans qu'il s'y mêle aucune idée de vice ou de mépris. Un homme qui demande, et qu'on refuse, éprouve de la hon/e, et une certaine pudeur empêche l'homme bien né de demander ; il n'y a pourtant là aacune idée de vice ou de mépris. Une femme dont les vêtements se dérangent par hasard éprouve de la honte, et sa pudeur est blessée, sans que Vidée de vice ou de mépris se présente à ia pensée. S»

La sagesse est la connaissance et l'affection du vrai bien; l'humilité, un sentiment de notre bassesse devant Dieu; la charité, un zèle de religion pour le prochain; la grâce, une impulsion surnaturelle vers le bien.

Du bon et du beau.

Le terme de bon emporte quelque degré naturel de perfection; celui du beau, quelque degré d'éclat ou d'agrément. Nous trouvons l'un et l'autre terme dans la vertu, parce que sa bonté nous plaît, et que sa beauté nous sert. Mais d'une médecine qui blesse nos sens, et de toute autre chose qui nous est utile, mais désagréable, nous ne disons pas qu'elle est belle : elle n'est que bonne; de même à l'égard des choses qui sont belles sans être utiles.

M. Crouzas1 dit que le beau naît de la variété réductible à l'unité, c'est-à-dire d'un composé qui ne fait pourtant qu'un seul tout et qu'on peut saisir d'une vue ; c'est là, selon lui, ce qui excite l'idée du beau dans l'esprit.

1. Jean-Pierre de Crouzas, mort en 1748, est l'auteur d'un Traité sur le beaUy en deux volumes, et beaucoup trop long. F.

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