OFFICIER AD RÉGIMENT DU ROI
Ainsi donc j'étais destiné à survivre à notre amitié, Hippolyte, quand j'espérais qu'elle adoucirait tous les maux et tous les ennuis de ma vie jusqu'à mon dernier
grande a l'esprit le plus éclairé; et toutefois il serait difficile de justifier cette préférence. Fénelon a plus de facilité et d'abondance; l'auteur des Caractères, plus de précision et plus de force; le premier, d'une imagination plus riante et plus féconde; le second, d'un génie plus véhément : l'un sachant rendre les plus grandes choses familières et sensibles sans les abaisser ; 1'autr* sachant ennoblir les plus petites sans les déguiser : celui-là plus humain; celuici plus austère : l'un plus tendre pour la vertu; l'autre plus implacable an vice : l'un et l'autre moins pénétrants et moins profonds que les hommes que j'ai nommés, mais inimitables dans la clarté et dans la netteté de leurs idées; enfin originaux, créateurs dans leur genre, et modèles très-accomplis, n
1. Cet ouvrage, où Vauvenargues fait l'éloge de son camarade et de son vimi, est celui dont l'auteur faisait le plus de cas. Il ne cessait de le retouchei, et la copie qui en reste est celle que lui-même, avant sa mort, donna au pr<J. lident de Saint-Vincent, qui la fit remettre à M. de Fortia.
Paul-Hippulyte-Emmanuel de Seytres, fils aîné de Joseph de Seytres, marquis de Caumont, académicien correspondant honoraire de l'Académie dwi Inscriptions et Belles-Lettres de Taris, et académicien de celle de Marseille, et d'Elisabeth de Donis, naquit le 13 août 1724. Il entra dans le régiment d'infanterie du roi , et s'étant trouvé à l'invasion de la Bohême, il y périt au mois d'avril 1742. Il n'avait pas encore dix-huit ans, et il est peut-être sani exemple qu'à cet âge un jeune homme ait eu le bonheur d'acquérir un ami ti digne de faire son éloge. C'est ce dont va juger le lecteur.
soupir. Au moment où mon cœur, plein de sécurité, mettait une aveugle confiance dans ta force et dans ta jeunesse, et s'abandonnait £ sa joie, ô douleur! une main puissante éteignait dans ton sang la source de la vie. La mort se glissait dans ton cœur, et tu la portais dans le sein. Terrible, elle sort tout d'un coup au milieu des jeux qui la couvrent : tu tombes à la fleur de les ans sous ses véritables efforts. Mes j^eux sont les tristes témoins d'un spectacle si lamenlable, et ma voix, qui s'était formée h de si charmants entretiens, n'a plus qu'à porter jusqu'au ciel l'a mère douleur de ta perte, 0 mânes chéris, ombre aimable, victime innocente du sort, reçois dans le sein de la terre ces derniers et tristes hommages! Réveille-toi, cendre immortelle! sois sensible aux gémissements d'une si sincère douleur!
Il n'est pas besoin d'avoir fait beaucoup d'expérience des hommes pour connaître leur dureté. En vain cherchent-ils à la mort, par de pathétiques discours, à surprendre la compassion : comme ils l'ont rarement connue, il est rare aussi qu'ils l'excitent; et leur mort ne touche personne. Elle est attendue, désirée, ou du moins bientôt oubliée de ceux qui leur sont le plus proches. Tout ce qui les environne, ou les hait, ou les méprise, ouïes envie, ou les craint; tous semblent avoir h leur perte quelque intérêt détourné. Les indifférents même osent y ressentir la barbare joie du spectacle. Apres avoir cherché l'approbation du monde pendant tout le cours de leur vie, telle en est la fin déplorable. Mais celui qui fait le sujet de ce discours n'a pas dû subir cette loi. Sa vertu timide et modeste n'irritait pas